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Leur
disque, LAtelier, est sorti plutôt discrètement
sans faire de vagues. Né dune sorte de récréation
ou dune échappée belle dun projet plus prenant,
en loccurrence Louise Attaque. Gaétan Roussel, son chanteur
parolier, et Arnaud Samuel, son violoniste, ont profité de
cette parenthèse pour mener de nouvelles investigations sonores
avec Tarmac. Drôle didée de saffubler dun
tel nom, mais le choix est délibéré. Tarmac,
tel cet espace sans frontières, ce no mans land magique,
"dun aéroport qui est réservé à
la circulation et au stationnement des avions" (daprès
le Larousse). Evocateur donc de voyages et liberté. Gaétan
et Arnaud ont travaillé dans le creuset Louise Attaque, poussant
à lextrême les tensions, insufflant une certaine
intensité dramatique et larguant les amarres vers un style
plus épuré. Leur musique en sort régénérée,
plus vraie. Subtil mélange de rock et chanson, noyé
de nappes de blues et de senteurs world. On y chante en français,
anglais, espagnol, en wolof même. On y évoque des sujets
plus sérieux, plus introspectifs qui parlent des relations
et de la bêtise humaines, de létroitesse desprit
Le parti pris est résolument acoustique; la voix de gorge,
si caractéristique de Gaétan, en sort plus posée
mais encore plus cinglante; les instrumentaux sont surprenants : joués
à quatre mains et pris à bras le corps pour un melting-pot
sonore troublant.
Comment est né le projet Tarmac ?
Arnaud : Cest parti dune pause faite avec Louise Attaque.
De fil en aiguille, on sest retrouvé avec Gaétan
à séchanger des idées, des plans musicaux,
à composer des morceaux sans forcément penser, dailleurs,
chansons et album. On sétait donné la liberté
de faire ce quon voulait. Après plusieurs mois de travail
à la bonne franquette, on a eu envie de maquetter comment cela
sonnait et si ça méritait un enregistrement définitif.
Après la maquette, la maison de disques nous a dit pourquoi
pas un album; on a trouvé le nom Tarmac et on sest dit
quon allait sortir un album. Quelque chose de punchy et acoustique.
Pas vraiment de déclencheur ?
La conjoncture, le fait de se retrouver sans projet en situation de
pause. On aurait pu partir en vacances, mener des projets solos
On a suivi ce quon avait envie de faire. Avec beaucoup dévidence,
de naturel. On na jamais réfléchi
Quels sont les ingrédients de Tarmac ?
Le nom de lalbum (LAtelier) reflète beaucoup la
façon dont tout sest fait, lessence de Tarmac.
Cest plutôt acoustique, il y a quelque chose dartisanal.
On a travaillé en partant de lignes de guitares, violon et
voix assez simples. Lorsquon a maquetté, on sest
donné la liberté darranger tout cela avec des
percussions et dautres instruments afin de nous sortir de ce
quon faisait avant. Comme le slide (cette guitare utilisée
dans le blues) pour Gaétan, la mandoline ou le piano électrique
(le rhodes) pour moi.
Une partition à quatre mains donc ?
On a, à peu près, tout joué sauf quelques solos
de trompette ! En fait, on souhaitait que David (cest lui qui
fait le son chez Louise Attaque) assiste au mix et à lenregistrement.
On lui a demandé de pousser un peu de la trompette sur deux
morceaux de lalbum. Lhistoire a continué comme
on lavait commencée. On na jamais pensé
à monter un groupe au sens large du terme. Simplement on a
eu envie de faire sortir des choses qui avait besoin dêtre
dites.
Et vous avez choisi Tarmac comme nom de groupe ?
Cest venu plus tard, après la maquette, lorsquon
a souhaité que le groupe existe. Trouver un nom qui reflète
un peu lesprit de certaines chansons, lidée dun
monde sans frontières, de liberté, du voyage, de linternationalisme.
Comme modèle, on sest dit quune piste daéroport
symbolisait bien (en tout cas, dans nos têtes) un endroit qui
nappartient à personne ou bien à tout le monde.
Et vos textes collent à cette optique ?
Gaétan écrit les textes mais les idées écrites
sont souvent le fruit de nos échanges et réflexions.
La musique exprime des idées, des sensibilités. On ne
peut dissocier les textes et le contenu littéraire de lalbum
du choix des instruments ou des mélodies
Si les mots
sont servis avec cette musique-là, ce nest pas le fruit
du hasard. Tu sais, lorsque Gaétan écrit sur les sentiments
ou, de manière plus large, sur la situation de lindividu
dans ses relations humaines simples, individuelles, de proximité
voire au niveau dun pays ou de lunivers, tout se recoupe.
Les gens, en tant quentité individuelle, ne sont pas
assez ouverts. Ce manque douverture, ce ramassement sur soi,
se retrouvent aussi au niveau dune collectivité. Donc
la politique est liée à un état desprit
initial et individuel. Tout est venu naturellement sans quon
sen rende compte. On a réalisé plus tard quon
avait des choses sérieuses à dire.
Comment avez-vous travaillé sur cet album ?
On fonctionne comme un collectif. Beaucoup daller-retour comme
on dit ! Une idée rythmique donne envie de telle ligne mélodique
qui inspire un bout de texte; tel bout de texte entraîne de
nouveaux apports. Le processus est très imbriqué.
Peut-on parler de parenté Louise Attaque / Tarmac ?
On réagit simplement là-dessus : Louise Attaque est
Louise Attaque, avec un processus décriture et composition
qui se fait à quatre. Tarmac existe à deux, donc fatalement
différent. On ne fonctionne pas à deux comme à
quatre, on na pas les mêmes échanges : les sensibilités,
les envies et les sensations sont donc différentes. Le point
commun, cest ce fonctionnement pour composer comme un collectif,
cette même dynamique, ces mêmes échanges
La différence vient du nombre, des années qui passent
et de notre évolution.
Quel sentiment avez-vous par rapport à ce projet Tarmac
?
Le sentiment davoir bien utilisé une liberté que
nous nous étions nous-mêmes donnée. On a bien
rempli cette plage de liberté en sinvestissant et en
essayant den faire quelque chose dintéressant.
Tarmac, groupe à part entière, joue aussi en live,
non ?
Cest dabord né dune proposition de jouer
en Belgique en septembre. On en avait envie. On sest décidé
de monter un groupe avec dautres musiciens. Cétait
intéressant, pour nous et le public, de jouer plus rock, de
donner plus dénergie que sur lalbum studio. Philippe
Almonisno des Wampas était daccord pour jouer avec nous.
Il a contacté aussi Yvo (batteur des Ethnicians et ex-Dirty
District) et Jo des Wampas (ex Mano-Negra). On sest retrouvé
à revisiter les morceaux tous les cinq. On voulait quils
sapproprient les morceaux, quils puissent les défendre
sur scène. Pour cela, il fallait quils puissent les modifier.
Du coup, il y a la patte de chacun des musiciens, cest quelque
chose de vraiment collectif. Avec une couleur nettement plus rock.
Aujourdhui, on est content de jouer ensemble. On a envie de
bien faire cette tournée, de prendre du plaisir à jouer
et à en donner à notre public.
Anne
Huguet
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