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Philippe
Blanchard est français, vit en Suède et vient pour la
première fois en France. C'est dire toute l'impatience que
nous avons à le découvrir.
La pièce qu'il présente, Noodles est comme une déferlante
de violence, d'humour noir, de défis et d'énergie puissance
100. Elle interroge le corps du danseur retranché dans ses
limites, ne laisse jamais indifférent et amène à
coup sûr de l'originalité au sein de cette saison chorégraphique
lyonnaise !
Danseur classique, formé en France, Philippe Blanchard a rapidement
travaillé avec de grandes compagnies comme la Batsheva ou le
Nederlands Dans Theater. Mais c'est son passage au Ballet Cullbert
qui a provoqué la rupture avec son rôle de danseur. Trop
structuré, trop prévisible, le travail de Cullbert ne
correspondait pas à son univers plus chaotique, instinctif,
à ses attentes artistiques. Il prend alors le statut de chorégraphe
avec cette idée d'aller vers les autres, de regarder comment
les autres travaillent. Toute sa démarche est basée
à la fois sur le travail collectif et celui de l'individu qu'il
développe notamment avec l'improvisation, en mélangeant
les rencontres entre artistes venus d'autres disciplines comme le
cirque, le théâtre ou les arts martiaux. Au moment de
créer Noodles, le chorégraphe n'avait pas de dramaturgie
précise, l'idée était essentiellement d'amener
les danseurs à l'incident chorégraphique par l'improvisation,
d'aller chercher dans leur subconscient le meilleur d'eux-mêmes
pour les aider à danser et surtout de travailler sur la décharge
d'énergie. Et cette énergie arrive très vite,
dès l'ouverture du rideau. Pas de décor, pas de coulisses,
une scène nue, un travail de lumière au sol et des musiciens
en live. Une première scène basée sur l'improvisation
et la teneur du spectacle est annoncée. Des solos se succèdent,
se croisent dans des mouvements souvent portés par les vibrations
des jambes. Les corps se projettent sur le sol, glissent d'un bout
à l'autre de la scène, se bousculent, se rentrent dedans.
Le rythme effréné s'installe dans une espèce
de folie scénique, avec cette impression que le chorégraphe
est en train d'expérimenter en direct les limites physiques
de chaque danseur.
Construit à partir de tableaux, Noodles met en scène
des situations où la danse est souvent hystérique et
où les corps sont menés à rudes épreuves.
Il y a cette femme pantin qui rebondit sur le corps d'un homme tandis
qu'il la traîne ou la tire dans des directions opposées,
cet autre couple qui bouge en se tenant par le front, ils s'accrochent
l'un à l'autre, cherchent à se monter dessus, beaucoup
de corps sans arrêt chutent, se relèvent, tombent à
nouveau... Très vite des questions se posent : le chorégraphe
aime-t-il le corps des danseurs ? aime-t-il ses danseurs ?. Leurs
rencontres sur scène sont souvent faites de heurts, y a-t-il
des rencontres faites de plaisir ?. Dans le même temps flotte
cette sensation étrange qui fait que malgré la concentration
des corps et de l'énergie, on a l'impression d'avoir devant
soi uniquement un univers mental; de sentir exactement ce que l'esprit
du danseur ressent à l'intérieur de son corps. Pour
le chorégraphe, il n'y a pas de doute, la violence n'est pas
un moyen d'expression. Elle est avant tout un moyen de toucher à
certaines frustrations, se faire violence oui mais uniquement pour
créer, inventer, imaginer. Une violence, un trop d'énergie
qu'il contrebalance par des scènes plus calmes ou par des scènes
qui rendent la construction plus visible sans donner l'impression
d'avoir été volontairement pensée. Le trio sur
canapé par exemple, où trois hommes s'essayent à
l'ambiguïté de leur sexualité, dans un rythme plus
lent, avec plus d'intimité. Un moment intéressant qui
décentre l'espace chorégraphique. Ici, le canapé
devient la scène elle-même et les danseurs, sans jamais
en déborder, semblent s'y amuser, dans des roulements, des
portés, des mouvements relâchés.
Une autre scène également, se situant dans un bal populaire,
où des gens intoxiqués par l'alcool, se retrouvent complètement
à terre. Les danseurs dansent sur leurs coudes, leurs genoux,
sur les poignets, sur le dos, en roulant et jamais ils ne sont à
la verticale. Au final, le travail du chorégraphe prend bien
toute sa mesure : improvisation, techniques de chutes, de travail
au sol, distorsion des corps, perte du sens de la gravité.
Et les danseurs ?... Philippe Blanchard s'est emparé de leur
vulnérabilité pour les amener à se faire violence,
aller plus loin, pour nous entraîner dans un univers chorégraphique
surprenant et jusqu'ici jamais exploré !
Martine
Pullara
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