JANVIER
N°67
Albert Agostino
Laurent Vercelletto
Denis Plassard
Abou Lagraa
Nième Compagnie
Les Sans-papiers
Noam Chomsky
FEVRIER
N°68
Edward Bunker
La Tribu Hérisson
Richard Brunel
Sylvie Lindeperg
MARS
N°69
Arno
The Strokes
Femi Kuti
Goran Bregovic
Dominique A
Michel Del Castillo
Compagnie Käfig
Yorgos Loukos
Les Trois-huit
Philippe Mangenot
Noam Chomsky
Olivier Cadiot
AVRIL
N°70
Patrick Eudeline
Charlie Haden & Dave Holland
Dominique Lardenois
MAI
N°71
Tarmac
High Tone
Le Tigre
Christian Bourigault
The Jon Spencer
Blues Explosion
JUIN
N°72/73
Bruno Meillier
Sonic Youth
Le Peuple de l'Herbe
Lo'Jo
Lionel Hoche
Jo Lansley & Helen Bendon
SEPTEMBRE
N°74
Pierre Astier
Guy Darmet
Party A Ground Zero
Sayag Jazz Machine
OCTOBRE
N°75
Alexandre Varlet
Red
Little Bob
André Julliard
Will Self
NOVEMBRE
N°76
Anne-Marie Pascoli
The Jon Spencer Blues Explosion
DECEMBRE
N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar |
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Charles
Picq
Les
spectateurs lyonnais ont pu découvrir son magnifique travail
de vidéaste dans la dernière création d'Abou
Lagraa. Ils sont peu en France à savoir filmer la danse, à
créer avec la danse et Charles Picq est de ceux-là.
Depuis plus de 20 ans, il filme les spectacles de la Maison de la
Danse pour en constituer une mémoire chorégraphique.
Depuis plus de 20 ans, il travaille avec les plus grands (Carlson,
Bagouet, Saporta, Linke, Gallotta... ) sur des projets artistiques
et pour la télévision... un passionné de danse
Charles Picq ? Il suffit de l'écouter pour ne pas en douter
! |
Lorsque l'on est spectateur et que l'on vous voit filmer, on
ne peut s'empêcher de se demander comment se filme la danse
?
C'est une question à laquelle j'ai tellement réfléchi
que je ne pourrais plus rien dire, c'est à la fois complexe
et pas complexe, suivant l'objet que l'on veut faire, une captation,
un documentaire, une adaptation ou une création, c'est différent.
Comment filmer la danse, la part du spectacle qui est là ?,
où se situe la danse ? je n'ai pas de technique. Filmer le
plus simplement du monde, avec une caméra, en étant
au milieu du public, reste pour moi un plaisir immense, une recherche
qui ne s'est jamais épuisée depuis vingt ans. Mon bonheur
c'est de savoir qu'il y a là quelque chose qui se passe pour
moi, qui reste inestimable, l'enjeu étant de trouver un geste
vidéo, le plus simple, le plus clair possible et avec le minimum
de moyens. J'ai une caméra, le spectacle démarre et
il faut que je sorte quelque chose qui tienne le coup, qui rende compte
de la danse, qui soit un témoignage, c'est quasiment la recherche
impossible. Cela veut dire que beaucoup de choses se passent à
la prise de vue. Je filme en même temps que je regarde le spectacle
et le vrai geste est là, quand je filme une fois, sans repérage,
pour faire un acte de prise de vue.
L'image du spectacle est différente si l'on est spectateur
ou derrière la caméra ?
