ARCHIVES
2005

JANVIER N°100
Peuple de l'Herbe
Angelin Preljocaj
Boris Charmatz
Guy Walter, les Subsistances

FEVRIER N°101
Ez3kiel
The Embrooks
Bertrand Betsch
Institut Cervantès
Ariane Mnouchkine
(1ère partie)

MARS N°102
Improvisators Dub
Grnd zero
Association Survie
Red
Franck II Louise
Ariane Mnouchkine
(2ème partie)

For The Beat-Punks

AVRIL N°103
High Tone
Tinariwen
Les Trois-Huit
Joann Sfar
Dennis Lehane
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MAI N°104
Nuits sonores
Disk'Over
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Mathurin Bolze
The Brian Jonestown Massacre

JUIN N°105/106
Les Intranquilles
Forum Réfugiés
Keith Jarrett
The Stooges

SEPTEMBRE N°107
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OCTOBRE N°108
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La Phaze
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NOVEMBRE N°109
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The Young Gods
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Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani
Michel Raskine
Gilles Pastor
Biennale d'Art Contemporain
Hamid Ben Mahi

DECEMBRE N°110
Christian Schiaretti
Gwenaël Morin
Philippe Manœuvre
The Gun Club

  DECEMBRE N°110  


 

Christian Schiaretti
L'Annonce faite à Marie, de Paul Claudel


Après Père, de Strindberg, Christian Schiaretti renoue avec le Moyen-Age, ici réinventé par Paul Claudel début XXème et avec un mysticisme qu'il ne déteste pas. Dans L'Annonce faite à Marie, créée en novembre au TNP et représentée du 9 au 21 décembre, il entraîne donc ses comédiens dans un mystère religieux où une ruralité très stylisée, côtoie le miracle d'une résurrection. Une manière de célébrer Claudel, l'auteur, 50 ans après sa mort, le 23 février 2005.
D'abord, autant enfoncer quelques portes ouvertes, histoire de les refermer. L'Annonce faite à Marie a peu de chance de gagner le Molière du one man show comique, s'il existe : ce n'est pas un one man show. Secondement, L'Annonce faite à Marie traite effectivement de religion, à la manière des mystères du Moyen-Age, avec un départ pour Jérusalem, le sacrifice d'une vie, un miracle à la clef -sur scène, pour de vrai. Bon, voilà. Les choses sont dites. Comme si, avant d'aller écouter et voir un beau texte sur la difficulté d'aimer, de vivre et de mourir, il fallait aussi se confesser. Basta !
La pièce, que Claudel avait d'abord écrite à l'âge de 24 ans, puis qu'il a réécrite et remaniée plus tard, raconte, dans un Moyen-Age réinventé, comment la jeune, tendre et belle Violaine, embrassant le lépreux Pierre de Craon, constructeur de cathédrale, précipite sa vie dans une fuite sacrificielle, alors que son père, riche paysan, part en croisade, que sa mère meurt, que son fiancé Jacques l'abandonne pour épouser Mara, sœur ennemie, pourtant si proche. En effet, si tous les couples (le père et la mère, Violaine et Pierre, Violaine et Jacques, Jacques et Mara…) paraissent voués à la finitude, celui de Mara et Violaine, malgré toute la violence de leurs relations, est finalement le seul qui tienne la route -et donne même lieu au miracle qu'annonce le titre. Et si Dieu occupe le terrain, ce duo sororal en contraste (le bien/le mal, l'incarné/le désincarné), exprime, comme de nombreux autres dans la littérature, toute l'ambivalence de l'être. Le doute. Laurence Besson, dans Mara et Jeanne Brouaye, Violaine, donne d'ailleurs une belle version, à la fois tenue et débridée, de la célèbre scène de la résurrection.
De même, les comédiens sont impeccables. Serge Maggiani, magnifique Pierre de Craon, Anne Benoit, la mère, Olivier Borle, dans Jacques Hury et André Falcon qui, à 80 ans, campe Anne Vercors, le père, juste et déterminé (c'est lui qui, lors d'une recréation à la Comédie française, en 1955, interprétait Jacques). Le phrasé, d'une grande précision, la phrase déliée, laissent parfois s'échapper des éclats vifs -d'amères saillies de Pierre de Craon, certaines ruminations de Mara, des regrets d'Anne Vercors, les mots d'amour de Violaine…
Mais si cette sobriété du jeu est propice à l'écoute du texte, on se demande si elle ne s'accompagne pas non plus d'une certaine contrainte des mouvements. En effet la mise en scène de Christian Schiaretti, qui stylise le monde rural, a quelque chose de hiératique qui engourdit parfois le jeu dans le rituel. De même, la scénographie présente un décor sur deux étages (un dessus lumineux et un dessous plus obscur) : une espèce de praticable spartiate où les comédiens manqueraient de largeur (au-dessus) et de hauteur (en dessous). Tout cela n'est sûrement pas anodin mais il en résulte tout de même une légère gêne aux entournures. Heureusement, la musique d'Yves Prin, dirigée par Thierry Ravassard (cor, percussions, synthétiseur, clavecin) étire par moment l'espace, assombrit ou éclaircit l'atmosphère, assouplit les angles !
De cette Annonce faite à Marie, mise en scène par Christian Schiaretti, il reste donc une impression douce et amère -si l'on se tient les côtes, c'est pour mieux peser le poids de la vanité- et quelques images, dont la première scène. Violaine et Pierre de Craon s'entretiennent sur la vie et l'amour, sur la sainteté et la chair autour d'un gros cheval de labour, rouge sang, monté sur des roulettes. Juste avant leur baiser furtif.

Florence Roux