JANVIER N°78
Jean-Marc Roberts
Jacky Berroyer
Delphine Gaud
TNP
Ottomo Yoshihide
Pierre Michon
Dee Dee Ramone
FEVRIER N°79
Rude Boy
Beth Gibbons
Laurent Vercelletto
Jean Lacornerie
Philippe Blanchard
MARS N°80
Richard Morgiève
Katerine
Asian Dub Foundation
Pedro Rosa Mendes
Gwenaël Morin
Jean-Marc Adolphe
Brigitte Giraud
Fabrice Neaud
AVRIL N°81
Pierre-LaurentAimard
Les Diaboliques
Naftule's Dream
Les Burning Heads
En attendant la Biélorussie
Mats Ek
Noam Chomsky,Edward S. Herman
Hervé Tanquerelle
MAI N°82
Jean-Luc Cipière, ATTAC
Maguy Marin
Les Hurleurs
JUIN N°83/84
Enki Bilal
John Zorn
SEPTEMBRE N°85
Intermittents
Christian Schiaretti
L'Ensatt
Enzo Cormann
Compagnie Käfig
Don Delillo
Jim Murple Memorial
Eric Aldéa
Katsuhiro Otomo
Alain Mabanckou, Yambo Ouologuem
OCTOBRE N°86
Gnawa Diffusion
Tanger
Kid 606
Régine Chopinot
Olivier Rey
Colum McCann
Chili, Luis Sepulveda
NOVEMBRE N°87
Philippe Squarzoni
Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
Varlam Chalamov |
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Alain
Mabanckou Johan Debellefontaine/Opale©
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Alain
Mabanckou,
Yambo Ouologuem
On
l'avait remarqué depuis longtemps, la littérature africaine
ne se comporte pas comme une littérature de migration mais
a su depuis longtemps prendre en charge sa différence, ayant
intégré les sources littéraires et philosophiques
du colonisateur, faisant éclater la norme linguistique, pour
construire sa propre langue, son propre langage, en rupture avec les
règles. L'Afrique est liée à l'Europe, l'histoire
le montre, aujourd'hui encore, comme deux parents aux relations difficiles;
presque incestueuses. |
Les livres d'Emmanuel Dongala, d'Alain Mabanckou ou le pamphlet d'Yambo
Ouologuem Lettre à une France nègre, montrent que les
auteurs africains ne sont pas là pour le décorum. Ils
sont ancrés dans leurs quotidiens, pour raconter les déchirures,
les violences, l'après colonisation. La maison d'édition
Le Serpent à Plumes, contribue depuis dix ans à nous
faire découvrir des auteurs, dont une partie vient des Caraïbes
et d'Afrique. Que nous relisions des auteurs comme Dany Laferrière,
tous ses livres ! Que nous lisions un livre comme Johnny, chien méchant
d'Emmanuel Dongala (paru en septembre 2002), et l'on sait que ce livre
à deux voix ne vous lâche plus, le cauchemar est trop
intense, on sent sourdre la voix d'une nouvelle littérature.
Aujourd'hui est réédité Lettre à la France
nègre du Malien Yambo Ouologuem, pamphlet historique paru en
1969, qui fit suite au Devoir de violence (réédité
il y a quelques mois), premier roman d'un jeune auteur qui connaîtra
une véritable cabale médiatique. Depuis Yambo Ouologuem
vit au Mali, loin du monde, tourné vers sa foi. N'empêche
que Lettre à la France nègre arrive en pleine France
gaulliste. "Et tous les petits blancs qui s'insurgent en réactionnaires
(sans avoir les reins solides, puisqu'ils gagnent difficilement leur
vie) sont des Nègres d'une autre espèce, et qui s'ignorent
- un peu comme un cheval d'eau douce." C'est en treize lettres
(Lettre au Président de la République française,
aux non-racistes, aux rois nègres de passage en France, à
tous les racistes, aux pères d'Astérix
) qu'Yambo
Ouologuem prend l'écriture pour arme, il n'en ressortira pas
intact.
