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Avec
son regard mutin et sa chevelure fauve, Patricia Petitbon, jeune soprano
colorature, a quelque peu bousculé l'atmosphère
amidonnée qui régnait sur les scènes baroques
et lyriques du vaste monde. En effet, cette pétillante soliste
ne se contente pas seulement de chanter, elle joue littéralement
tous ses rôles. Alors que le tricentenaire du compositeur Marc-Antoine
Charpentier est célébré cette année, Patricia
Petibon n'a pas résisté à l'appel du 2ème
Festival de Musique Ancienne de Lyon, qui lui proposait d'interpréter
quelques Airs sérieux composés par ce musicien français.
Dans le cadre de la précédente édition, la soprano
avait déjà été chaleureusement accueillie
et son premier concert, salué par des salves d'applaudissements.
Le 12 décembre prochain, Patricia Petibon revient donc à
la Chapelle de la Trinité, face à un public conquis
d'avance, pour interpréter des airs et cantates de Purcell,
Rameau et Charpentier. Son répertoire est pourtant loin d'être
circonscrit au seul baroque : il s'étend de Rameau à
Bernstein, en passant par Jomelli, Mozart et Debussy. A l'image de
son caractère, il est pluriel et entier.
Qu'est-ce qui vous motive à revenir dans ce répertoire
baroque au Festival de Musique Ancienne de Lyon ?
C'est un répertoire qui m'est plutôt cher, que je côtoie
depuis un certain nombre d'années et qui me permet, vu les
autres répertoires que j'aborde cette année, de bifurquer
de temps en temps vers cette musique et ne pas l'oublier. Aujourd'hui,
je suis plus dans le lyrique, dans des uvres phares de Mozart
ou Strauss. C'est donc pour moi une façon de garder une dimension
de concert plus intimiste. Mais il est vrai qu'il faut aussi faire
selon la demande; vis-à-vis du Festival de Musique Ancienne
de Lyon, j'aurais été bien bête de refuser ! D'autant
qu'il existe un certain public qui me connaît bien dans le baroque
et pas du tout dans d'autres répertoires. Lors du dernier concert
à Lyon par exemple, je me suis aperçue qu'il y avait
des personnes du public qui ne savaient pas que je chanterai du Debussy,
à côté, à l'Opéra !
Comment
parvenez-vous à obtenir cette "virtuosité décontractée"
qui vous caractérise tellement sur scène ?
La virtuosité fait partie de mon caractère vocal. Mais
tout cela demande énormément de travail, et celui-ci
passe aussi parfois par des périodes de découragement
C'est comme pour les athlètes, on n'y arrive pas du premier
coup : il faut de l'endurance, du travail et un respect par rapport
à la musique. Car c'est souvent la musique qui donne les clefs
de cette facilité, si je puis dire. On va trouver la facilité
dans la simplicité de l'écriture. Mais la virtuosité,
peut aussi être dans l'expression, dans ce que l'on a à
dire. Lorsque la musique est simple dans son discours, mélodique,
c'est aussi une forme de virtuosité. Et puis c'est l'émotion
qui vous donne l'envie de vous dépasser. Mais sans technique,
on ne peut rien faire et puis, sur scène, on n'est jamais vraiment
décontract'
Que vous reste-t-il de votre formation et votre travail avec le
chef d'Orchestre William Christie ?
L'amour du théâtre et la liberté même si
c'est un homme très strict dans ses choix et dans sa façon
d'aborder le style français. Ce que j'en garde, c'est d'oser
aller loin et d'interpréter à ma façon. Ce n'est
pas intéressant d'interpréter comme tout le monde, il
faut aussi s'approprier les choses, et c'est cette façon de
s'investir dans la musique et le théâtre que je garde
de lui.
Votre voix vous empêche-t-elle d'interpréter des rôles
que vous aimez tout particulièrement ?
On est toujours limité dans la vie ! Mais lorsqu'on a la chance
de pouvoir vivre de son art, comme moi, ça n'apparaît
pas comme une limite. Je peux chanter beaucoup de choses avec cette
voix. "Colorature" ne veut pas dire que l'on va toujours
chanter dans les aigus : moi j'alterne avec des rôles plus dramatiques,
plus axés sur le théâtre, comme Mélisande.
J'aime pouvoir jongler avec les traits de caractères. On me
demande souvent si je n'en ai pas assez de jouer certains rôles.
J'estime que quand on joue un personnage, il faut le défendre
: il n'y a pas d'aristocratie dans la musique. Il y a une histoire
et cette histoire se crée avec tous les personnages, quels
qu'ils soient. Finalement, je suis très cartésienne
: on ne vit qu'une fois, il faut donc vivre à fond ce que l'on
fait.
Quels sont les concerts à venir qui suscitent le plus votre
intérêt ?
En 2005, j'irai deux mois à New York pour défendre mon
répertoire avec Pelléas et Mélisande (Debussy).
Je partirai aussi à Vienne pour chanter du Mozart. Ces deux
villes ont en commun d'être animées par une vie musicale
intense. À New York, il y a un public également très
chaleureux, qui possède un engouement incroyable pour le baroque
français. Et puis, c'est une ville qui brasse les cultures
et je recherche cela. Je n'aime pas être étriquée
dans l'art.
Caroline
Faesch
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