ARCHIVES
2003

JANVIER N°78
Jean-Marc Roberts

Jacky Berroyer

Delphine Gaud
TNP
Ottomo Yoshihide
Pierre Michon
Dee Dee Ramone

FEVRIER N°79
Rude Boy
Beth Gibbons
Laurent Vercelletto
Jean Lacornerie
Philippe Blanchard

MARS N°80
Richard Morgiève
Katerine
Asian Dub Foundation
Pedro Rosa Mendes
Gwenaël Morin
Jean-Marc Adolphe
Brigitte Giraud
Fabrice Neaud

AVRIL N°81
Pierre-LaurentAimard
Les Diaboliques
Naftule's Dream
Les Burning Heads
En attendant la Biélorussie
Mats Ek
Noam Chomsky,
Edward S. Herman
Hervé Tanquerelle

MAI N°82
Jean-Luc Cipière, ATTAC
Maguy Marin
Les Hurleurs

JUIN N°83/84
Enki Bilal
John Zorn

SEPTEMBRE N°85
Intermittents
Christian Schiaretti
L'Ensatt
Enzo Cormann
Compagnie Käfig
Don Delillo
Jim Murple Memorial
Eric Aldéa
Katsuhiro Otomo
Alain Mabanckou, Yambo Ouologuem

OCTOBRE N°86
Gnawa Diffusion
Tanger
Kid 606
Régine Chopinot
Olivier Rey
Colum McCann
Chili, Luis Sepulveda

NOVEMBRE N°87
Philippe Squarzoni
Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
Varlam Chalamov

