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C'est en 1992, muni des 4 premiers prix d' interprétation, de musique de chambre, de professorat et d' accompagnement, du Conservatoire Supérieur Tchaïkovski de Kiev (Ukraine), assortis d'une passion sans bornes pour le jazz, que le pianiste Dimitri Naïditch a débarqué à Lyon. Depuis, beaucoup de musique a coulé sous les ponts : devenu concertiste international et enseignant au CNSMD de Lyon, il vient d'achever tout un travail de composition et d'arrangements sur des partitions appartenant au patrimoine culturel de son pays natal. Chants d'Ukraine est présenté au Théâtre d'Irigny (7 octobre) puis à l'Espace Albert Camus de Bron (11 octobre), avec la complicité d'Anna Koropnichenko (voix), Rick Margitza (Saxophone) et Michel Boiton (Percussions).
Par quel hasard des chemins êtes-vous arrivé à Lyon il y a 13 ans de cela ?
Le choix de Lyon est directement lié à ma rencontre avec l'ARFI, lors de sa fameuse tournée en Ukraine pour le spectacle Potemkine en 1991. Les musiciens de l'ARFI m'ont invité pour un concert à Lyon et
j'y suis resté.
Quels souvenirs gardez-vous de vos premières scènes lyonnaises, puis des rencontres déterminantes qui ont suivi ?
Mon tout premier concert était organisé par Tchangodeï au Bec de Jazz. Globalement, je garde le souvenir d'un accueil très chaleureux de l'ARFI mais également du public lyonnais. Pour moi qui venait d'un ex-pays soviétique, cette arrivée en France a été un choc culturel : il a donc fallu se débrouiller sur place pour survivre et tenter de rencontrer d'autres musiciens
. La collaboration avec l'ARFI a longtemps continué puisque j'ai fait partie de La Marmite Infernale durant quelques années. Une des rencontres qui m'a le plus marqué au départ fut celle avec Laurent Blumenthal. On s'est beaucoup produit en duo, notamment dans le cadre de Suivez le jazz. Puis en 1999, j'ai fondé un festival de jazz et de musique classique Les Mélomanies d'Annonay, et c'est dans ce cadre que j'ai fait une autre rencontre déterminante avec Didier Lockwood. Depuis, nous travaillons beaucoup ensemble. D'ailleurs, dès le premier concert - où la condition posée par Didier Lockwood était de ne pas répéter - il s'est produit un véritable coup de foudre musical entre nous. A la mi-octobre, je sors un disque en solo, sous le label Ames de Didier Lockwood. Quant au spectacle musical Le jazz et la Diva, que nous avons monté ensemble, il continuera de tourner jusqu'à fin décembre. Enfin, il y a récemment eu une rencontre avec un autre grand musicien, Richard Galliano...
Comment arrive-t-on au jazz avec une formation classique telle que la vôtre ?
J'ai commencé à improviser alors que j'étais encore tout petit. Puis, les études classiques ont tué tous mes élans de créativité. Heureusement, à l'adolescence, j'ai découvert le jazz : cela fut une porte de retour pour cette créativité. J'ai donc travaillé avec le peu de partitions et de disques dont je disposais en Ukraine. Mais, en réalité, je n'ai jamais réussi à choisir entre classique et jazz.
Et cette attirance pour les chants d'Ukraine, est-ce un retour aux sources ?
C'est un peu cela, même si je n'ai jamais quitté ces "sources" puisque lorsque je joue en solo, le côté folklorique reste toujours présent. En fait, depuis que j'avais rencontré la chanteuse Anna Koropnichenko, qui faisait partie du fameux voyage de l'ARFI en Ukraine, j'avais envie de créer un spectacle basé sur les chants traditionnels. Elle m'a donc apporté tout un répertoire de chants, dont certains datent presque de d'époque païenne; Anna Koropnichenko fait partie des scientifiques qui vont dans les campagnes et les villages pour recueillir et sauver ces partitions de la disparition. J'ai sélectionné des chants, dont la base rythmique était assez intéressante pour être travaillée, en fonction des duos possibles avec le piano, le saxophone et les percussions. J'ai également beaucoup travaillé sur la disposition scénique. A présent, il s'agit de faire vivre cette création et de faire tourner le groupe.
Caroline Faesch |