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Il
nous faut retrouver le sentiment pingouin. Telle est l'une des injonctions,
toute pacifique, de L'Epaule nord, dernier spectacle que Michel Laubu
et le Turak présentent ce mois, en exclusivité mondiale,
au Théâtre de la Croix-Rousse. L'autre proposition : se
poser la question d'un monde à l'envers (d'où un décor
représentant la salle d'un couvent renversée, arcades
en l'air)
Et quand on lui demande plus d'explications, Michel
Laubu, créateur de la compagnie, metteur en scène, auteur
et scénographe, lâche, limpide : "Lorsque nous commençons
un spectacle, c'est vraiment une énigme. Les réponses
n'arrivent qu'après la première. Si je savais ce que je
voulais dire
" Certes.
L'Epaule nord est l'aboutissement d'une série de créations
de la compagnie qui poursuit son exploration, engagée l'an dernier,
d'une période très riche de l'histoire de la Turakie :
la période "Pingouins". La Turakie que Laubu, guide
officiel, fait visiter spectacle après spectacle, est un pays
imaginaire, "assez proche du nôtre", ose-t-il. Selon
l'histoire officielle, à cette époque-là, les pingouins
se seraient réfugiés, puis endormis, à l'intérieur
des habitants de Turakie pour échapper au terrible loup à
raquettes. Chaque habitant aurait ainsi développé le sentiment
pingouin et découvert en même temps la psychanalyse, prenant
en effet l'habitude de regarder en lui-même ce que l'on n'ose
pas toujours voir, quelque chose de fragile et de tremblant (enfin,
c'est ce que j'ai cru comprendre). "J'aime bien les règles
du jeu, dit Michel Laubu. Comme cette phrase : un pingouin, c'est
un ange que l'on a laissé trop longtemps au frigo. Dans
L'Epaule nord, nous essayons de faire un asile poétique pour
ces pingouins, comme s'ils étaient des anges qui vont renaître
à la vie, vieillards".
Un appel à la tendresse pour les huit comédiens, manipulateurs
d'objets et de marionnettes du Turak, accompagnés pour cette
création par deux musiciens. Une proposition ludique. "Nous
procédons un peu comme des archéologues qui vont exhumer
des objets, des restes et les font ensuite revivre. Et les comédiens
sont les magasiniers de la mémoire." Un des principes de
créations du Turak théâtre d'objet s'appuie sur
"la rencontre entre les formes marionnettiques, un théâtre
gestuel et une exploration plastique. L'approche artistique du Turak
repose sur un jeu avec l'objet usé. Passé imaginaire né
de la fatigue de l'objet, mémoire et empreinte d'une civilisation
inventée, c'est à partir de cette archéologie fictive
que spectacles et expositions sont créés." En d'autres
termes, l'objet est le carburant intellectuel de Laubu qui, petit déjà,
bricolait avec ardeur avec ce qui lui tombait sous la main : "Pour
moi, c'est une manière de penser. J'ai commencé à
réfléchir sur les pingouins en m'amusant. J'en ai fabriqué
plusieurs avec des os de seiche, j'en ai coincé d'autres dans
les trous d'une brique, pour voir. Je m'amuse et tout à coup,
l'idée prend forme"
Charge alors aux comédiens,
sur les indications du metteur en scène, d'animer les marionnettes
et objets réinventés. "Le théâtre d'objet,
c'est complètement pingouin". Et vous ?
Florence
Roux
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