  SEPTEMBRE N°85  

Paroles de petits intermittents

évidemment on n'est pas comme les autres on n'a pas un travail un bureau les horaires sur la porte on n'a pas de porte on est tout le temps en train de travailler quand on fait rien on travaille c'est peut-être présomptueux t'es en train
y'a pas une période de travail et une période de non travail y'a des périodes de travail rémunéré pour une espèce de vie de travail
tout ce que je fais ce que je vis ça apporte de l'eau au moulin à ma réflexion à mes envies on a des envies c'est un travail avec des désirs dedans bien sûr c'est ambigu hourra si c'est sexuel on n'a pas envie de s'éteindre
la vie nous inspire pour notre travail la vie c'est pas de la prostitution
ils disent il faudrait que les artistes s'autofinancent en quelque sorte tu vois
ou que clairement on annonce que c'est l'Etat qui finance les artistes
mais c'est horrible tu deviens une espèce d' artiste officiel
et ça n'a rien à voir avec l'Unédic le régime général
en échange tu dois justifier de ton travail
bien sûr ça ressemble aux dictatures dès que l'Etat subventionne la culture
ça veut dire qu'il y a une culture officielle en France il y a une culture d'Etat
je suis obligé de mettre une majuscule à Etat
le cinéma par exemple est tributaire du succès financier
au théâtre t'es pas obligé
c'est des fois un peu révoltant mais heureusement qu'on n'a pas besoin que du sacre pour avoir une raison d'être
c'est un art officiel à partir du moment où y'a pas besoin de succès populaire pour exister c'est l'Etat qui décide ça c'est ce qu'ils disent c'est pas ce que je veux
il ne faudrait pas que tout d'un coup le ministère de la culture paye les artistes
on est des travailleurs
que les artistes fassent partie du régime général ça me parait une belle idée
on est des travailleurs du spectacle nous aussi on crée
pas de la richesse l'argenterie tout ça mais une autre richesse oui c'est concret
ne nous mettons pas à part on a besoin de nous comme du boulanger du postier et du p.d.g
ils disent on comprend pas pourquoi ils sont payés par le régime général
Il faudrait le régime de la culture mais c'est la même chose
c'est toujours des impôts et des charges que les gens payent
nous ne produisons pas de richesses comptables sonnantes et trébuchantes
le spectacle vivant c'est forcément déficitaire
le culturel c'est forcément déficitaire sauf en cas de produit culturel
un produit culturel c'est une marchandise
c'est composé de mort depuis longtemps
la chair dans le caddie ma pâture
je peux mette mon visage dessus mon beau miroir
vu à la télé meilleure vente j'ai le percing c'est une marchandise
pour être vendue
pour avoir du succès public
pour avoir des rentrées d'argent
au théâtre ça limite forcément les genres d'exploitation
c'est des textes connus
avec des gens connus
dans des théâtres connus
avec des places très chères voilà
j'ai pas de solution
il me semble que ce qui existe c'est l'idéal pour les artistes
c'est un acte politique fort
l'exception culturelle
dans ce pays qui prétend que les artistes sont des travailleurs comme les autres dans un système qui dépend de la solidarité nationale
tous les travailleurs payant pour les artistes par le biais de l'Unédic
c'est fort ça a du sens
la solidarité d'un point de vue médéfien c'est une aberration parce que ça brime tous les secteurs les plus productifs
ce qui n'est pas rentable n'a pas de raison d'être c'est le marché qui régule tout ça c'est la fameuse main invisible
qui fera que les activités qui ne sont pas rentables n'ont pas de raison d'être
c'est évidemment très cruel c'est la loi du plus fort
y'a plein de choses qui n'ont pas de raison d'être
la culture
tout ce qui ne rapporte rien
le social
la sécurité sociale
l'éducation nationale faut payer
à terme c'est la remise en cause de tous les services publics
ok faut garder police armée et école quand même
évidemment le système intermittent a été créé à une époque où il y avait quelques milliers de bénéficiaires et aujourd'hui y'en a presque cent mille
déjà ce fameux déficit de huit cent millions va être réduit
parce qu'ils oublient que nos charges sociales ont augmenté depuis un moment
ils oublient qu'ils vont s'attaquer aux gros abus de l'adipeuse télévision
et il réduira encore ce déficit
pour un tout petit déficit en comparaison
de ce qui a été perdu par les dirigeants de France Télécom, les dirigeants du Crédit Lyonnais, les dirigeant d'Alstom, ce qui a été volé par les dirigeants d'ELF
une si petite somme par rapport au prix qu'on est prêt à payer pour se faire un deuxième porte-avion
on arrive peut-être à un déficit acceptable
qui ne remet pas en cause la vie de quelques dizaines de milliers d'artistes de créateurs qui font une vie culturelle de partout démocratique
de partout diversifiée
des petit îlots déficitaires par essence déficitairement délicieux
pourquoi pour une situation économique défaillante on s'attaque au plus faible
en l'occurrence la réforme ne touche pas les abus mais égraine par le bas en touchant ceux qui ont du mal déjà
c'est pas parce que t'as du mal que tu travailles pas
c'est pas parce que tu n'es pas cathodique que tu es mauvais
on le sait bien c'est un travail souterrain quand on n'est pas médiatisés ça parle aux gens un par un mais c'est des gens
et peut-être que c'est important quand même
on est contents de ce statut parce que c'est un mode de vie parce qu'on peut travailler et s'occuper de notre famille aussi et ça nous rend heureux
et c'est pas forcément confortable
tout le monde ne le ferait pas
tu sais pas dans les six mois ce que tu vas faire
on est dans la précarité mais une précarité joyeuse optimiste une précarité où tout est ouvert une précarité poétique
on se sent presque un petit peu libres de choisir notre vie
ça pimente le risque ça met du sel dans la vie pas toujours dans les épinards on l'assume
souvent on entend qu'on est des profiteurs
moi j'ai pas l'impression d'être un profiteur
j'ai l'impression que le statut est une aubaine pour vivre dans notre vie dans la société comme elle existe tout en faisant un métier à l'organisation singulière
sans se déconnecter du réel sans être en marge en quelque sorte
des profiteurs ça voudrait dire qu'on aurait une espèce de rente à vie
c'est faux
des années tu n'es pas payé
et ça continue
un comédien un musicien un danseur ça répète c'est pas un don du ciel t'enclenche pas la disquette et puis ça y est
c'est tous les jours
l'argent
c'est bizarre on remet pas en cause les grosses débilités merdiques rentables
l'industrie c'est rentable
par contre l'intime le fouillé le personnel le maladroit le théâtre le spectacle vivant
ça coûte
et ne disons pas qu'on est trop
la réforme du statut c'est aller vers l'excellence
entendu par
ce qui est au-dessus du lot ce qui est médiatisé ce qui marche
ce qui est rentable
c'est ça l'excellence
toujours plus grand toujours plus gros toujours mieux toujours plus
t'es tout petit tu l'ouvres grand
il est 19h30
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH

Gwénola