ARCHIVES
2003

JANVIER N°78
Jean-Marc Roberts

Jacky Berroyer

Delphine Gaud
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Dee Dee Ramone

FEVRIER N°79
Rude Boy
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Philippe Blanchard

MARS N°80
Richard Morgiève
Katerine
Asian Dub Foundation
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AVRIL N°81
Pierre-LaurentAimard
Les Diaboliques
Naftule's Dream
Les Burning Heads
En attendant la Biélorussie
Mats Ek
Noam Chomsky,
Edward S. Herman
Hervé Tanquerelle

MAI N°82
Jean-Luc Cipière, ATTAC
Maguy Marin
Les Hurleurs

JUIN N°83/84
Enki Bilal
John Zorn

SEPTEMBRE N°85
Intermittents
Christian Schiaretti
L'Ensatt
Enzo Cormann
Compagnie Käfig
Don Delillo
Jim Murple Memorial
Eric Aldéa
Katsuhiro Otomo
Alain Mabanckou, Yambo Ouologuem

OCTOBRE N°86
Gnawa Diffusion
Tanger
Kid 606
Régine Chopinot
Olivier Rey
Colum McCann
Chili, Luis Sepulveda

NOVEMBRE N°87
Philippe Squarzoni
Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
Varlam Chalamov

  AVRIL N°81  



 

Noam Chomsky,
Edward S. Herman
La Fabrique de l'opinion publique

A raison de deux essais par an, le Serpent à Plumes a entrepris de diffuser largement la pensée politique (radicale !) de Noam Chomsky, pourfendeur américain de l'Amérique, tant en ce qui concerne sa politique extérieure, que ses mécanismes internes (souterrains ou non) de confiscation de la démocratie. En l'espèce, il s'agit d'un livre publié en 1988 (Manufacturing consent pour la V.O.), augmenté aujourd'hui d'une préface, et dont le titre laisse à penser de façon explicite que la liberté d'opinion (publique) nécessairement garantie par la constitution des Etats-Unis, n'est en définitive qu'un leurre…

Il est ici question de la soumission (doublée d'une collusion d'intérêts) des grands médias américains (presse et télévisions nationales) aux sphères du pouvoir politique, économique et militaire; ou comment fabrique-t-on l'opinion publique selon une logique quasi industrielle ! Les auteurs décrivent ainsi un modèle de propagande efficace qui aura traversé les époques (de la guerre du Vietnam à celle du Golfe), façonnant au passage une opinion docile et peu encline à remettre en question la pensée dominante, programmée à Washington. Résumée de la sorte, cette théorie peut paraître un tantinet partisane… sauf qu'elle renvoie à des réalités que le plus machiavélique des lecteurs (vous ?) n'aurait sans doute pu imaginer; s'en suit une démonstration méthodique et chiffrée qui fait froid dans le dos et qui scelle l'assujettissement des médias au pouvoir. Et de conclure : "Les médias américains autorisent - et encouragent, même - le débat contradictoire, le désaccord et la critique à condition que tout cela reste à l'intérieur d'un système de présuppositions et de principes qui constituent un consensus élitaire. Ce système est si puissant qu'il a été intériorisé le plus inconsciemment du monde par les journalistes… Ce dessein social exige que leur interprétation médiatique du monde reflète en même temps les intérêts et préoccupations des vendeurs, des acheteurs et des institutions privées et gouvernementales qui les dominent". Exit la soi-disant liberté de la presse et autres grands principes fondateurs de nos "démocraties", place à la désinformation de masse… que le seul scepticisme à toute épreuve (le vôtre, le nôtre) saurait endiguer. Considérant le contexte international, le sujet est pour le moins sensible et pas seulement outre Atlantique puisque c'est aussi l'objet des derniers bouquins de Serge Halimi : L'Opinion, ça se travaille (avec D. Vidal) et Les Nouveaux chiens de garde (un portrait au vitriol des médias en France).
Bon, et maintenant on fait quoi ? une fois que l'on a admis que les médias sont tenus au politiquement correct et régis par un irrésistible besoin de "bien-pensance"… conduisant à l'anéantissement constaté de la pensée libre et non conforme ? Chomsky et Herman suggèrent de regarder du côté de la création de journaux locaux réellement indépendants ou de systèmes d'informations relayés par le web et échappant à l'autocensure etc.; tout un programme en quelque sorte, de prise en charge citoyenne…
Voilà, et nous ne pourrons pas dire que nous n'étions pas prévenus : "Il faut que la vérité soit dite, le monde dût-il se briser en mille morceaux." ( Friedrich N).
La Fabrique de l'opinion publique,

Laurent Zine