ARCHIVES
2004

JANVIER N°89
Anne Gastinel
Les Têtes Raides

Les Trois-Huit au Théâtre du 8ème
Guy Walter, les Subsistances
Yuval Pick
Denis Plassard

FEVRIER N°90
Les Thugs
Farid Azzout
Annick Charlot
Turak Théâtre

MARS N°91
Air
Meï Teï Shô
A Silver Mount Zion
Khaban'
Zenzile
Loïc Lantoine
Guy Walter

AVRIL N°92
Dreadlyon Hi-Fi Sound
Lhasa
Jean-Yves Picq
Béatrice Massin
6ème Continent
Johnny Cash

MAI N°93
Black Comix club
Blonde Redhead
Jeanne Cherhal

JUIN N°94/95
Guy Walter, Les Intranquilles
Bérurier Noir
Daniel Darc

SEPTEMBRE N°96
Tony Gatlif
Les Arts Sauts
Jean-Paul Bouvet
Editions A Rebours
Lemmy Kilminster
Virginie Despentes

OCTOBRE N°97
Abou Lagraa
Pierre Baux
Svinkels

NOVEMBRE N°98
Ghinzu
Fly Pan Am
Lydia Lunch
The Ex
François Joly, Sang d'Encre

DECEMBRE N°99
Les Langagières
Patricia Petibon
Interpol
Habitat et Humanisme

  DECEMBRE N°99  

Habitat et Humanisme
Toi toi, mon Toit…

Si la "politique de la ville" est aujourd'hui l'objet d'un ministère, le phénomène du "mal logement" (et de sa compagne l'exclusion) demeure un problème récurent de la société française. L'association Habitat et Humanisme lutte contre ce fléau depuis 20 ans avec l'idée forte que "Le monde est notre maison, partageons-le !".
Entretien avec Marie Savereux, membre actif de H & H, avant leur concert anniversaire prévu à la Halle Tony Garnier le samedi 22 janvier.

