ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  OCTOBRE N°97  



 

Svinkels
c'est leur tournée !

Fringants représentants du "hip-hop de comptoir", les Svinkels rincent effectivement au Kao le 8 octobre prochain. Une soirée à boire… le flow de leurs bonnes paroles, entre humour noir salace, revanche verbale imbibée et franche rigolade ! Gageons que ce concert constituera quoi qu'il en soit un sacré pied de nez aux apprentis "banditos" du rap hexagonal.

Il suffira sans doute de jeter un œil ahuri à la pochette du dernier album des Svinkels (débarqués d'une ambulance !) pour comprendre un tant soit peu ce qui vous attend du côté de Gerland, en ce vendredi 8 octobre qui refuse obstinément tout passage à l'automne. Le titre emblématique de cette galette - Bons pour l'asile (Atmosphériques) - vous dresse un tableau finalement assez conforme de l'état de santé mentale de nos chers troubadours qui mixent allègrement rap et punk rock, au grand dam des puristes et donneurs de leçons qui sûrement pullulent dans quelques salons aux tentures feutrées, mais là n'est pas le propos puisque tout le monde s'en contre fout royalement. Et que les Svinkels avec leurs faux airs d'idiots du village sont forcément infréquentables puisqu'ils squattent les salons dans le seul but de taquiner du houblon en chanson (cf. Céréal killer à la gloire de la boisson fraîche qui mousse) ou bien…
Art de vivre fondé sur l'auto-dérision, le musicalement incorrect et la provocation corrosive ; "Le Svink c'est chic !", indéniablement.
Sûr que les trois "Beasty Boys de la chanson française" sont des comiques en situation qui prennent un malin plaisir à pondre des textes assaisonnés et parfois saignants, révélateurs d'un état d'esprit pour le moins neuf et salutaire, et pas seulement pour la jeunesse qui s'ennuie. Avec casquettes et autres chapkas sur les oreilles pour que l'intérieur garde son ébullition naturelle, les Svinkels donnent dans le roc(k)ambolesque en parfais joyeux drilles qu'ils sont, professionnels de l'Anti rap(attitude); ce qui dans le domaine du hip-hop, est assez rare pour être noté et approuvé !
Pour le trio infernal (Nikus Pokus, Gérard Baste et Mr Xavier) désormais associé à Dj Pone (champion du monde par équipe aux platines), c'est toujours l'"happy hour", le moment de boire un coup entre ami(e)s à refaire le monde et raconter des conneries, sur scène comme en dehors… sans jamais se prendre réellement au sérieux. Ainsi va-t-on à leur concerts en s'inspirant de ce même état d'esprit, peut-être pour dire et faire n'importe quoi, voire pogoter si affinités.
Si leurs textes vantent en général les mérites de la défonce cool et des loosers magnifiques (!), ils savent aussi parfois faire preuve d'humanité : "j'passerai à l'église St Ambroise brûler un cierge pour la misère, môme j'y servais comme enfant de chœur, maintenant je vire enfant de rancœur" (in Metro), ou s'impliquer politiquement à leur manière en reprenant par exemple la chanson des Parabellum - "Anarchie en chiraquie" - bien évidemment toujours d'actualité. Ainsi les Svinkels cultivent-ils le mode "y'en aura pour tout le monde" quel qu'en soit le degré (glups) comme une vraie bande de sales gosses prêts à tout pour rire de la décrépitude du monde moderne (sic). Et pour donner un peu de sel à ces propos, une petite anecdote piquée aux hannetons… C'était en juillet dernier aux Eurockéennes, le groupe était programmé en fin d'après-midi sur la grande scène avant Le Peuple de l'Herbe et Slipknot. Nous étions tranquillement installés dans l'ombre du festival à papoter avec quelques gugusses du Peuple + un de Montauban (…) quand soudain, un camion déboula dans la plus pure tradition des "fous du volant" : ses occupants sautèrent du véhicule en marche pour arriver façon roulé-boulé devant nos yeux ébahis; bonjour les Svinkels évidemment !
Sans présager s'ils déclineront dans un futur proche "Diabolo is my co-pilot" en chanson, nous savons désormais que les Svinkels ne font jamais le déplacement pour des prunes et qu'ils n'en perdent pas une pour se fendre la poire. Il ne tient alors qu'à vous de goûter aux fruits défendus. Avec ou sans modération.

Laurent Zine