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Philippe
Katerine made in France, celui-là (cf. son presque homonyme belge
!). Vendéen pure souche (profondément stigmatisé
par une enfance passée au cur de ce fief catholique, il
reste obsédé par Jésus Christ et la Vierge), exilé
à Paris (marqué par le bouillonnement parisien) et musicien
iconoclaste, Katerine suscite les passions, débordements et inimitiés.
On aime ou pas; il énerve, horripile, dépasse les bornes
ou encore provoque. Il "nous emmerde" même, rappelez-vous,
en 99, ce single lancinant qui le sortit un peu du magma bouillonnant
d'une chanson française en quête de personnalité.
Dandy précieux, fouteur de gueule notoire, Pygmalion romantique,
grand enfant cruel et/ou éternel ado névrosé ?
Drôle de zozo que ce Nantais-là qui fraie, depuis quelque
dix ans, dans la fange d'une chanson variété home-made.
1991, il pose la première pierre d'angle avec Les Mariages chinois.
L'estime pointe son nez avec Mes mauvaises fréquentations en
96 avant le succès inattendu (mais réel) de sa double
sortie loufoque Les Créatures et L'Homme à 3 mains (vendus
à quelque 30000 exemplaires). En prime dans son escarcelle, des
collaborations artistiques avec Françoiz Breut et autres Surs
Winchester, puis surtout il a écrit pour son actrice fétiche,
Anna Karina, (Une Histoire d'amour), ainsi que pour sa compagne, Helena
Noguerra (Azul). 2002, revoilà le monsieur tout aussi fringant
et gentiment timbré avec un sixième album Le 8ème
ciel bien dans son style -si style il a ! "Quelque chose d'un peu
hédoniste, sensuel. Un disque qui parle au corps."
Katerine, au ramage coloré et bigarré, pioche tous azimuts
: ses albums sont d'élégantes cavernes d'Ali Baba au goût
sucré d'easy-listening, suavement teinté de soul, de bossa-nova
lascive et d'arômes psyché. Notre esthète des temps
modernes fréquente Michaux et Queneau, est fan de Nouvelle Vague;
il papillonne du Velvet aux New York Dolls en passant par les Pistols,
Beatles et certain Curtis Mayfield, ses héros se prénomment
Trénet, Lapointe ou Frères Jacques. Joli panel d'intrigants
qui viennent semer la zizanie ! Depuis quelques albums, Katerine s'est
acoquiné avec le trio des Recyclers dans ses errances musicales.
Ensuite, il y a la plume fantasque, perverse, provocatrice ou scatologique
de cet énergumène hors norme. Entre rêve et réalité,
entre fantasmes et orgasmes, entre enfance et surréalisme.
Le
8ème ciel, c'est quoi ?
Quand on est au-dessus du 7ème ciel, on ne sait plus si on est
vraiment au paradis ou en enfer. Si c'est l'extase ou le coma. En plus,
j'avais des chansons qui oscillaient entre ces deux sentiments d'enfer
ou de paradis. J'étais un peu là-dedans. Ça mêlait
aussi le fantasme et le rêve. Cela m'a semblé une bonne
définition
d'autant qu'il y avait le chiffre huit. Dans
le local où l'on jouait avec les musiciens, il y avait aussi
ce chiffre 8 comme un 8ème ciel.
Katerine a-t-il un style ?
Hélas, certainement sans que je m'en aperçoive. J'essaie
de lutter contre les choses trop systématiques, celles qui reviennent
trop souvent, les réflexes. Mais on ne peut pas tout empêcher,
la personnalité ressort obligatoirement dans ce qu'on fait. J'ai
un style mais j'aimerais qu'il n'y en ait pas
J'essaie de le tuer,
de toujours le contredire mais en vain.
Qui est vraiment Katerine ?
