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2002

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FEVRIER N°68
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AVRIL N°70
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The Jon Spencer
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JUIN N°72/73
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Le Peuple de l'Herbe
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SEPTEMBRE N°74
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NOVEMBRE N°76
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The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  NOVEMBRE N°76  



 

The Jon Spencer Blues Explosion

Après l’Exit en '94 et le C.C.O en '96, Jon Spencer revient à Lyon quasiment en superstar du rock & roll, échappée d'une Amérique plus texane que jamais (pas glups !). La bête de scène est attendue pour faire vaciller le Transbo dans l'extase le 12 novembre prochain; un concert selon toute vraisemblance à tomber sur les genoux (glups !).

Bourges 2002 : le trio new-yorkais ouvre pour les "pseudo-grunge(s)" de Garbage dans un poulailler en forme de chapiteau (6 000 gâches sous une bâche, censée préserver de tout sauf de la douche froide) et renvoie l'auditoire aux B.A. BA de la turbo musique en version punk & roll & blues déjanté… Au sein de l'assistance, on en vient rapidement à craindre le pire pour une armada de "bab-loches" à deux doigts de la syncope anachronique. Si l'ambition du festival s'accommode plutôt facilement de l'animation in situ des bacs à sable; Jon Spencer Blues Explosion n'en a visiblement que faire et crucifie sauvagement "jésus l'élektro" avec des riffs de cow-boy irradié, dans un hangar pourtant totalement inadéquat au niveau de l'acoustique et donc de la sonorisation. Côté "beau monde" plus occupé par les apparats que les dernières nouvelles du front des guitares, on déguste de mauvaises bières en discutant du dernier album des Strokes, de bien gentils garçons en définitive.
Le printemps balbutiant, on était néanmoins en droit de s'interroger sur l'état de fraîcheur du Spencer band après quelques escapades discographiques plus ou moins réussies (Acme, Acme-plus), sans parler de l'hiver de cendres à la pointe de Manhattan, au bas mot déconcertant, même pour les plus fondus de la blues explosion. Sauf que le front man du combo a justement pour patronyme Jon Spencer… Et après l'avoir vu gesticuler comme un pantin désarticulé, trépigner comme un iench devant un bol de croquettes, faire valdinguer son pied de micro à la manière d'un Lux Interior (I'm cramped… définitivement), tenter le grand écart comme une bête de cirque, suer comme viking en Andalousie, beugler comme un troupeau devant un loup enragé, taquiner sa six cordes comme le diable en personne… nul ne peut encore douter aujourd'hui que le chanteur guitariste - bien épaulé en la matière par l'intrépide et impassible second couteau Judah Bauer - serait du genre à se préserver lorsqu'il monte sur une scène… Rouflaquettes au vent dans toute la splendeur du rocker à papa, l'homme est sur les planches comme un dauphin dans les vagues, tant qu'il lui reste un soupçon d'énergie à revendre et à emballer dans son costard en jean-cuir trois pièces. Et les deux autres larrons qui l'accompagnent sont pas du genre à traîner en queue de peloton; Russell Simins assurant même le show du martèlement sourdingue sur sa batterie minimaliste. Ainsi dopé à un je-ne-sais-quoi, le trio n'a pas hésité à matraquer devant un parterre de néophytes quelques anciennes chansons à la sauce pimentée (principalement extraites du monumental LP Orange), savamment mixées avec les titres de son dernier album (Plastic Fang chez Labels) qui scelle définitivement leur retour aux sources du "croon' & roll". Un concert alchimique de plus, avec la puissance de vrais jeunes premiers débarqués de la planète Big Apple pour terroriser le monde, grâce à une avalanche de riffs, de décibels et de hurlements. Résultat des courses, Bruno P himself devenu incontrôlé et incontrôlable face au vrombissement des tubes; des tubes à "hululer-ler" jusqu'à la fin de la nuit berrichonne… Vraiment le genre de set live comme on n'en voit plus souvent et que nos oreilles auront du mal à oublier (surtout au niveau des médiums). Comme les précédents du reste ! et plus particulièrement lorsque la bête avait terrassé de surprise dans une orgie extra sonique, le public de la clandestine salle des pentes X Rousse, L'Exit. Scotchés au mur du son, on s'était retrouvé, frémissant comme des vieilles apeurées et/ou des gardons d'eau douce. Et puisque le concert suivant au C.C.O avec RL Burnside nous avait pratiquement mis dans le même état, on se dit qu'il n'est finalement pas si difficile de faire du rock & roll aujourd'hui; du rock sale, rouillé, énervé, psycho punk parfois et surtout largement héritier des vieux bluesmen américains qui ont conçu l'explosion bien avant l'heure. & it's a long way to the top if you wanna rock & roll… Depuis, il nous semble totalement inepte d'imaginer manquer un gig de la blues explosion quand bien même Jon Spencer serait en privé, un loustic parfois quasi insupportable, voire radical hystérique… "Personnellement, j'ai toujours été très en colère. Je ne pense pas avoir changé depuis, seulement en être un peu plus conscient au point de pouvoir écrire sur le sujet. J'ai toujours fonctionné sur la colère" (Rock & Folk, avril 2002).
Le côté immodéré du personnage sied parfaitement tant à la bête de scène, qu'au beau gosse ténébreux paré pour déchirer sa chemise en lambeaux. Place donc au déraillement des guitares jusqu'à ce que blues explosion s'en suive.
Et quand le "train-train" déraille, c'est peut-être que "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes" ??

Laurent Zine