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Précédemment chef de l'Opéra de Munich, Jun Märkl vient de prendre la direction musicale de l'Orchestre National de Lyon (ONL), pour les 3 années à venir. Successeur tardif de David Robertson, puisque ce dernier est parti au début de l'été 2004, Jun Märkl a mis la dernière saison à profit pour tisser une première trame de complicité avec cet orchestre. Sa première saison symphonique à Lyon est aujourd'hui construite autour du compositeur francophile Franz Liszt, véritable "fil conducteur" d'une programmation teintée de romantisme et néo-romantisme. Mais l'arrivée de Jun Märkl coïncide aussi avec le centenaire de la création de l'ONL, qui sera notamment célébré par un concert anniversaire en novembre prochain. Pour ce jeune chef d'origine germano-nippone, le moment est venu de renforcer l'identité lyonnaise de cet orchestre, tout en asseyant sa renommée internationale.
Le choix de Franz Liszt n'est-il pas un peu trop consensuel ?
Il était vraiment important, pour moi, de trouver un lien entre cette programmation et la ville de Lyon. Or, Liszt avait un réel attachement pour Lyon : entre 1826 et 1845 il y a donné 5 récitals. Il a par ailleurs écrit une partition en hommage à la révolte des canuts de 1834 intitulée Lyon. Mais si Liszt avait une grande affection pour la France, il était aussi un grand artiste européen, cultivant les liens avec l'Allemagne, l'Autriche : c'était un musicien toujours en voyage. J'ai ainsi pu construire une programmation thématique autour du compositeur Liszt en lien avec Lyon mais également avec le reste de l'Europe. Et puis, il se trouve que Liszt est également un "trait d'union" entre des compositeurs comme Beethoven ou Berlioz, et ceux de l'époque post-romantique Wagner, Mahler, puis des lignées suivantes, Schönberg ou Messiaen. Au cours des précédentes saisons, le répertoire s'est avéré intéressant mais peut-être un peu trop large, abordant trop d'époques à la fois. Je voudrais donc donner une ligne directrice plus claire avec un thème fort pour chaque programmation.
Que pensez-vous de l'idée d'avoir consulté le public pour établir le programme du concert anniversaire de l'ONL ?
Il était primordial d'interroger le public sur ce qu'il voulait écouter : nous ne sommes pas là pour faire de l'art pour l'art, mais bien de l'art pour le public ! Le résultat de cette consultation - Wagner, Dvorak et Prokofiev - montre que le public n'a pas seulement envie d'entendre le répertoire traditionnel. Certes les choix se sont portés sur des compositeurs très populaires comme Dvorak ou même Wagner. Mais ce choix montre aussi que le public aimerait peut-être entendre plus d'opéras. En choisissant Prokofiev, cela montre aussi qu'il n'est pas uniquement sensible à l'influence baroque et classique.
Quelle politique comptez-vous mener pour décloisonner cette institution qu'est l'Auditorium ?
Notre problème est double : l'Auditorium est un peu loin du centre ville et l'identité de l'ONL n'est pas très forte. Je voudrais donc ancrer l'orchestre dans la ville, par la programmation. Ensuite, je voudrais pouvoir l'ouvrir en conduisant la musique partout dans la ville, et pas seulement en attendant que le public vienne à l'Auditorium. Nous voulons être actifs, aller au-devant du public, en développant des coopérations avec les autres institutions : La Maison de la Danse, l'Institut Lumière ou encore le Conservatoire. Ce n'est pas nouveau, mais nous souhaitons intensifier ce type de partenariat.
Quelle sera, par conséquent, la nouvelle politique de répertoire de l'ONL ?
Le fil conducteur que nous allons élaborer avec Liszt sera important, car nous serons les seuls, en Europe, à développer cette idée sur la saison 2005-2006. Tous les publics ayant un intérêt pour ce compositeur seront donc attirés ici : c'est important pour notre renommée internationale. Mais je voudrais que notre répertoire se construise avec d'autres grands compositeurs français comme Messiaen dont l'anniversaire de naissance sera célébré en 2008. Nous comptons préparer correctement cet événement, et notamment enregistrer un CD, pour que l'ONL soit reconnu comme un "spécialiste" de Messiaen. Nous voulons aussi aborder Ravel, Debussy et le répertoire contemporain. En parallèle, il y a également des traditions françaises d'interprétations de Beethoven que nous voulons aujourd'hui développer avec les spécificités de notre orchestre moderne. Nous allons donc programmer un cycle des symphonies de Beethoven.
Quelle est votre marge de liberté vis-à-vis de la ville qui subventionne l'Auditorium à plus de 60 % ?
Il y a toujours des limites : nous ne pourrions pas, par exemple, élaborer des projets très onéreux en direction d'un public trop petit. Mais nous avons aussi beaucoup de liberté et c'est même indispensable pour vraiment créer sans perdre les traditions. Je suis donc en contact avec la Ville, plus particulièrement avec l'adjoint à la culture Patrice Béghain. D'autant que je suis allemand
et qu'il est lyonnais et possède une bonne connaissance du public ! Avant ma nomination, j'avais également proposé au maire, Gérard Collomb, et à Patrice Béghain de travailler sur cette liaison entre l'ONL et la ville de Lyon. Mon concept a été retenu.
Contrairement au chef Emmanuel Krivine, votre arrivée à Lyon ne serait donc pas une "erreur d'orientation"(Sic)?
Non. Lorsque j'ai été invité à Lyon en 2003, j'ai tout de suite eu un excellent contact avec l'ONL. Il a bien sûr ses problèmes comme tout orchestre; en revanche, il ne possède pas cette arrogance, très parisienne. J'ai senti que je pouvais faire quelque chose de très intéressant avec cet orchestre
Vous avez surtout dirigé des opéras à Munich : n'est-ce pas un inconvénient de vous retrouver à la tête d'un orchestre symphonique ?
J'ai effectivement dirigé beaucoup d'opéras mais également des symphonies. Pour moi, c'est une grande chance d'être à la tête d'un orchestre symphonique. Ici, je trouve la possibilité de bien plus travailler la musique qu'on ne le fait habituellement pour un opéra. J'aime également beaucoup la musique française, c'est donc une double chance. Et puis, dans cette approche de musique symphonique nous avons une obligation de développer la musique contemporaine. Or, dans notre prochaine saison, nous en avons très peu programmé. J'aimerais donc y remédier : la musique contemporaine est une langue que nous pouvons progressivement apprendre au public afin qu'il puisse l'aborder, sans en avoir peur.
Quels enseignements avez-vous tiré de votre apprentissage auprès des "grands maîtres" Léonard Bernstein et Seiji Ozawa ?
Bernstein n'était pas qu'un grand chef d'orchestre, mais également un grand artiste. Le travail d'un chef ne se borne pas seulement à diriger : il doit aussi et surtout communiquer des émotions, des sentiments. La musique ne s'arrête pas aux notes écrites sur la partition. J'ai beaucoup travaillé sur cela grâce à Bernstein. Quand à Seiji Ozawa, il était doté d'une technique magnifique. C'est très important pour un chef qui dirige des opéras : la technique c'est l'unique chance de survivre, car il y a très peu de répétition avec l'orchestre. Il faut savoir être très clair avec ce que l'on veut. Cela je l'ai appris avec Ozawa.
Au-delà de cette expérience lyonnaise, quelles sont vos prochaines ambitions ?
Je ne peux pas y penser parce que mon seul souhait, à présent, est de découvrir Lyon, la manière d'y vivre et sa culture. Après, je ne sais pas...
Caroline Faesch |