Nous vous avions présenté Avatarium il y a trois ans
comme un festival autrement, simplement parce que depuis
le début de l'aventure, les arrangeurs de cette manifestation
ont toujours cultivé une singulière façon de
faire, privilégiant l'aspect éthique comme pour signifier
à ceux qui voudraient l'oublier que la culture sous toutes
ses formes est plus que jamais imbriquée dans les sphères
du social et du politique. Quand "musiques actuelles" et
mémoire collective riment sur le même tempo
Et
cette cinquième édition vient confirmer l'évolution
naturelle du festival qui, au-delà du côté sûrement
ludique des spectacles proposés, vise une réflexion
informelle au cur de la cité dont le fil conducteur sera
cette année le thème de la machine et du travail, une
corrélation souvent écrasante pour l'Homme. Dans ce
cadre, il va sans dire que le choix du Musée de la Mine s'imposait
pour mixer concerts et conférences, Linux party et performances,
avec en toile de fond, un feed-back sur les effets pervers de l'avènement
des temps (dits) modernes. "De notre point de vue, la mine c'est
la maison du peuple ! et cela nous paraissait important d'aller faire
des concerts dans ce lieu, comme cela se faisait dans le temps à
la bourse du travail
sans oublier que si la mine représente
l'histoire de St Etienne, elle symbolise également le présent
de beaucoup de gens qui se lèvent le matin pour aller au boulot
avec le même état d'esprit que les mineurs quand ils
descendaient au fond. Le film de Pierre Carles (Danger travail) est
d'une cruelle actualité." (Vincent d'Avataria).
On l'aura compris, il ne s'agit nullement de venir au festival dans
le seul but de "consommer de la musique" et tout semble
fait pour sensibiliser l'auditoire à son environnement, avec
en particulier, la possibilité de visiter le musée en
journée, incluant une descente au fond histoire d'appréhender
réellement le "chemin de croix" quotidien des mineurs.
Poursuivant le même dessein, les associations Toto N'Aime Pas
La Soupe et Off / Coxaplana investiront le lieu dès le jeudi
pour y organiser concerts de musiques innovatrices (Alexandre Pax,
Aki Honda
) et projections dans la salle des pendus (là
où les mineurs suspendaient leurs habits avant de rejoindre
les galeries). En parallèle, le collectif ardéchois
AAA Corp. aménagera un atelier de sérigraphie (des tee-shirts,
autocollants etc. seront faits sur place en rapport avec le festival
et la mine) et permettra à une radio libre (au 1er sens du
terme) d'émettre en direct du secteur, notamment une fois par
jour sur l'onde de Radio Dio (89.5); un collectif dont le but de la
manuvre est de créer des zones autonomes temporaires
autour des unités de productions mobiles construites in situ
et à même les sept camions que compte leur convoi. Des
machines et des hommes pour une fois réunis sous la même
bannière
un drapeau pirate qui flottera au vent durant
trois jours.
Question d'état d'esprit. "Tout est suggestif et il ne
s'agit pas pour nous de dire aux gens ce qu'ils ont à faire
ou comment penser, simplement leur offrir autre chose à voir
et à entendre en réinvestissant un espace en centre
ville qui évoque pour nous la culture populaire en dehors du
galvaudage médiatique fait autour de ce terme".
Si l'on vous invite instamment à découvrir le programme
détaillé des conférences et de l'espace interactif
en consultant le site www.avataria.org, attardons-nous justement quelques
lignes sur le versant musical de cette programmation qui vaut le détour,
et déjà par l'aspect habillage de la scène des
opérations nocturnes. Un chapiteau sera ainsi construit sur
la grande esplanade qui du musée, va jusqu'à la gare,
afin d'accueillir les deux soirées de concerts.
Le vendredi, on attendra avec impatience la prestation "vidéo-sonique"
de Hint, duo angevin à la fois mythique et hypnotique, reformé
pour l'occasion cinq ans après le split, et dont l'un des membres
a créé La Phase dans l'intervalle. Ils seront accompagnés
dans l'escalade electroïde par un pousseur de disques barcelonais
qui porte plutôt bien son nom, DJ Rupture, mixant allègrement
(avec trois platines) dub, hip-hop, musique du Moyen-Orient et electro
choc
en prévision de la furie expérimentale de
Techno Animal le lendemain. Après plusieurs collaborations
musicales explosives (Godflesh, God, Ice), le duo a dix ans d'âge
et maîtrise aujourd'hui parfaitement un live electro du côté
dark de la force, à la fois violent, massif et terriblement
efficace quant à l'assaut des distorsions, basses et autres
cadences infernales sur l'assistance ! Encore un parfait exemple de
l'association de l'homme à la machine sur le mode frénétique.
Deux émanations de la scène stéphanoise dans
ce qu'elle a de plus éclectique et dynamique ouvriront le bal
du samedi soir : Mary Poppers, pour s'immerger dans un univers noïse
ambiant volcanique, Fedayi Pacha pour dériver aux confins orientaux
du dub électronique.
Domptées ou non, les machines ensuite se tairont. Laissant
l'usage de la parole aux hommes des cavernes modernes, qui, du fond
de la mine jusqu'aux lointains rivages de la musique expérimentale,
auront traversé Avatarium en atmosphère complètement
décloisonnée.
Festival Avatarium au Musée de la Mine à St-Etienne
du 20 au 22 novembre - www.avataria.org
Laurent
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