Ah ! je ne sais pas. Un moment on est à table, on mange; ensuite
on va faire une promenade, on va aux toilettes, on lit, on va en boîte
ouais c'est comme une journée, je trouve, quelqu'un. Très
différent selon les heures et complètement contradictoire
! Je suis rempli de contradictions. On dit que je suis timide, on dit
aussi le contraire; on dit que je suis marrant, mais aussi mélancolique.
L'écriture, c'est quoi pour toi ?
Je ne suis pas économe. Ça me rend heureux, gai, léger.
Lorsque je n'ai pas écrit, je me sens lourd, bouffi, comme plein
de quelque chose qui n'est pas sorti. Ça vient bien tranquillement,
sans effort et certainement pas dans la douleur. Ce n'est pas prémédité,
ça naît comme cela. Mais ce n'est pas de l'inspiration.
A un moment donné, il y a quelques souvenirs qui se mêlent
entre eux
pour donner une chanson. Je suis un point d'intersection,
dans le temps, entre plusieurs sentiments, souvenirs -y compris musicaux.
Un peu comme si je collais des morceaux différemment à
chaque fois, mais toujours les mêmes. J'essaie de ne pas être
dupe
mais là, il y a le souvenir des Beach Boys, là
Charles Trenet, ici les Sex Pistols
Je m'en rends compte après.
Y a-t-il quelque chose qui t'excite dans la musique ? ou l'écriture
?
La recherche d'une certaine innocence, la quête de cette
espèce de légèreté. Je me sens comme un
enfant qui vient de naître. Ça ne dure pas longtemps, peut-être
30 secondes. Mais ce sont des moments parfaits.
Considères-tu la vie comme un jeu ?
Cela m'amuse beaucoup. Un peu comme un truc que je ne prends pas très
au sérieux. Un truc ravissant à faire comme un métier.
(Rire) J'ai toujours l'impression de jouer au Lego comme lorsque j'étais
enfant. Faire des constructions. Les mots, les notes
qu'on arrange,
assemble différemment. C'est amusant, ça occupe, on ne
s'ennuie pas. J'ai trouvé ma voie !
Katerine, éternel grand enfant ?
Oui, naïf mais aussi cruel comme tous les enfants.
et père spirituel de Général Fifrelin et
Boulette ?
Ce sont des artistes à part entière, de vrais personnages.(
! ! ! bien sûr) Fifrelin habite toujours Nice; il écrit
toujours des chansons même s'il vieillit un peu. Boulette (nymphette
punkette sortie de nos plus noirs cauchemars) est au garage avec ses
amis, où elle fait du bruit le samedi après-midi. Les
gens croient que c'est mon imagination. C'est une erreur, ce sont mes
invités ! Le point commun : ils font des chansons comme j'aurais
bien aimé en faire. Et comme je suis un peu goulu, je les invite.
(Quand on vous dit qu'il est un peu barré ce Katerine !)
Jouent-ils un rôle ?
Ah non. C'était une volonté de court-circuiter le disque,
proposer vraiment autre chose, un peu comme une espèce de collage.
Après il y a des gens qui détestent. Mais c'était
un besoin pour moi. Un peu comme un gros sparadrap sur un genou. C'est
compliqué à gérer
mais je ne me sens jamais
seul.
Katerine live, c'est comment ?
On prend des libertés par rapport au disque. Je commence à
y prendre vraiment du plaisir. J'ai l'impression de sortir les chansons
de l'appartement, comme une promenade dans le jardin public. Ni mise
en scène, ni artifice. Quelques lumières, quand même,
Philippe Eveno à la guitare, les 3 Recyclers et moi-même.
3 bonnes raisons de venir te voir sur scène ?
Il y a un groupe qu'il faut voir, des gens très bien habillés,
fagotés même; plus un défilé de mode qu'autre
chose. J'imagine qu'on peut rire et pleurer (surtout si on est un peu
crevé, après une journée de boulot). Puis, bien
sûr, les reprises de Boulette et Fifrelin, mes idoles.
Anne Huguet |