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2003

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SEPTEMBRE N°85
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OCTOBRE N°86
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NOVEMBRE N°87
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Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
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  SEPTEMBRE N°85  

Christian Schiaretti, le Tnp
l'usage du théâtre

Metteur en scène et nouveau directeur du Théâtre National Populaire, Christian Schiaretti fut, pendant plus de dix ans, à la tête de la Comédie de Reims. Il présente aujourd'hui sa première saison dans l'illustre maison villeurbannaise. Dans le bref billet qui ouvre le programme 2003-2004, il déclare que "l'effort fut particulier et l'attente longue" depuis son arrivée en janvier 2002. Il n'est sans doute pas aisé de s'installer dans un lieu si habité, où il succède à Jean Vilar et Roger Planchon, pour ne citer que les plus connus des récents directeurs du théâtre. D'ailleurs, ce n'est pas leur mémoire qu'il convoque avant d'ouvrir le bal, mais celle de Firmin Gémier, acteur et metteur en scène français qui créa le TNP, en 1920 à Paris.
Mais que veut donc cet homme qui, pour annoncer la saison prochaine, a semé dans la ville des vers de Corneille ou Racine sur l'amour et la fidélité ? Indiquer au public le chemin du théâtre ou retrouver le sien propre dans une ville qui doit encore l'accueillir ? Il y a certainement quelque chose d'enfantin dans la méthode, entre la fronde et le scrupule, le sérieux et le goût de la fête, le profane et le sacré. La programmation, elle, fait dans la mesure, avec deux créations, L'Opéra de quatre sous, de Brecht, qu'il met en scène et Emmanuel Kant, de Thomas Bernhardt, par Planchon, trois spectacles étrangers venus de Russie, d'Algérie et de Belgique, un zest de Feydeau (La Puce à l'oreille, par Stanislas Nordey), un zest de Molière (Georges Dandin, par Guy-Pierre Couleau) et les créateurs contemporain Valère Novarina, Jan Fabre et Maguy Marin (avec May B)... Entre autres. S'il y a un Schiaretti's touch, il est aussi dans une attention particulière au langage, à qui sont consacrés trois cabarets (autour de l´Allemagne, du Maghreb et du poème dramatique) et les Langagières, Semaine autour de la langue et de son usage, dont il a mis au point la formule à Reims. Last, but not least : Le Grand Théâtre du monde et la séparation de l'âme et du corps, de l'auteur du XVIIe siècle espagnol Calderon, qui sera recréé par Christian Schiaretti à la Comédie française, avant de boucler la saison villeurbannaise.

Dialogue avec Christian Schiaretti à l'aube de sa "première saison en culotte longue", alors que le TNP doit être agrandi et rénové en 2005. L'après Planchon a commencé.


Que représente pour vous le fait d'être à la tête du TNP ?

