JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances
FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)
MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)
For The Beat-Punks
AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
The Fall
MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
Jean-Louis Sakur
Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre
JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges
SEPTEMBRE N°107
Grnd Zero
Jun Märkl
La Hors De
Noah Gelber
Russell Banks
OCTOBRE N°108
Dimitri Naéditch
La Phaze
Le Bleu du Ciel
Mark Tompkins
Abou Lagraa
NOVEMBRE N°109
Kali Live Dub
The Young Gods
Avatarium
Klotserman
Kwal
Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi
DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manuvre
The Gun Club |
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Gwenaël
Morin
Les justes, d'Albert Camus
"Comment
se tenir entre l'enfance et le cynisme ?"
Après
Mademoiselle Julie, de Strindberg, Voyage à la lune de Federico
Garcia Lorca ou Guillaume Tell, de Friedrich Schiller, Gwenaël
Morin met en scène Les Justes, d'Albert Camus, au Théâtre
du Point du Jour. La pièce, créée en 1949, raconte
comment de jeunes socialistes révolutionnaires, terroristes
dans la Russie de 1905, veulent assassiner le grand-duc Serge, oncle
du Tsar.
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Entretien entre deux répétitions.
Pourquoi monter Les Justes aujourd'hui ?
J'avais lu Camus au lycée. J'avais un attachement affectif
pour lui. Mais ce n'est pas pour en finir avec cet attachement que
je monte cette pièce aujourd'hui. Je crois d'abord qu'il y
a un lien avec Lorca et Strindberg, comme une espèce de trilogie
du désir. Mademoiselle Julie interroge le sens du désir.
Llorca s'intéresse à la puissance créatrice du
désir et là, avec Les Justes, on parle de la mort du
désir. C'est la mort de l'amour qui confine les personnages
au meurtre et au suicide, sachant que Camus les superpose.
Qui sont les "justes" ?
Ce sont des gens qui font l'effet d'être à même
de répondre de leurs actes jusqu'au bout de leurs contradictions.
Des gens responsables qui essayent de pousser leur responsabilité
jusqu'au bout de leurs actes. La pièce est créée
en 1949, juste après Nüremberg, la question prenait alors
une résonance particulière : jusqu'à quel point
peut-on aller jusqu'au bout de ses actes ?
Les justes sont aussi des terroristes
La pièce traite de la responsabilité et du terrorisme.
Ça m'a intéressé. Je me suis aussi interrogé
sur l'adolescence et le terrorisme, sur l'énergie de tels actes
plus que sur leur sens. Je crois que le théâtre est d'abord
un travail sur l'énergie. Je ne veux pas débattre du
terrorisme, ni utiliser ce spectacle comme une tribune pour lancer
un message. D'une certaine manière, j'ai voulu faire une pièce
sur l'amour, sur une femme qui pleure. Il faut comprendre Dora (l'une
des jeunes socialistes révolutionnaires, ndlr). Quand l'amour
est déçu, on peut tous basculer dans le terrorisme.
La racine de la guerre est dans le drame familial et dans la faillite
de la justice. Le carburant de la terreur, c'est la vengeance. Quel
monde faut-il inventer pour éviter cela ?
Pour
vous, Dora est capitale dans la pièce ?
C'est un peu le point central. C'est elle qui fabrique les bombes
et en même temps, c'est la seule qui pourrait avoir un enfant.
Elle a une responsabilité immense. Ce qui est vachement important,
c'est de montrer le visage de cette femme qui pleure. Le visage d'une
femme qui pleure. C'est beau et en même temps, comment peut-on
supporter ça ? Elle pleure et il est trop tard.
Cette pièce déborde de sentiments.
C'est là où la pièce est audacieuse. Tenter de
faire en sorte que le spectateur s'identifie au terroriste. Eviter
de penser que "ce ne sont pas des mecs normaux", des "diables
en puissance". Ces gamins se posent des questions cent fois plus
ambitieuses que les petits soldats, et pourtant, ils tirent. D'autres
tirent au nom de la "justice infinie" (ndlr, nom de l'intervention
nord américaine en Irak). Je ne suis pas sûr qu'ils aient
raison.
Avez-vous beaucoup lu, vous êtes-vous documenté sur
le terrorisme ?
Pendant un moment, oui. C'était intéressant, mais j'ai
vite arrêté. Cela me mettait sur une fausse piste. Les
documentaires et les reportages font très bien cela: raconter
le terrorisme. Mais ma mission, c'était de monter Les Justes,
de me mettre le nez dedans et non de chercher à l'inscrire
à tout prix dans un contexte. Les choses sont venues chemin
faisant
Comment travaillez-vous ?
Les lumières doivent être minimales. Le décor
? Je ne voudrais de décor que les êtres humains. Je veux
faire une pièce avec des êtres humains. Être juste,
c'est aussi l'être dans le sens théâtral : comment
dire ces phrases sans cynisme et sans naïveté. J'ai demandé
aux comédiens d'apprendre leur texte par cur avant de
commencer les répétitions. J'aime bien qu'ils aient
ce moment de solitude un peu abstraite où l'on apprend le texte.
Puis on a travaillé scène après scène.
On se construit au fur et à mesure. On invente chaque fois
un processus. Là, en plus, j'aimerais bien aller plus loin,
dépasser le processus du théâtre. Ne pas se demander
pourquoi le théâtre, mais à quoi peut servir le
théâtre et comment l'utiliser. Et Les Justes me paraît
pour cela un texte très moderne, qui a quelque chose à
voir avec le théâtre grec. La modernité est très
liée au théâtre grec. Avec peu de lyrisme, comme
dans cette pièce, très sèche et concrète.
En même temps, Camus est plus tendre que Beckett, par exemple.
Il est très rigoureux, mais sans dire et montrer cette rigueur.
Pour toucher à l'humain.
Comment abordez-vous alors ce texte ?
On ne veut surtout pas être cynique. Est-ce qu'il y a un endroit
où l'on peut se tenir, entre l'enfance et le cynisme. C'est
ambitieux.
Florence
Roux
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