|
Après
quelques escapades réussies dans les sphères fumeuses
du reggae dub (un disque + une tournée); les "têtes
brûlées" du punk rock hexagonal remettent le couvert
avec un 7e album époustouflant de maîtrise et d'énergie
: Taranto (Opposite Productions / Yelen Musiques). Une avalanche de
mélodies accrocheuses conjuguées sur le mode hardcore,
qui devrait assurément dérider les oreilles d'une foule
en délire, lors de ce concert retour de flammes prévu
le 16 avril prochain à la MJC d'Oullins. Entretien avec Thomas,
gourou ès frappe du gang orléanais, avant une mix party
au Bistroy début mars en compagnie de ses compères de
High Tone.
15 ans de carrière et toujours pas une ride
Ben non, le punk rock ça conserve
mais c'est un combat
de tous les jours, d'essayer de rester jeune (rires) !
L'actualité à chaud des têtes brûlées
?
La tournée du nouvel album dès le début du mois
d'avril, suivie dans la foulée par un Electro punk tour de
17 dates en bus, avec Unlogistic (groupe parisien d'electro grind
core ou presque
) et Alif Sound System (savant mix de hip-hop,
de drum'n'bass et de paroles assassines en provenance d'Albi) : quelque
chose comme les Bérurier Noir de l'an 2000 à mon humble
avis. L'idée étant de pérenniser l'état
d'esprit qui avait caractérisé le Punky reggae tour
de l'année dernière avec High Tone et NRA, basé
sur la mixité des groupes et des publics.
Des passerelles entre le reggae et le punk rock que vous avez remis
au goût du jour avec l'album précédent
Et
vous persistez dans ce registre en reprenant aujourd'hui Babylon's
burning des Ruts, groupe de la punky reggae party par excellence.
Babylon's burning au goût du jour et de sa triste actualité
mondiale, considérant la toute puissance du roi dollar de la
grande Babylone qui dicte sa loi à l'ancienne Babylone et au
reste de la planète
pour une sombre et sempiternelle
histoire de business.
Vos textes semblent de plus en plus "engagés"
ou pour le moins à vif ?
Pas spécialement plus qu'hier mais peut-être que les
choses qui nous effraient et/ou nous révoltent sont davantage
mises en évidence aujourd'hui, d'où la nécessité
de gueuler encore plus fort.
En demandant expressément à certains : "apprenez
à votre chien à ne pas mordre
"
Exactement et surtout si ce chien est un pit-bush
Image pour image, vous parlez aussi de ceux qui "construisent
les rapports humains sur la peur."
C'est un hymne à la testostérone ! dans lequel pourront
se reconnaître toutes les personnes qui abusent de leur pouvoir,
physique ou autre.
Crois-tu que vos paroles puissent avoir une quelconque portée
?
Je crois que la majorité de celles et ceux qui écoutent
du punk rock déchiffre également l'état d'esprit
qui va avec, c'est aussi une histoire d'environnement et d'adéquation
entre pensée et mode de vie qui nous tient particulièrement
à cur; j'ai en revanche quelques doutes concernant le
public "néo-metal" qui semble se rassasier de boys
bands à grosses guitares en cuir-paillettes, mais c'est justement
une autre histoire.
Comment apprécies-tu l'évolution des structures en
France depuis que le groupe a démarré en '88 ?
De notre point de vue de campagnards isolés du reste du monde
je n'ai pas eu l'impression que les choses aient vraiment changées.
Si l'arrivée des cafés-concerts puis des SMAC - ndlr
: Scène des Musiques Actuelles, appellation du Ministère
de la Culture labellisant certaines salles de concerts - a souvent
permis aux groupes de jouer dans de meilleures conditions techniques;
en ce qui concerne la motivation des organisateurs, c'est toujours
un peu la roulette russe, entre certaines associations dans le vent
niveau feeling et d'autres à la limite de la fonctionnarisation.
Il semble en revanche que beaucoup de gens se sentent à nouveau
concernés aujourd'hui par la défense d'une vraie culture
alternative, mais je ne sais si dans ce cadre, la réaction
épidermique est due au renouveau du rock ou au retour de la
droite au pouvoir... ? Il n'empêche qu'à Orléans
par exemple, la scène est actuellement très active et
les structures non institutionnelles refleurissent.
Une ville qui vit une expérience pilote en matière
de politique sécuritaire
Une ville où les gyrophares doivent obligatoirement tourner
en permanence ! Ainsi les flics sont en perpétuelle démonstration
quand bien même il n'y a jamais eu plus de merdier qu'ailleurs
dans les banlieues à Orléans, ni même de faits
divers scabreux en pagaille
Alors il y a effectivement des képis
de partout, qui interdissent désormais aux prostituées
de travailler sur les quais de la Loire; ces dernières se retrouvent
donc 500 mètres plus loin, à l'abri des regards et du
centre ville. Une manière de dire que le problème n'est
pas réglé mais qu'il est juste déplacé.
Quant aux crimes et aux délits, il n'y a pas eu de hausse ou
de baisse spectaculaire; ce qui est certain c'est que la police et
la préfecture communiquent nettement plus dans les médias
locaux. "Monde de merde !" comme disait Georges Abitbol
(ndlr : dans ce "flim sur le cyclimse" qu'est La Classe
américaine).
Pour en revenir à des notes plus joyeuses, cet album marque
un retour aux racines de Burning Heads avec une recherche mélodique
éloquente ?
C'est la critique qui le dira
mais nous avons effectivement
essayé de jouer à fond la carte des guitares sans rajouts
ni machines
Des machines qui nous servent surtout pour les expériences
à venir en parallèle au groupe.
Peux-tu nous parler de la légende du concert (amplifié)
le plus haut d'Europe ?
Ce n'est pas une légende : nous avons vraiment joué
au sommet du glacier des Deux-Alpes à 3400 mètres d'altitude
! Un concert à midi avec un soleil de plomb alors que la veille
au soir, nous étions en Vendée
et qu'il a fallu
dès 7h du mat', monter le matos tout en haut, tels des ouvriers
égyptiens à l'assaut d'une pyramide ! La scène
était de glace, le groupe électrogène
et
ce fut un moment fabuleux; à 13h elle fondait, et nous sommes
vite redescendus
Redescendus dans la vallée pour jouer les abominables punks
des neiges.
Laurent
Zine
|