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2003

JANVIER N°78
Jean-Marc Roberts

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Delphine Gaud
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FEVRIER N°79
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MARS N°80
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AVRIL N°81
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Les Diaboliques
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MAI N°82
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JUIN N°83/84
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SEPTEMBRE N°85
Intermittents
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L'Ensatt
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Jim Murple Memorial
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OCTOBRE N°86
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Chili, Luis Sepulveda

NOVEMBRE N°87
Philippe Squarzoni
Avatarium
P Dror Endeweld
Mekech Mouchkin
Varlam Chalamov

  FEVRIER N°79  



 

Philippe Blanchard

Philippe Blanchard est français, vit en Suède et vient pour la première fois en France. C'est dire toute l'impatience que nous avons à le découvrir.
La pièce qu'il présente, Noodles est comme une déferlante de violence, d'humour noir, de défis et d'énergie puissance 100. Elle interroge le corps du danseur retranché dans ses limites, ne laisse jamais indifférent et amène à coup sûr de l'originalité au sein de cette saison chorégraphique lyonnaise !


Danseur classique, formé en France, Philippe Blanchard a rapidement travaillé avec de grandes compagnies comme la Batsheva ou le Nederlands Dans Theater. Mais c'est son passage au Ballet Cullbert qui a provoqué la rupture avec son rôle de danseur. Trop structuré, trop prévisible, le travail de Cullbert ne correspondait pas à son univers plus chaotique, instinctif, à ses attentes artistiques. Il prend alors le statut de chorégraphe avec cette idée d'aller vers les autres, de regarder comment les autres travaillent. Toute sa démarche est basée à la fois sur le travail collectif et celui de l'individu qu'il développe notamment avec l'improvisation, en mélangeant les rencontres entre artistes venus d'autres disciplines comme le cirque, le théâtre ou les arts martiaux. Au moment de créer Noodles, le chorégraphe n'avait pas de dramaturgie précise, l'idée était essentiellement d'amener les danseurs à l'incident chorégraphique par l'improvisation, d'aller chercher dans leur subconscient le meilleur d'eux-mêmes pour les aider à danser et surtout de travailler sur la décharge d'énergie. Et cette énergie arrive très vite, dès l'ouverture du rideau. Pas de décor, pas de coulisses, une scène nue, un travail de lumière au sol et des musiciens en live. Une première scène basée sur l'improvisation et la teneur du spectacle est annoncée. Des solos se succèdent, se croisent dans des mouvements souvent portés par les vibrations des jambes. Les corps se projettent sur le sol, glissent d'un bout à l'autre de la scène, se bousculent, se rentrent dedans. Le rythme effréné s'installe dans une espèce de folie scénique, avec cette impression que le chorégraphe est en train d'expérimenter en direct les limites physiques de chaque danseur.
Construit à partir de tableaux, Noodles met en scène des situations où la danse est souvent hystérique et où les corps sont menés à rudes épreuves. Il y a cette femme pantin qui rebondit sur le corps d'un homme tandis qu'il la traîne ou la tire dans des directions opposées, cet autre couple qui bouge en se tenant par le front, ils s'accrochent l'un à l'autre, cherchent à se monter dessus, beaucoup de corps sans arrêt chutent, se relèvent, tombent à nouveau... Très vite des questions se posent : le chorégraphe aime-t-il le corps des danseurs ? aime-t-il ses danseurs ?. Leurs rencontres sur scène sont souvent faites de heurts, y a-t-il des rencontres faites de plaisir ?. Dans le même temps flotte cette sensation étrange qui fait que malgré la concentration des corps et de l'énergie, on a l'impression d'avoir devant soi uniquement un univers mental; de sentir exactement ce que l'esprit du danseur ressent à l'intérieur de son corps. Pour le chorégraphe, il n'y a pas de doute, la violence n'est pas un moyen d'expression. Elle est avant tout un moyen de toucher à certaines frustrations, se faire violence oui mais uniquement pour créer, inventer, imaginer. Une violence, un trop d'énergie qu'il contrebalance par des scènes plus calmes ou par des scènes qui rendent la construction plus visible sans donner l'impression d'avoir été volontairement pensée. Le trio sur canapé par exemple, où trois hommes s'essayent à l'ambiguïté de leur sexualité, dans un rythme plus lent, avec plus d'intimité. Un moment intéressant qui décentre l'espace chorégraphique. Ici, le canapé devient la scène elle-même et les danseurs, sans jamais en déborder, semblent s'y amuser, dans des roulements, des portés, des mouvements relâchés.
Une autre scène également, se situant dans un bal populaire, où des gens intoxiqués par l'alcool, se retrouvent complètement à terre. Les danseurs dansent sur leurs coudes, leurs genoux, sur les poignets, sur le dos, en roulant et jamais ils ne sont à la verticale. Au final, le travail du chorégraphe prend bien toute sa mesure : improvisation, techniques de chutes, de travail au sol, distorsion des corps, perte du sens de la gravité. Et les danseurs ?... Philippe Blanchard s'est emparé de leur vulnérabilité pour les amener à se faire violence, aller plus loin, pour nous entraîner dans un univers chorégraphique surprenant et jusqu'ici jamais exploré !

Martine Pullara