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décembre 1977 : le public en nage de la salle du Rainbow Theatre
à Londres est pris dans une tempête de musique binaire
basée sur quatre accords, alors que les pinheads du punk rock
new-yorkais donnent un concert d'anthologie qui servira bientôt
de matière à un double album live (It's alive / Warner),
référence obligée pour les générations
futures de jeunes blancs-becs en jeans-baskets adeptes du Let's dance
en version "pogoland"
A l'heure du rappel, après
les traditionnels Happy new year !, le dingo en chef bien calé
derrière son pied de micro éructe dans un éclair
de lucidité Now I wanna be a good boy; une missive que les quatre
faux frères Ramones prendront un malin plaisir à ne pas
suivre au pied de la lettre, tout au long de leur longue et chaotique
carrière. Et cette autobiographie du bassiste originel du groupe
en est la démonstration parfaite, témoignage d'un certain
nihiliste punk autodestructeur et dont le titre est à prendre
dans le sens "mort au combat"
le combat d'une vie entre
murs d'amplis Marshall et ravages de la dope (Camp de concentration
liquide) dans la jungle underground dEast Village, durant ces
vingt-cinq dernières années. Dès le début
des hostilités, il était d'ailleurs évident que
l'ami Dee Dee ne s'embarquait pas pour une croisière sur un long
fleuve tranquille. Parents alcooliques, enfance glauque dans les casernes
des marines en Allemagne (L'Enfer est ma maison, sic) et adolescence
ravagée dans Forest Hill : "L'unique chance de survie résidait
dans l'éducation mais je m'étais déjà qualifié
pour mon poste social : déviant"; Forest Hill une banlieue
middle-class de la grosse pomme où il rencontrera plus tard les
trois autres Ramones en sniffant de la colle... Pas vraiment étonnant
dès lors, que notre bonhomme intègre rapidement la sphère
sex, drugs & rock & roll tout en découvrant des groupes
qui l'influenceront jusqu'à la moelle : New York Dolls, Stooges,
MC5
juste après les Troggs, les Kings, les Stones ou les
Who
(excusez du peu). Mais bientôt ce sera aux Ramones de
prendre le relais sur les scènes du CBGB ou du Max's Kansas City
et de croiser la route de Suicide, Blondie ou des Sex Pistols. Une véritable
embellie dans un monde où le sordide côtoie allègrement
l'ultra violence. "Les Ramones étaient ma famille et ma
sécurité. Je partais avec eux et j'avais un dîner,
un endroit pour dormir et une salle pour jouer
" Histoire
de la Teenage lobotomy d'un bassiste junk et paranoïaque (c'est
lui qui le dit) dans un groupe de Blitzkrieg bop. Histoire semée
d'embûches à couper au couteau. Histoire punk rock jusqu'au-boutiste.
Road to ruin, Psycho Therapy, End of the century, Too tough to die
les titres d'albums des Ramones avaient finalement une résonance
singulière dans la réalité. Dee Dee le maudit finira
par s'en aller du groupe pour rejoindre l'enfer sur terre. "C'était
en '89
Stiv Bators, Richard Hell, Johnny Thunders, Cheeta Chrome,
tous mes copains étaient sans carrière et sans thune,
sans maison ou faisant des entourloupes dans la rue pour acheter un
peu de came". Douglas Colvin de son vrai nom, écrira plus
tard ce livre (1997 pour la version US, traduite aujourd'hui par Virginie
Despentes) pour raconter l'indicible et tenter d'échapper à
son destin. Mais "une histoire des Ramones ne peut pas avoir de
happy end". Il a rejoint ses "copains" en juin dernier,
lui aussi victime d'une surdose. Mais tout là-haut avec son frangin
Joey Ramone, il continue à faire un boucan d'enfer. One, two,
three, four
pour l'éternité.
Mort aux Ramones, Au Diable Vauvert, 272 pages
Laurent
Zine
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