ARCHIVES
2003

JANVIER N°78
Jean-Marc Roberts

Jacky Berroyer

Delphine Gaud
TNP
Ottomo Yoshihide
Pierre Michon
Dee Dee Ramone

FEVRIER N°79
Rude Boy
Beth Gibbons
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Jean Lacornerie
Philippe Blanchard

MARS N°80
Richard Morgiève
Katerine
Asian Dub Foundation
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AVRIL N°81
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Les Burning Heads
En attendant la Biélorussie
Mats Ek
Noam Chomsky,
Edward S. Herman
Hervé Tanquerelle

MAI N°82
Jean-Luc Cipière, ATTAC
Maguy Marin
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JUIN N°83/84
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John Zorn

SEPTEMBRE N°85
Intermittents
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Don Delillo
Jim Murple Memorial
Eric Aldéa
Katsuhiro Otomo
Alain Mabanckou, Yambo Ouologuem

OCTOBRE N°86
Gnawa Diffusion
Tanger
Kid 606
Régine Chopinot
Olivier Rey
Colum McCann
Chili, Luis Sepulveda

NOVEMBRE N°87
Philippe Squarzoni
Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
Varlam Chalamov

  JANVIER N°78  



 

Dee Dee Ramone
Mort aux Ramones

31 décembre 1977 : le public en nage de la salle du Rainbow Theatre à Londres est pris dans une tempête de musique binaire basée sur quatre accords, alors que les pinheads du punk rock new-yorkais donnent un concert d'anthologie qui servira bientôt de matière à un double album live (It's alive / Warner), référence obligée pour les générations futures de jeunes blancs-becs en jeans-baskets adeptes du Let's dance en version "pogoland"… A l'heure du rappel, après les traditionnels Happy new year !, le dingo en chef bien calé derrière son pied de micro éructe dans un éclair de lucidité Now I wanna be a good boy; une missive que les quatre faux frères Ramones prendront un malin plaisir à ne pas suivre au pied de la lettre, tout au long de leur longue et chaotique carrière. Et cette autobiographie du bassiste originel du groupe en est la démonstration parfaite, témoignage d'un certain nihiliste punk autodestructeur et dont le titre est à prendre dans le sens "mort au combat"… le combat d'une vie entre murs d'amplis Marshall et ravages de la dope (Camp de concentration liquide) dans la jungle underground d’East Village, durant ces vingt-cinq dernières années. Dès le début des hostilités, il était d'ailleurs évident que l'ami Dee Dee ne s'embarquait pas pour une croisière sur un long fleuve tranquille. Parents alcooliques, enfance glauque dans les casernes des marines en Allemagne (L'Enfer est ma maison, sic) et adolescence ravagée dans Forest Hill : "L'unique chance de survie résidait dans l'éducation mais je m'étais déjà qualifié pour mon poste social : déviant"; Forest Hill une banlieue middle-class de la grosse pomme où il rencontrera plus tard les trois autres Ramones en sniffant de la colle... Pas vraiment étonnant dès lors, que notre bonhomme intègre rapidement la sphère sex, drugs & rock & roll tout en découvrant des groupes qui l'influenceront jusqu'à la moelle : New York Dolls, Stooges, MC5… juste après les Troggs, les Kings, les Stones ou les Who… (excusez du peu). Mais bientôt ce sera aux Ramones de prendre le relais sur les scènes du CBGB ou du Max's Kansas City et de croiser la route de Suicide, Blondie ou des Sex Pistols. Une véritable embellie dans un monde où le sordide côtoie allègrement l'ultra violence. "Les Ramones étaient ma famille et ma sécurité. Je partais avec eux et j'avais un dîner, un endroit pour dormir et une salle pour jouer…" Histoire de la Teenage lobotomy d'un bassiste junk et paranoïaque (c'est lui qui le dit) dans un groupe de Blitzkrieg bop. Histoire semée d'embûches à couper au couteau. Histoire punk rock jusqu'au-boutiste. Road to ruin, Psycho Therapy, End of the century, Too tough to die… les titres d'albums des Ramones avaient finalement une résonance singulière dans la réalité. Dee Dee le maudit finira par s'en aller du groupe pour rejoindre l'enfer sur terre. "C'était en '89… Stiv Bators, Richard Hell, Johnny Thunders, Cheeta Chrome, tous mes copains étaient sans carrière et sans thune, sans maison ou faisant des entourloupes dans la rue pour acheter un peu de came". Douglas Colvin de son vrai nom, écrira plus tard ce livre (1997 pour la version US, traduite aujourd'hui par Virginie Despentes) pour raconter l'indicible et tenter d'échapper à son destin. Mais "une histoire des Ramones ne peut pas avoir de happy end". Il a rejoint ses "copains" en juin dernier, lui aussi victime d'une surdose. Mais tout là-haut avec son frangin Joey Ramone, il continue à faire un boucan d'enfer. One, two, three, four… pour l'éternité.
Mort aux Ramones, Au Diable Vauvert, 272 pages

Laurent Zine