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Issu
du hip-hop, Farid Azzout a décidé de le fusionner avec
d'autres danses tels le jazz, le tango argentin, le contemporain. À
qui la faute, sa pièce précédente, n'était
pas totalement aboutie dans son propos et sa construction, mais témoignait
d'une finesse chorégraphique à approfondir. Il présente
deux créations Fourmi et Uni-Forme, autour d'une réflexion
sur le monde du travail et les rapports humains dictés par l'apparence.
Un chorégraphe sensible, à découvrir !
Vous avez démarré avec le hip-hop, en vous rendant
compte que ce n'était pas suffisant pour créer des spectacles
?
Oui, je suis originaire d'une banlieue, Vénissieux et j'ai commencé
la danse avec le hip-hop, notamment avec Käfig. Puis, j'ai eu envie
de me former à la danse contemporaine, au tango argentin, aux
claquettes. Et plus je rentrais dans la danse et la création,
plus j'étais sûr qu'il fallait évoluer vers un style
qui soit une fusion de toutes ces danses. Et ce que je reproche aujourd'hui
aux chorégraphes contemporains, c'est bien de laisser chaque
style de danse à sa place, même dans les spectacles où
l'on parle de rencontres d'écriture différentes.
Vous dîtes utiliser ces danses en voulant faire éclater
le carcan dans lequel elles se trouvent, qu'est-ce que cela signifie
?
Cela signifie vouloir ouvrir la danse, faire en sorte qu'elle soit universelle,
qu'elle touche tous les publics, toutes les classes sociales. Je pense
que la danse concerne encore une élite. Mon origine maghrébine
me fait dire que ma culture n'est toujours pas celle d'aller au théâtre.
L'autre difficulté dans cette volonté d'ouverture, je
la rencontre dans le milieu de la danse. Pour les gens du hip-hop, je
suis un danseur contemporain et pour les contemporains, je suis hip-hop.
On ne sait plus où l'on est et moi je fais de la danse, un point
c'est tout, avec des émotions et des messages à faire
passer.
La première pièce Fourmi, traite de votre expérience
dans le monde du travail, dans une usine !
C'est le métro, boulot, dodo. Les fourmis, les ouvrières,
les ouvriers qui travaillent pour subvenir à leurs besoins mais
aussi pour une reine, qui peut être l'Etat ou le patron. J'ai
commencé la danse à 20 ans. Avant, j'ai travaillé
en usine sans avoir fait aucune étude, j'ai fait tous les boulots
de manar, à la chaîne, et j'ai connu beaucoup de galères.
C'est de cette expérience en usine que je veux parler. De ce
décalage que je voyais aussi entre les ouvriers qui trimaient
et les cadres, dans les bureaux. Beaucoup de gens travaillent en subissant
ce qu'ils font, moi j'ai arrêté ce système et même
si c'est très difficile, mal ou pas payé, je suis heureux
de mon choix.
Comment avez-vous travaillé la gestuelle de Fourmi ?
Tout se fait dans l'usine et les temps de danse sont différents.
Au début, on est dans quelque chose de très animal, ensuite
on est dans une gestuelle plus automate, plus répétitive.
Quand mon personnage pète les plombs avant de se faire licencier,
la gestuelle est aussi très différente, il casse tout.
Mais on retrouve toujours ce mélange des danses.
La deuxième pièce a-t-elle un lien avec la première
?
Oui et non. Cela n'a rien à voir mais en est un peu la continuité.
On retrouve ce banlieusard qui subit la pression, qui est perdu entre
deux mondes. C'est aussi parti d'une expérience personnelle.
À 150 mètres de chez moi, il y avait un arrêt de
bus et le bus ne s'arrêtait jamais, alors que j'étais avec
une casquette, des baskets et ma tête de maghrébin. Un
jour, j'ai changé de style vestimentaire. J'ai mis un pantalon
à pinces, une belle chemise, la totale... et du coup, le bus
s'est arrêté et le conducteur m'a adressé la parole.
Je me suis dit qu'en France, l'habit faisait bien le moine. Je parle
aussi de la pression que le jeune subit à l'intérieur
de la banlieue. Il a envie de la quitter, mais il n'y arrive pas. Pour
essayer de changer d'identité, il va dans un club de musculation
et il souffre, physiquement et contre lui, tout simplement pour paraître.
Il est paumé entre deux désirs. Être un autre tout
en sachant que cela ne correspond pas à ce qu'il est. Cette pièce
parle aussi d'espoir, du fait qu'il faut que les jeunes de banlieue
arrêtent de se plaindre, pour tenter des projets. C'est ce que
je fais, je fonce dans mon désir. La vie au quotidien est difficile
mais on commence à véritablement me faire confiance et
j'ai envie de continuer !
Martine Pullara
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