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C'est
finalement les Editions du Camion Blanc qui se sont courageusement
lancées dans la publication d'une traduction en français
de l'autobiographie (écrite à quatre mains avec l'aide
de la journaliste Janiss Garza) de Lemmy Kilminster, bassiste et chanteur
de cet incontournable de la speed music et du rock'n'roll qu'est Motörhead.
Comme d'habitude l'éditeur a choisi de traduire au mot à
mot le titre de ce livre et le clinquant White Line fever est donc
devenu La Fièvre de la ligne blanche, beaucoup plus poussif
-quand on vous dit que ce n'est pas pour rien que l'anglo-américain
est la langue rock'n'rollienne par excellence, mais passons.
Lemmy aura 60 ans en 2005 et -la première édition du
livre en anglais datant de 2002- le fanatique de Motörhead comme
le simple curieux peuvent s'attendre à leur lot de souvenirs
éclairants et croustillants sur la genèse et la mythologie
en marche du groupe. Effectivement, premiers émois en découvrant
Chuck Berry, concert des Beatles à la Taverne au début
des 60's, trip sous acide avec Hawkwind, vagabondages de speedfreaks,
destructions d'hôtels, beuveries, période punk, parties
de sexe en liberté, concerts apocalyptiques
tout est
là qui concourt à l'édification du monument.
Le livre défend aussi et surtout la position comme quoi la
carrière de Motörhead ne s'est pas arrêtée
en 1980 avec la parution de Ace of Spades, Lemmy râlant contre
ceux qui l'ont enterré trop vite et il a raison : jetez donc
une oreille sur 1916, Bastards, Sacrifice ou We are Motörhead
-tout en reproduisant sans cesse un style (musical, de vie
)
qu'ils ont inventé, Lemmy et Motörhead ont toujours cherché
à s'améliorer et aujourd'hui Inferno le dernier album
en date fait figure de monstre absolu. A n'en pas douter, Lemmy -qui
s'est mis au rock'n'roll pour attraper des filles- continuera ainsi
jusqu'à son dernier souffle (d'ailleurs, en grand ego centré
qu'il est, la postérité l'inquiète un peu) même
s'il ne se fait plus aucune illusion sur notre monde : "Tout
compte fait, qu'est-ce que la civilisation nous a apporté ?
Elle a estompé nos sensibilités et nous a rendus moins
ouverts et tolérants. J'ai vraiment l'impression qu'il s'agit
d'une malédiction -que Dieu bénisse l'économie
de marché !" Respect.
Editions du Camion Blanc, 286 pages
Guillaume. |