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Tout
chez elle évoque un destin hors du commun. Son nom d'abord, Lhasa
comme la capitale du Tibet, puis Sela, nom biblique de Petra, la vieille
Jordanienne. Son enfance, ensuite, à courir les routes dans le
bus familial entre un père mexicain (écrivain, professeur
ou cueilleur de fruits), une mère américaine (actrice
et photographe) et trois surs. Au programme, l'aventure quotidienne,
les nourritures spirituelles (bouquins, légendes et musiques
du monde) et des paysages nouveaux sans fin. Le Mexique, San Francisco,
Montréal
La Llorona sort en 98, premier album captivant
qui ré-apprivoise la légende mexicaine de cette pleureuse
cruelle, puis une longue tournée où Lhasa se dévoile,
artiste passionnée qui se donne totalement au public. Ensuite
silence radio pendant six longues années. Elle remet tout à
plat, immense besoin de se ressourcer. Elle passera plusieurs mois en
France : un an avec ses surs et le cirque Pocheros puis le coup
de foudre pour Marseille où elle se pose. "J'ai pris le
temps. Je sentais que je ne pouvais pas faire un disque tout de suite,
je ne voulais pas me répéter. J'avais besoin de prendre
du recul. Besoin de partir à la recherche de ma vie, de me lancer
dans mon inconnu
"
La suite s'appelle The Living road, 12 titres mélancoliques et
lumineux qui parlent au cur et à l'âme. Dans la continuation
logique même "s'il y a un grand pas entre les deux".
Des histoires de route et des bouts de vie écrits à Marseille,
où elle compose quasi l'intégralité de ses nouveaux
titres. Des textes surréalistes, poétiques et aériens
qui parlent bien évidemment d'elle. Anglais, espagnol et français
pour raconter les tourments de l'âme, les rêves, les désillusions,
l'amour. "Mes textes
j'y mets ce que j'ai de plus fort, de
plus puissant. Là où je plonge plus loin dans la vie
"
L'écriture comme thérapie de l'âme ? Non, plutôt
"le voyage de la vie. C'est la rencontre avec les mystères
de la vie, la vraie vie."
Sa musique ? Elle est nomade, sans frontière et sans étiquette.
"Cela a toujours été très important de faire
une musique qui voyage, qui traverse les frontières et qui parle
à tous à travers le monde." Condensé de fado,
flamenco, folk et blues pleins de grâce, poésie et intemporalité.
Des atmosphères très intimistes avec piano, cuivres et
violon; un album précieux et très travaillé avec
des arrangements modernes. A ses côtés de vieux compères
de Montréal, croisés à l'époque de La Llorona
: Jean Masicotte (pianiste) et François Lalonde (batteur et percussionniste),
co-réalisateurs et co-producteurs de l'album. Ils enregistrent
à son rythme (7 mois). "On était toujours en studio
tous les 3; on imaginait et on recherchait des sons. On montait les
pistes de base, on composait les arrangements que l'on souhaitait puis
on travaillait avec les musiciens. En général, c'est resté
proche de ce que je voulais. Mais cela a donné comme des ailes
à mes idées. Il y a quelques chansons pour lesquelles
j'ai été surprise. Comme My Name que j'avais pensée
plus rapide et qui a fini par être très ambient, avec beaucoup
d'espace. Ou encore dans Para el fin del mundo, on a utilisé
un arrangement et des sons qui m'ont pris par surprise."
Lhasa a de l'or dans les doigts : du talent pour brosser les états
d'âme et les sentiments, le coup de crayon pour ouvrir les portes
de l'imaginaire et une voix ensorcelante qui tourneboule les sens. Rauque,
grave, cassée, comme à bout de souffle
et pourtant
pleine d'énergie et d'espérance. Elle a ce magnétisme
que peu possèdent, cette passion à fleur de peau pour
insuffler la vie à chacune de ses mélodies et dégager
une aura magique. "C'est que j'y crois très fort. J'ai voulu
qu'on entende dans cet album des choses inexplicables. Parce que la
musique peut exprimer ces choses qui sont au fond de nous. Elle a cette
capacité de nous mettre en relation avec notre âme."
Dessinatrice donc puisque c'est elle qui a crayonné la pochette
de l'album. Images en 3D pour imagination déliée. Des
personnages un peu surréalistes, des animaux trop grands et des
objets volants. "J'ai eu un sentiment de justesse lorsque j'ai
dessiné cette image. J'ai ressenti l'équilibre. J'aimais
le fait qu'il y ait l'animal, la plante, l'humain puis cet objet mystérieux
qui fait office de 4ème. C'est comme notre monde : la terre,
les animaux, les humains, puis l'élément de mystère".
Il y a chez cette artiste une sagesse millénaire, une croyance
absolue dans la magie de la vie, qu'elle traduit ainsi : "C'est
le pouvoir magique des gestes, c'est la magie de chaque chose, de chacun
de nous, de chaque goutte de vie". De toute manière, elle
a laissé la porte ouverte sur l'interprétation de chacun.
"On bâtit le monde chaque jour, on crée et délimite
nos frontières avec notre imagination. C'est là qu'on
peut construire la magie, la détruire aussi. Qu'on nourrit l'amour,
qu'on le détruit. Tout part de l'imagination. C'est notre force".
La jeune femme rêve aujourd'hui de parcourir le monde pour jouer
sa musique (le Portugal -pays cher à son cur, les pays
de l'Est
) puis surtout "d'aller jusqu'au bout de qui je suis.
Je ne sais pas ce que cela veut dire exactement, mais je vais le découvrir
! Le travail de toute une vie."
Anne
Huguet |