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Metteur
en scène et nouveau directeur du Théâtre National
Populaire, Christian Schiaretti fut, pendant plus de dix ans, à
la tête de la Comédie de Reims. Il présente aujourd'hui
sa première saison dans l'illustre maison villeurbannaise.
Dans le bref billet qui ouvre le programme 2003-2004, il déclare
que "l'effort fut particulier et l'attente longue" depuis
son arrivée en janvier 2002. Il n'est sans doute pas aisé
de s'installer dans un lieu si habité, où il succède
à Jean Vilar et Roger Planchon, pour ne citer que les plus
connus des récents directeurs du théâtre. D'ailleurs,
ce n'est pas leur mémoire qu'il convoque avant d'ouvrir le
bal, mais celle de Firmin Gémier, acteur et metteur en scène
français qui créa le TNP, en 1920 à Paris.
Mais que veut donc cet homme qui, pour annoncer la saison prochaine,
a semé dans la ville des vers de Corneille ou Racine sur l'amour
et la fidélité ? Indiquer au public le chemin du théâtre
ou retrouver le sien propre dans une ville qui doit encore l'accueillir
? Il y a certainement quelque chose d'enfantin dans la méthode,
entre la fronde et le scrupule, le sérieux et le goût
de la fête, le profane et le sacré. La programmation,
elle, fait dans la mesure, avec deux créations, L'Opéra
de quatre sous, de Brecht, qu'il met en scène et Emmanuel Kant,
de Thomas Bernhardt, par Planchon, trois spectacles étrangers
venus de Russie, d'Algérie et de Belgique, un zest de Feydeau
(La Puce à l'oreille, par Stanislas Nordey), un zest de Molière
(Georges Dandin, par Guy-Pierre Couleau) et les créateurs contemporain
Valère Novarina, Jan Fabre et Maguy Marin (avec May B)... Entre
autres. S'il y a un Schiaretti's touch, il est aussi dans une attention
particulière au langage, à qui sont consacrés
trois cabarets (autour de l´Allemagne, du Maghreb et du poème
dramatique) et les Langagières, Semaine autour de la langue
et de son usage, dont il a mis au point la formule à Reims.
Last, but not least : Le Grand Théâtre du monde et la
séparation de l'âme et du corps, de l'auteur du XVIIe
siècle espagnol Calderon, qui sera recréé par
Christian Schiaretti à la Comédie française,
avant de boucler la saison villeurbannaise.
Dialogue avec Christian Schiaretti à l'aube de sa "première
saison en culotte longue", alors que le TNP doit être agrandi
et rénové en 2005. L'après Planchon a commencé.
Que représente pour vous le fait d'être à la
tête du TNP ?
Une responsabilité. Il s'agit de remplir le contrat qui nous
lie à la collectivité qui nous subventionne, en assurant
d'abord un accès démocratique au théâtre.
La question est tarifaire, mais aussi psychologique. Comment amener
les gens qui passent tous les jours sur la place Lazare Goujon et
qui, pour la plupart, ne viennent pas, à franchir la porte
du théâtre ? Ce même contrat implique aussi, je
crois, de travailler dans la dignité, grâce à
des moyens qui nous placent à l'abri des implications d'un
marché concurrentiel privé. Enfin, il est essentiel
d'assurer des créations.
Lors de la présentation de saison, vous évoquiez
Firmin Gémier, le fondateur du TNP, qui rêvait d´un
théâtre tel une "place publique". Pourquoi
?
J´invoque l'origine pour mieux me réinscrire dans l'histoire,
en évitant aussi d'être dans l'alternative entre l'héritage
de Vilar et celui de Planchon, qui serait une alternative courte.
J'espère m'inscrire dans la continuité de la tradition
populaire du lieu et rappeler encore que le théâtre est
un art scrupuleux parce qu'il est archaïque. Le théâtre
est lent, absolument lent, pas forcément en prise directe avec
son époque. Voilà pourquoi il est précieux et
doit être respecté. J'espère également
réinvestir ce temps qui fut celui de la décentralisation.
Un siècle a passé mais on a avancé de deux centimètres.
Peut-on parler de transition à propos de la saison 2003-2004
?
Oui, c'est une saison de transition qui ressemble à la saison
passée. Elle est le fait d´une équipe qui s'installe
et doit faire face à une diminution du nombre d´abonnements.