Cherchant à se libérer de l'imagerie "bon nègre"
toujours affiliée à la négritude, il va tenter
un nouveau langage littéraire dans Le Devoir de violence que
certains attaqueront notamment dans la forme littéraire jugée
irresponsable. "Il tente de désacraliser le genre même
du roman par un parti pris d'irresponsabilité totale en empruntant
à des sources littéraires aussi composites qu'inconciliables."*1,
comme on le voit, certains refusent encore aujourd'hui l'importance
d'un tel livre.
Il aura fallu que le temps passe pour que le livre soit enfin réédité,
publié initialement en 1968, obtenant le Prix Renaudot la même
année, ce livre était censuré en France depuis
plus de trente ans, alors qu'il soulevait l'enthousiasme partout ailleurs;
véritable livre culte Le Devoir de violence refait enfin surface.
Certains auraient préféré l'oubli (de l'histoire
coloniale) à cette réalité littéraire
et qui se fait le porte-parole d'une Afrique ouverte à une
nouvelle écriture, débarrassé des sédiments
d'une littérature qui a trop souffert d'un manque réel
de liberté, malgré ou peut-être à cause
d'écrivains comme Léopold Sédar Senghor.
Depuis Yambo Ouologuem vit au Mali, toujours actif dans la communauté
tidjane où "il travaille également à la
réforme du système scolaire malien et mauritanien. Avant
tout, il cherche à mettre un terme à l'oppression raciale
dont sont victimes les musulmans noirs au Sahel et partout ailleurs,
spécialement ceux aux mains des musulmans arabes." *2
Alain Mabanckou est un jeune auteur, né au Congo en 66; il
offre à travers ses livres une vision particulière du
mal-être africain, on se souvient de cette plume, notamment
dans le livre paru l'année passée Les Petits-fils nègres
de Vercingétorix où au travers du regard d'une femme,
épouse, mère, il nous donne à voir, à
écouter le drame, un drame africain de guerre civile. C'est
véritablement un très beau livre et il serait dommage
de passer à côté de cette écriture alerte.
Cette rentrée littéraire se fera pour Alain Mabanckou
sous un livre un peu plus baroque, mais excellent, ayant pour titre
African psycho. Le héros du livre, Grégoire Nakobomayo
cherche par tous les moyens à devenir aussi célèbre
que son idole Angoualima, pour qui il a une vénération
sans borne, allant régulièrement dialoguer avec lui
sur sa tombe, afin que son modèle le guide dans son ascension
vers le crime. Mais voilà cet halluciné chancelant et
désorienté n'est pas l'égal de son maître,
un célèbre serial killer. Dès le début
du livre il essaie de poser son personnage "Il ya des équivoques
que je voudrais dès à présent lever : l'éducation
éclectique dans les familles d'accueil et celle que j'ai reçue
de la rue ont façonné en moi une culture qui ressemble
un peu à la mayonnaise mal tournée". A l'abri des
clichés, ce roman est un fruit plein de saveur et bourré
d'épines, il montre la maîtrise de conteur d'Alain Mabanckou,
car cet African psycho prend rapidement le pas d'un conte surréaliste.
C'est plein d'esprit et de moquerie; car Mabanckou sait au travers
de ce roman faire une critique de l'occident et des médias.
Et dans tout cela le pauvre Grégoire Nakobomayo se fera gruger.
*1 - La Littérature africaine contemporaine et ses langages
de Kangui Alemdjoro
*2 - Christopher Wise, préface du livre Le Devoir de violence
Editions Le Serpent à Plumes :
African Psycho d'Alain Mabanckou, 192 pages, Lettre à la France
nègre de Yambo Ouologuem, 230 pages, Le Devoir de violence
de Yambo Ouologuem, 280 pages,
Bruno
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