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2003

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NOVEMBRE N°87
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Avatarium
P Dror Endeweld
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Varlam Chalamov

  NOVEMBRE N°87  



 

Avatarium
Sur des charbons ardents

Pour sa 5ème édition, le festival Avatarium se déroulera du 20 au 22 novembre au Musée de la Mine, lieu éminemment symbolique au cœur de la ville de Saint-Etienne parce que chargé d'histoire. Celle de la sueur noire des hommes.

Nous vous avions présenté Avatarium il y a trois ans comme un festival “autrement”, simplement parce que depuis le début de l'aventure, les arrangeurs de cette manifestation ont toujours cultivé une singulière façon de faire, privilégiant l'aspect éthique comme pour signifier à ceux qui voudraient l'oublier que la culture sous toutes ses formes est plus que jamais imbriquée dans les sphères du social et du politique. Quand "musiques actuelles" et mémoire collective riment sur le même tempo… Et cette cinquième édition vient confirmer l'évolution naturelle du festival qui, au-delà du côté sûrement ludique des spectacles proposés, vise une réflexion informelle au cœur de la cité dont le fil conducteur sera cette année le thème de la machine et du travail, une corrélation souvent écrasante pour l'Homme. Dans ce cadre, il va sans dire que le choix du Musée de la Mine s'imposait pour mixer concerts et conférences, Linux party et performances, avec en toile de fond, un feed-back sur les effets pervers de l'avènement des temps (dits) modernes. "De notre point de vue, la mine c'est la maison du peuple ! et cela nous paraissait important d'aller faire des concerts dans ce lieu, comme cela se faisait dans le temps à la bourse du travail… sans oublier que si la mine représente l'histoire de St Etienne, elle symbolise également le présent de beaucoup de gens qui se lèvent le matin pour aller au boulot avec le même état d'esprit que les mineurs quand ils descendaient au fond. Le film de Pierre Carles (Danger travail) est d'une cruelle actualité." (Vincent d'Avataria).
On l'aura compris, il ne s'agit nullement de venir au festival dans le seul but de "consommer de la musique" et tout semble fait pour sensibiliser l'auditoire à son environnement, avec en particulier, la possibilité de visiter le musée en journée, incluant une descente au fond histoire d'appréhender réellement le "chemin de croix" quotidien des mineurs. Poursuivant le même dessein, les associations Toto N'Aime Pas La Soupe et Off / Coxaplana investiront le lieu dès le jeudi pour y organiser concerts de musiques innovatrices (Alexandre Pax, Aki Honda…) et projections dans la salle des pendus (là où les mineurs suspendaient leurs habits avant de rejoindre les galeries). En parallèle, le collectif ardéchois AAA Corp. aménagera un atelier de sérigraphie (des tee-shirts, autocollants etc. seront faits sur place en rapport avec le festival et la mine) et permettra à une radio libre (au 1er sens du terme) d'émettre en direct du secteur, notamment une fois par jour sur l'onde de Radio Dio (89.5); un collectif dont le but de la manœuvre est de créer des zones autonomes temporaires autour des unités de productions mobiles construites in situ et à même les sept camions que compte leur convoi. Des machines et des hommes pour une fois réunis sous la même bannière… un drapeau pirate qui flottera au vent durant trois jours.
Question d'état d'esprit. "Tout est suggestif et il ne s'agit pas pour nous de dire aux gens ce qu'ils ont à faire ou comment penser, simplement leur offrir autre chose à voir et à entendre en réinvestissant un espace en centre ville qui évoque pour nous la culture populaire en dehors du galvaudage médiatique fait autour de ce terme".
Si l'on vous invite instamment à découvrir le programme détaillé des conférences et de l'espace interactif en consultant le site www.avataria.org, attardons-nous justement quelques lignes sur le versant musical de cette programmation qui vaut le détour, et déjà par l'aspect habillage de la scène des opérations nocturnes. Un chapiteau sera ainsi construit sur la grande esplanade qui du musée, va jusqu'à la gare, afin d'accueillir les deux soirées de concerts.
Le vendredi, on attendra avec impatience la prestation "vidéo-sonique" de Hint, duo angevin à la fois mythique et hypnotique, reformé pour l'occasion cinq ans après le split, et dont l'un des membres a créé La Phase dans l'intervalle. Ils seront accompagnés dans l'escalade electroïde par un pousseur de disques barcelonais qui porte plutôt bien son nom, DJ Rupture, mixant allègrement (avec trois platines) dub, hip-hop, musique du Moyen-Orient et electro choc… en prévision de la furie expérimentale de Techno Animal le lendemain. Après plusieurs collaborations musicales explosives (Godflesh, God, Ice), le duo a dix ans d'âge et maîtrise aujourd'hui parfaitement un live electro du côté dark de la force, à la fois violent, massif et terriblement efficace quant à l'assaut des distorsions, basses et autres cadences infernales sur l'assistance ! Encore un parfait exemple de l'association de l'homme à la machine sur le mode frénétique. Deux émanations de la scène stéphanoise dans ce qu'elle a de plus éclectique et dynamique ouvriront le bal du samedi soir : Mary Poppers, pour s'immerger dans un univers noïse ambiant volcanique, Fedayi Pacha pour dériver aux confins orientaux du dub électronique.
Domptées ou non, les machines ensuite se tairont. Laissant l'usage de la parole aux hommes des cavernes modernes, qui, du fond de la mine jusqu'aux lointains rivages de la musique expérimentale, auront traversé Avatarium en atmosphère complètement décloisonnée.
Festival Avatarium au Musée de la Mine à St-Etienne du 20 au 22 novembre - www.avataria.org

Laurent Zine