Il n'y avait que 4500 abonnés cette année, ce qui est
peu pour une agglomération de 1,5 millions d'habitants. Par
ailleurs, nous disposons d´un outil qui, tant financièrement
qu´architecturalement, permet surtout d'accueillir des grosses
productions. Le jour, comme c'est prévu, où l'on aura
plusieurs salles de tailles différentes, on pourra varier le
type de spectacles accueillis ou les interventions. Enfin, les moyens
financiers stagnent depuis 1992. Si le TNP est l´un des théâtres
les mieux financés par l'Etat, son apport global en subventions
reste à la traîne de nombreux grands théâtres
en France. Aujourd´hui, il s'agit donc de travailler d'abord
sur les acquis de l'institution, tout en introduisant, déjà,
les prémices d'un autre travail.
Et cela passe par quoi ? Une expérience comme les Langagières
que vous aviez déjà initiées à la Comédie
de Reims ?
Notamment. Les Langagières ont trois principes, celui du tarif
- ce n'est pas cher grâce à une carte à la journée,
celui de la générosité -il y a trop de lectures
et on ne peut pas tout voir, et, enfin, le principe de l'aléatoire
-on ne promet pas tout et le programme se monte un peu au dernier
moment. J'aime l'idée qu'on puisse faire un programme sans
s'y prendre trois ans à l'avance. Les cabarets sont dans le
même esprit et proposent un modèle pour penser en rigolant,
en étant tout à la fois dans le festif et le réflexif.
C'est une manière d'apporter un vent frais sur la programmation.
Il y a toujours un filtre entre vous et le texte. Je suis contre ce
filtre, mais pour la gymnastique quotidienne et le sacré. Alors,
j'ai confiance dans la lecture unique, dans la première interprétation
d'un texte. On doit apprendre quelle qualité secrète
préside à la représentation.
Cette saison, après une reprise du Laboureur de bohème,
en octobre, vous présentez deux créations, l'une en
début de saison et l'autre à la toute fin
Et d'abord, L'Opéra de quatre sous. Voilà, une uvre
large. La chanson de Mackie, pour moi, c'est vraiment le XXe siècle.
J'aime la farce et le cabaret qui offrent une forme d´expression
directe où le spectacle se termine dans la salle. J'apprécie
aussi de jouer avec certains acteurs comme Nada Strancar et Wladimir
Yordanoff
Ce sont eux qui guident mes pas vers telle ou telle
uvre. A l'autre bout de la saison, Le Plus grand théâtre
du monde présente un théâtre qui a rapport avec
la foi et le théâtre religieux. Non parce que je suis
baptisé mais parce que je peux être complètement
ému par une église ou un texte de glorification religieuse.
La foi ne s'embarasse pas de compromis et pose des énigmes
formelles qu'on est loin d'avoir résolues. C'est également
important pour moi de monter ce texte à la Comédie Française,
parce que c´est un lieu où un certain archaïsme
du théâtre est défendu. Une continuité.
Et le théâtre est un lieu d'archaïsme.
Un lieu d`archaïsme qui nécessite parfois quelques
travaux
Où en sont les projets de réhabilitation
du TNP ?
Les délais devraient être plus longs car l'ambition est
plus grande pour tenter de mieux occuper toute la parcelle du TNP.
Une salle avec une jauge de 250 à 300 places devrait d'abord
être construite pour servir de relais pendant la période
des travaux. Puis on compte améliorer l'outil avec une salle
de 800 places, disposant d´un plateau bien plus grand que l´actuel
et de moyens techniques plus performants. Il y aura donc aussi la
plus petite salle de 250 à 300 places, une autre de répétition,
un cabaret et au moins un ou deux studios de travail... Le théâtre
doit être un lieu d'usage. On doit systématiquement développer
les lectures, la production d'impromptus, enfin tout un travail essentiel
pour faire du théâtre un lieu improbable et donc un lieu
de vie. Pour les mêmes raisons, je préfère, pour
le même prix, accueillir pendant un mois une troupe avec différents
travaux -des lectures et des petites formes
- plutôt qu'un
seul spectacle pendant dix soirs. Je préfère accueillir
la pensée plutôt que les productions. J'aimerais aussi
que l´on vienne plus tôt au TNP pour en repartir plus
tard, que l´on fasse usage du théâtre.
Florence
Roux
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