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Le
quintette du Maine et Loire sera sur les planches du Kao le 20 mars
pour nous rappeler au bon souvenir de son 3e album - Totem (paru en
2003) - qui témoigna d'une évolution musicale sensible
vers un dub ambiant et mélodique, privilégiant les variations
harmoniques sur de longues plages non surchargées d'effets, ni
même de visages pâles en mal d'exotisme
Le dub de
Zenzile s'inscrivant alors parfaitement entre "tradition et modernité",
entre douceur angevine et chaleur des racines, entre Kingston et Notting
Hill. Entrevue lors de leur dernier passage au Bistroy avec Mathieu
Bablée, bassiste de son état et digne représentant
de cette scène dub hexagonale qui casse la baraque.
Vous venez d'horizons musicaux complètement différents.
On vient effectivement tant du hip-hop que de la fusion limite metal
ou du punk rock ! La "connexion dub" s'est donc faite naturellement
dans le sens où on s'est intéressé au départ
à cette musique via les Clash ou les Ruts.
Encore une histoire de Punky Reggae Party ?
C'est l'une des caractéristiques de cette scène dub française
: beaucoup des gens qui la composent naviguaient auparavant entre punk,
hardcore et/ou vague alternative et ce, contrairement aux groupes purement
reggae. Au niveau de l'état d'esprit, on peut dire que la matrice
du dub en France est fondamentalement rock.
Et Zenzile est arrivé, sans se presser
Il était surtout question au début de s'amuser à
retravailler en studio les grilles de chansons que nous avions, en testant
des cuts, des effets
pour finalement en transformer la matière
première rythmique. Outre le plaisir immédiat de jouer
à l'alchimiste en se prenant pour Lee Perry (!), cette façon
d'expérimenter la musique était relativement novatrice
sachant qu'à ce moment-là, peu de groupes de dub se produisaient
en France, à part Dub Syndicate et les Japonais d'Audio Active.
On s'est lancé sur scène un soir de fête de la musique
et la réaction du public a fini de nous convaincre de continuer
dans cette voie.
La voie du dub conçue comme un champ d'expérimentation,
dans le sens où cette musique permet des variations à
l'infini ?
Exactement, expérimentation et surtout totale liberté
! Qu'importe en définitive que l'on fasse réellement du
dub ou non, il s'agit pour nous de brouiller les pistes et dans tous
les sens du terme. Parce qu'il y a du chant, on risque de nous dire
que ce n'est plus vraiment du dub, et alors ? la musique, c'est une
question de goût et non pas de définition.
Ethno dub, roots dub, electro dub etc. Finalement, quels que soient
les carcans médiatiques, on a le sentiment que la spécificité
de la scène française pourrait se résumer en deux
mots : live dub !
C'est le dénominateur commun : la prestation de la plupart des
groupes sur scène est vraiment live. Qu'ils s'appellent Lab°,
High Tone, Improvisators, Kaly, 10 Dubians, Ez3kiel ou Zenzile
les groupes jouent en direct et en chair et en os. Il ne s'agit pas
d'appuyer sur on/of et de balancer uniquement des séquences programmées
sur machines.
Un des facteurs qui expliquerait que tous ces groupes remplissent
les salles actuellement ?
Le côté humain, qui mouille le maillot sur les planches
! La dynamique de cette scène tient simplement au fait que les
groupes ont multiplié les concerts pour promouvoir leur musique
auprès d'un public aujourd'hui grandissant et visiblement renouvelable.
Personne n'a attendu, pour se lancer dans l'aventure, que les maisons
de disques arrivent en disant : "Hé coco ! c'est bien ce
que tu fais"
Le dub est de surcroît une musique véritablement
sans frontières et de fait, la scène française
s'exporte aujourd'hui plutôt bien.
Une scène qui semble en outre vraiment confraternelle.
Sûrement et nombre de groupes ont des projets ensemble. Après
chacun poursuit son bonhomme de chemin tout en gardant sa façon
de faire spécifique, son propre style. Il semble cependant évident
que cette scène est directement héritière de l'esprit
do it yourself et du mouvement alternatif, mais sans en reprendre totalement
le flambeau politique et en essayant de ne pas reproduire les mêmes
erreurs au niveau "gestion de la chose".
Deux voix interviennent maintenant régulièrement sur vos
disques : Jean Gomis, front man de Meï Teï Shô et Jamika
Ajalon, poétesse afro-américaine; avec ces "figures
de proues" extérieures au groupe à proprement parler,
le dub de Zenzile n'est plus seulement une musique sans paroles
Si on a décidé de faire de la musique instrumentale dub,
c'est sûrement pas par défaut, plutôt pour le côté
liberté artistique; mais d'une part, il n'est pas question de
se laisser enfermer dans un genre (et l'essence même du dub c'est
d'être une musique non figée), et d'autre part, la rencontre
musicale avec Jamika et Jean s'est tellement faite naturellement, qu'elle
s'est pour ainsi dire imposée à nous. En studio comme
en live, leur voix et leurs textes donnent simplement du relief à
notre travail. Côté "message", c'est aux gens
de faire le tri et d'y trouver éventuellement leur compte. Evidemment
la rébellion fait vendre, mais "turning rebellion into money"
comme disait Clash, c'est pas vraiment notre créneau
et
vu ce qui s'est passé aux dernières présidentielles,
je me dis de toute façon que la France a la mémoire courte
et les oreilles bouchées.
Et cela a le don d'énerver Zenzile, particulièrement sur
scène
Laurent
Zine |