Une responsabilité. Il s'agit de remplir le contrat qui nous lie à la collectivité qui nous subventionne, en assurant d'abord un accès démocratique au théâtre. La question est tarifaire, mais aussi psychologique. Comment amener les gens qui passent tous les jours sur la place Lazare Goujon et qui, pour la plupart, ne viennent pas, à franchir la porte du théâtre ? Ce même contrat implique aussi, je crois, de travailler dans la dignité, grâce à des moyens qui nous placent à l'abri des implications d'un marché concurrentiel privé. Enfin, il est essentiel d'assurer des créations.
Lors de la présentation de saison, vous évoquiez Firmin Gémier, le fondateur du TNP, qui rêvait d´un théâtre tel une "place publique". Pourquoi ?
J´invoque l'origine pour mieux me réinscrire dans l'histoire, en évitant aussi d'être dans l'alternative entre l'héritage de Vilar et celui de Planchon, qui serait une alternative courte. J'espère m'inscrire dans la continuité de la tradition populaire du lieu et rappeler encore que le théâtre est un art scrupuleux parce qu'il est archaïque. Le théâtre est lent, absolument lent, pas forcément en prise directe avec son époque. Voilà pourquoi il est précieux et doit être respecté. J'espère également réinvestir ce temps qui fut celui de la décentralisation. Un siècle a passé mais on a avancé de deux centimètres.
Peut-on parler de transition à propos de la saison 2003-2004 ?
Oui, c'est une saison de transition qui ressemble à la saison passée. Elle est le fait d´une équipe qui s'installe et doit faire face à une diminution du nombre d´abonnements. Il n'y avait que 4500 abonnés cette année, ce qui est peu pour une agglomération de 1,5 millions d'habitants. Par ailleurs, nous disposons d´un outil qui, tant financièrement qu´architecturalement, permet surtout d'accueillir des grosses productions. Le jour, comme c'est prévu, où l'on aura plusieurs salles de tailles différentes, on pourra varier le type de spectacles accueillis ou les interventions. Enfin, les moyens financiers stagnent depuis 1992. Si le TNP est l´un des théâtres les mieux financés par l'Etat, son apport global en subventions reste à la traîne de nombreux grands théâtres en France. Aujourd´hui, il s'agit donc de travailler d'abord sur les acquis de l'institution, tout en introduisant, déjà, les prémices d'un autre travail.
Et cela passe par quoi ? Une expérience comme les Langagières que vous aviez déjà initiées à la Comédie de Reims ?
Notamment. Les Langagières ont trois principes, celui du tarif - ce n'est pas cher grâce à une carte à la journée, celui de la générosité -il y a trop de lectures et on ne peut pas tout voir, et, enfin, le principe de l'aléatoire -on ne promet pas tout et le programme se monte un peu au dernier moment. J'aime l'idée qu'on puisse faire un programme sans s'y prendre trois ans à l'avance. Les cabarets sont dans le même esprit et proposent un modèle pour penser en rigolant, en étant tout à la fois dans le festif et le réflexif. C'est une manière d'apporter un vent frais sur la programmation. Il y a toujours un filtre entre vous et le texte. Je suis contre ce filtre, mais pour la gymnastique quotidienne et le sacré. Alors, j'ai confiance dans la lecture unique, dans la première interprétation d'un texte. On doit apprendre quelle qualité secrète préside à la représentation.
Cette saison, après une reprise du Laboureur de bohème, en octobre, vous présentez deux créations, l'une en début de saison et l'autre à la toute fin …
Et d'abord, L'Opéra de quatre sous. Voilà, une œuvre large. La chanson de Mackie, pour moi, c'est vraiment le XXe siècle. J'aime la farce et le cabaret qui offrent une forme d´expression directe où le spectacle se termine dans la salle. J'apprécie aussi de jouer avec certains acteurs comme Nada Strancar et Wladimir Yordanoff… Ce sont eux qui guident mes pas vers telle ou telle œuvre. A l'autre bout de la saison, Le Plus grand théâtre du monde présente un théâtre qui a rapport avec la foi et le théâtre religieux. Non parce que je suis baptisé mais parce que je peux être complètement ému par une église ou un texte de glorification religieuse. La foi ne s'embarasse pas de compromis et pose des énigmes formelles qu'on est loin d'avoir résolues. C'est également important pour moi de monter ce texte à la Comédie Française, parce que c´est un lieu où un certain archaïsme du théâtre est défendu. Une continuité. Et le théâtre est un lieu d'archaïsme.
Un lieu d`archaïsme qui nécessite parfois quelques travaux … Où en sont les projets de réhabilitation du TNP ?
Les délais devraient être plus longs car l'ambition est plus grande pour tenter de mieux occuper toute la parcelle du TNP. Une salle avec une jauge de 250 à 300 places devrait d'abord être construite pour servir de relais pendant la période des travaux. Puis on compte améliorer l'outil avec une salle de 800 places, disposant d´un plateau bien plus grand que l´actuel et de moyens techniques plus performants. Il y aura donc aussi la plus petite salle de 250 à 300 places, une autre de répétition, un cabaret et au moins un ou deux studios de travail... Le théâtre doit être un lieu d'usage. On doit systématiquement développer les lectures, la production d'impromptus, enfin tout un travail essentiel pour faire du théâtre un lieu improbable et donc un lieu de vie. Pour les mêmes raisons, je préfère, pour le même prix, accueillir pendant un mois une troupe avec différents travaux -des lectures et des petites formes …- plutôt qu'un seul spectacle pendant dix soirs. Je préfère accueillir la pensée plutôt que les productions. J'aimerais aussi que l´on vienne plus tôt au TNP pour en repartir plus tard, que l´on fasse usage du théâtre.

Florence Roux