Un brin d'histoire concernant Habitat et Humanisme.
L'association H & H a été créée en 1985 à Lyon par Bernard Devert, devenu prêtre à 40 ans alors qu'il avait fait carrière dans la promotion immobilière… Il s'agissait simplement pour lui de mettre ses compétences professionnelles au service d'une cause de solidarité, compte tenu aussi du contexte de l'époque : la rénovation en cours des centres urbains impliquait le plus souvent le déplacement des populations d'origine économique modeste vers les banlieues, au profit de classes sociales beaucoup plus favorisées qui allaient prendre leur place dans les quartiers réhabilités, comme ce fut par exemple le cas pour le quartier des Pentes de la Croix-Rousse. Des familles entières se retrouvaient ainsi "expatriées" dans des zones d'habitation déjà très marquées au niveau social (on peut dire ghettos) et dans lesquelles l'insertion allait se révéler difficile. L'idée de départ de la création de l'association était donc d'aider au logement des personnes se retrouvant en difficulté, mais aussi d'essayer de maintenir absolument une forme de mixité sociale dans ces quartiers d'origine populaire.
Puis votre action s'est développée…
Avec le vote de la loi Besson en 1991 qui a multiplié les possibilités pour le secteur associatif de s'impliquer dans le logement d'insertion. Dans ce cadre, H&H a mis en place un certain nombre de structures qui perdurent aujourd'hui, dont une agence immobilière à vocation sociale : la Régie Nouvelle ici à Lyon, qui permet la captation de logements dans le parc privé puis leur gestion en vue de leur location à des populations en état de précarité.
Concrètement ça se passe comment ?
Soit nous devenons acquéreurs des logements que nous allons réhabiliter avant de les mettre à disposition, soit nous allons gérer pour le compte de tiers propriétaires des logements que nous allons louer (via l'agence) ou sous-louer. Dans tous les cas, les loyers sont adaptés aux revenus des personnes et peuvent de fait être très bas s'il s'agit par exemple de gens touchant le RMI. La location, même minime, permet néanmoins une meilleure socialisation de ces personnes dans les quartiers, et c'est là en définitive, l'objectif premier de notre action.
Une action qui dépasse le cadre régional ?
Oui puisqu'il y a aujourd'hui 38 autres associations H&H fondées sur la base d'une charte commune, pour une couverture d'environ 50 départements.
Et quelle est donc la philosophie de cette charte ?
Avant tout, il s'agit de reconnaître la primauté de la personne humaine et de l'ensemble de ses droits, dont le logement fait partie. Ou plutôt "l'habitat" en ce qui nous concerne, puisque le logement est seulement la 1ère étape vers l'insertion et la "restructuration du tissu social" dans la ville; et la tache est immense considérant l'étendue de la fracture sociale que nous connaissons aujourd'hui (les pauvres le sont de plus en plus…) avec la multiplication des ghettos urbains depuis plus de 20 ans, dans lesquels l'anonymat est de règle. Il s'agit alors pour nous et à partir du logement, de recréer du lien dans l'espace urbain et plus largement dans la société, aussi en accompagnant psychologiquement sur la durée les personnes que nous relogeons. Le besoin de se loger comme celui de "faire société" sont des besoins primaires qui ne vont pas l'un sans l'autre.
Quel bilan faites-vous concernant cette fracture ?
C'est une crise sans précédent et rien n'a vraiment été fait pour la contrer : il y a un réel déficit en matière de construction de logements sociaux et d'insertion, qui va de pair avec un durcissement de l'exclusion puisque l'on constate, alors que les loyers ont augmenté de façon exponentielle en 10 ans, qu'une 2ème génération de personnes se retrouve dans un état d'extrême précarité tant sociale que psychologique. La construction dans les années '70 des grands ensembles type HLM a montré ses limites (et on les détruit actuellement) mais aucune solution de "remplacement" n'a été trouvée, et force est de constater que le logement social n'est pas un argument électoral, puisqu'il y a aujourd'hui un vrai désengagement de l'Etat en la matière et à tous les niveaux.
Vous attendez quelque chose de Jean-Louis Borloo (ndlr : actuel ministre de la ville) ?
Oui sauf que les mesures annoncées visent surtout à favoriser le logement intermédiaire cad l'accession à la propriété des classes moyennes et non le logement d'insertion et d'urgence.
Vous vous intéressez autant aux mal logés qu'aux non logés ?
Si la partie la plus visible du problème concerne en effet les SDF, on ne doit pas oublier toutes celles et ceux qui se retrouvent dans des centres d'hébergement, chez des tiers ou dans des hôtels miteux aux prix exorbitants, ou même en surnombre dans de trop petits logements aux normes d'hygiène et de sécurité lamentables etc. Et malheureusement, les personnes vraiment à la rue sont tellement marginalisées qu'elles se retrouvent souvent dans l'incapacité de réintégrer un logement de façon autonome. Notre action vise essentiellement des personnes pas complètement marginalisées, pour qui le logement va constituer une étape.
Niveau visibilité, on a surtout l'impression que l'on retire les bancs publics sur les places de centre ville pour éviter justement que l'on y voie trop de SDF…
Tout à fait et cela concourt à la méconnaissance dans l'opinion public des problèmes de logement et/ou d'exclusion. Tout ce qui touche à l'habitat n'est pas vraiment visible, connu ou médiatisé; l'opacité est plutôt la règle, alors que l'on sait pertinemment qu'il existe par exemple, une quantité de logements vides.
A ce propos, que pensez-vous du phénomène squat ?
Nous travaillons plus sur le moyen terme, alors que le squat est une mesure provisoire et d'urgence que nous ne pouvons pas favoriser, considérant sa dangerosité. Il n'empêche qu'il y a effectivement beaucoup de gens se retrouvant dans cette situation d'urgence mais c'est plutôt le domaine d'action du DAL (ndlr : Droit Au Logement).
Quelle vision avez-vous de la société française en terme de solidarité ?
Je crois que nous sommes actuellement à la recherche d'un second souffle en matière de solidarité alors que des pans entiers de population s'installent durablement dans l'exclusion. Constatant l'extension de la fracture sociale et le désengagement de l'état, on peut se demander si l'on ne va pas vers une privatisation de l'aide sociale comme cela se passe aux Etats-Unis, avec tous les problèmes que cela induit…
Vous misez sur un nouvel état providence ?
Nous ne misons sur rien mais ce qui est certain, c'est que le problème du logement et de l'exclusion en France ne peut se régler au seul niveau associatif : en 20 ans, nous avons réussi à loger 4600 familles avec H&H alors qu'il y a plus de 3 millions de mal logés dans ce pays… donc on est vraiment très loin du compte. A charge de la société civile de mobiliser l'opinion et d'inciter les élus à agir en la matière. Au-delà des dons et des actions bénévoles, une prise de conscience générale est nécessaire.
C'est aussi pourquoi vous organisez une journée "vivre ensemble" à l'occasion des 20 ans de votre organisation ?
Oui, une journée axée sur les Rencontres et dont les objectifs visent tant à la mobilisation (de nos troupes) qu'à la sensibilisation (du grand public) et l'interpellation (des élus) autour de ces problèmes de mal logement et de mixité sociale.
Une journée qui se terminera à la Halle Tony Garnier par un concert Beau Mélange réunissant l'Orchestre Symphonique Lyonnais, la compagnie de danse hip-hop Käfig, la plate forme de musiques électroniques Dope Base et le groupe Bratsch. Beau Mélange puisqu'il s'agira pour tous ces artistes de jouer réellement ensemble et non pas les uns derrière les autres !
Un autre monde semble-t-il toujours possible ?
Par définition oui et nous y croyons profondément.

Laurent Zine