ARCHIVES
2005

JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances

FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)

MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)

For The Beat-Punks

AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
The Fall

MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
Jean-Louis Sakur
Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre

JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges

SEPTEMBRE N°107
Grnd Zero
Jun Märkl
La Hors De
Noah Gelber
Russell Banks

OCTOBRE N°108
Dimitri Naéditch
La Phaze
Le Bleu du Ciel
Mark Tompkins
Abou Lagraa

NOVEMBRE N°109
Kali Live Dub
The Young Gods
Avatarium
Klotserman
Kwal
Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi

DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manœuvre
The Gun Club

  FEVRIER N°101  

 

Institut Cervantès
fenêtre sur l'Espagne

Du haut de la montée de Choulans, le centre culturel espagnol domine la ville de Lyon en contrebas, si bien que de son parvis de vieille maison bourgeoise, on pourrait presque voir jusqu'en Mancha… là où l'idéaliste Don Quichotte de Cervantès combattait les moulins à ventjusqu'à la déraison.


Entretien avec le directeur de l'institut, el señor Domingo Garcia Cañedo.

Pourrait-on revenir en 1er lieu sur l'ouverture de l'Instituto Cervantes à Lyon et parler du réseau dont il fait partie à travers le monde ?
L'institut a été inauguré à Lyon en novembre 2003 en présence du prince des Asturies, ce qui a conféré à l'événement un petit côté médiatique. Mais nous avions déjà commencé les travaux avant, en essayant de conserver "l'esprit" de cette maison bourgeoise tout en l'adaptant à notre fonction d'enseignement de la langue espagnole et de diffusion des cultures en langue espagnole; et j'insiste sur le pluriel puisque cela englobe toute l'Amérique Latine. C'est un organisme public et officiel de l'Etat espagnol, qui se caractérise néanmoins par une certaine autonomie ainsi qu'une nécessaire faculté d'adaptation à la "culture locale" dont il doit s'imprégner. Après Paris, Bordeaux et Toulouse, Lyon est donc le 4ème centre en France et le 42ème dans le monde… qui en compte aujourd'hui 46 après les récentes inaugurations d'instituts à Budapest, Belgrade, Stockholm et Prague.
Et ce réseau fonctionne en interaction ?
Oui et même si chaque centre est de fait indépendant; nous coordonnons notre action par pays ou par aire géographique. Et de manière plus générale lorsque nous organisons par exemple des expositions itinérantes qui courent pendant plusieurs années. Mais il y a une réelle liberté d'organiser les activités en rapport avec le réseau culturel local de la ville qui nous accueille.
Plus précisément, quelle mission s'est assigné votre institut ?
El Instituto Cervantes a été créé dans le monde pour organiser toutes les activités en rapport avec l'enseignement de la langue espagnole ainsi que la diffusion de la culture qui lui est rattachée, avec l'esprit le plus large possible. A ce titre, nous essayons avec divers organismes latino-américains de mettre en place pour l'an prochain un diploma pan-hispánico de Español qui deviendra le 1er diplôme officiel espagnol reconnu partout dans le monde. Mais pour revenir au pôle culturel de notre mission, il concerne également la culture des différentes communautés autonomes espagnoles; c'est dire par exemple que dans notre bibliothèque, une bonne partie des ouvrages sont en catalan, basque ou galicien, qui sont des langues officielles en Espagne au même titre que le castillan (ndlr : langue espagnole officielle, du moins à l'étranger).
Culturellement, les barrières linguistiques n'existent plus…
Oui puisque la culture embrasse toutes les langues espagnoles et dépasse allègrement le cadre des problèmes d'ordre politique. Nous allons recevoir des écrivains et qu'ils soient catalans ou basques importe peu; le seul critère que l'on essaye de retenir, c'est simplement la qualité… des œuvres et des hommes.
La langue espagnole vous sert de passerelle entre le cinéma, la littérature, la musique et l'art sous toutes ses formes…
Il s'agit vraiment pour nous de présenter un éventail de la culture espagnole ! et les seules contraintes que nous connaissons concernent par exemple la taille de notre salle d'exposition…
Ainsi vous travaillez souvent "hors les murs"…
Et là est vraiment notre philosophie : travailler avec les acteurs culturels de la ville. A ce titre, nous organisons des concerts avec le CNR, nous collaborons depuis cette année au Festival de Musique du Vieux Lyon, nous allons travailler au mois mars avec le cinéma Le Zola pour le festival Reflets du Cinéma Ibérique et dans un futur proche, nous allons également collaborer avec la mairie pour la 1ère édition du festival Quai des Polars, proposer des artistes pour des soirées Flamenco lors du festival des Nuits de Fourvière, ainsi que des compagnies pour la prochaine biennale de la danse et des groupes espagnols pour Musiques en scène en 2006. Voilà et quelques autres activités que j'oublie sûrement… parce que nos centres d'intérêt sont éminemment multiples lorsqu'il s'agit de faire connaître l'Espagne à l'étranger.
Historiquement, l'Espagne n'a-t-elle pas toujours été présente ici ?
Oui de par l'immigration, mais les Espagnols se sont bien intégrés et sont souvent devenus français. En manque parfois de leur culture originelle.
Le thème de l'exil est revenu plusieurs fois dans votre programmation…
Sûrement parce que la France a accueilli un demi million d'Espagnols au printemps 1939. il était donc important à nos yeux que cette programmation soit proche de la vie des Espagnols de la région durant le siècle dernier. Mais nous avons également abordé la place de la femme dans l'exil ou l'influence de l'exil sur la politique espagnole actuelle, ainsi que l'exil perçu par différents artistes comme Picasso ou Evaristo etc.
Comment qualifier les échanges franco-espagnols actuellement ?
Honnêtement, je crois que nous vivons une sorte d'âge d'or !
Et comment pensez-vous que l'Espagne soit perçue de ce côté des Pyrénées ?
De façon vraiment positive et j'ai d'ailleurs travaillé personnellement sur le sujet en donnant des cours à l'Université Lyon 3. L'Espagne est moderne et n'est plus seulement le pays du romantisme, du soleil et de la fête… quand bien même ces clichés renvoient à quelque chose de très réel !
Laissant à penser que les nuits barcelonaises sont bien plus belles que les nuits lyonnaises…
Ce sont simplement des modes de vie différents…
Demain pour l'Instituto Cervantes ?
Fêter dignement les 400 ans de la publication de Don Quichotte !
Parce qu'il reste beaucoup de moulins à attaquer ?
…parce qu'il est important de pérenniser l'esprit de Don Quichotte, ce grain de folie qui englobait une envie de liberté et de justice.

Laurent Zine