L'image de la caméra est réductrice au niveau de l'espace,
du champ mais elle apporte d'autres choses car elle peut cerner sur
un détail, elle construit une narration qui lui est propre,
qui se déroule en parallèle à la logique de l'histoire
que l'on est en train de filmer. Le challenge, c'est de faire coïncider
toutes les histoires. Par exemple, dans un groupe, je m'attache à
quelqu'un et tout à coup je le suis. Il y a un moment où,
par l'insistance, la manière dont je le suis, je raconte son
histoire à l'intérieur des autres et je le mets dans
un rapport cinématographique. J'en constitue un personnage
que je sors de son ensemble et c'est déjà un sacré
point de vue. Une fois que ce personnage est constitué, je
décide d'en amener un autre et de les mettre en relation. Là,
je fais du cinéma, je travaille sur le contrechamp, j'arrive
à raconter une histoire qui se passe entre deux personnages
alors qu'il y en a encore quatre autour. Raconter des histoires à
l'intérieur d'une histoire, c'est surtout cela que permet l'image.
Est-ce qu'il y a des choses impossibles à filmer ?
Oui, il y a des choses impossibles ou difficiles à filmer du
fait que des uvres chorégraphiques sont conçues
pour le théâtre en tant que dispositif, c'est-à-dire
avec le volume, le cube, avec toutes ses mécaniques (entrées,
sorties, frontalité...). Ces dispositifs proposent parfois
des figures difficiles à mettre en images du fait que l'on
travaille dans un champ où l'on a perdu une dimension, pour
se retrouver plutôt dans un cône, un autre type de volume.
Je prends l'exemple d'une descente frontale, c'est toujours possible
de la montrer, mais lorsque l'on est assis au 10ème rang et
que l'on voit débarouler quinze danseurs en fond de scène,
il est évident qu'il se passe quelque chose au niveau de l'espace
et si ma caméra est frontale comme dans le cadre d'une captation,
il devient très difficile de montrer cette figure chorégraphique
construite et conçue pour l'espace théâtral.
La caméra sait mieux filmer les corps que la chorégraphie
elle-même ?
Je dirai que lorsque l'enjeu est autour du danseur, de sa personnalité,
de son engagement, de sa physicalité, de sa présence,
de sa façon de capter la lumière, de son expression,
la caméra est très à l'aise parce qu'elle sait
filmer des corps. Par contre, je pense que la part la plus délicate
à traiter est ce qu'on appelle la chorégraphie, parce
que le cinéma dans ses logiques de mouvements de caméra,
de montage, de rapports de plans, donc de contrechamps etc..., renvoie
systématiquement à des grammaires, des constructions
cinématographiques qui lui sont propres et qui, confrontées
au spectacle, se trouvent soudain en rapport avec ce qui sera de l'ordre
de la chorégraphie, basée elle sur sa logique avec des
règles complètement différentes. On passe à
l'image, à quelque chose qui est raconté, on est dans
une narration télévisuelle ou filmique, au théâtre
on est dans une narration théâtrale et chorégraphique,
c'est plus dans le rapport de ces choses-là qu'il peut y avoir
également des difficultés voire des impossibilités
de filmer, qu'au niveau des danseurs eux-mêmes.
Derrière votre caméra, vous avez vécu l'évolution
de la danse depuis ces vingt dernières années, qu'est-ce
qui vous frappe le plus ?
Ce qui est vraiment extraordinaire, c'est que la danse soit sortie
d'un académisme, des formes extérieures et qu'une dimension
d'auteur se soit affirmée. Aujourd'hui, on peut véritablement
parler d'auteurs en danse comme on peut parler d'auteurs de cinéma,
de livres et tous les chorégraphes contemporains sont concernés...
Un auteur c'est quelqu'un qui a un univers, un langage singulier.
Il y en a qui démarrent, qui se répètent, qui
se fossilisent ou se renouvellent, mais tous expriment leur vision
du monde, ils font exister leur univers, nous le font découvrir
de pièce en pièce. Ils s'expriment en dialogues avec
leurs danseurs, à travers des grammaires gestuelles, des constructions
chorégraphiques, des relations à la musique, des scénographies,
ils s'en emparent, construisent leurs propres langages en les dégageant
d'un académisme, des codes trop formels et ça c'est
intéressant. Et le spectateur lui, rentre dans la culture et
l'univers du chorégraphe, il se positionne comme face à
un peintre, un écrivain, en suivant sa trajectoire, son histoire,
comme le public lyonnais le fait par exemple avec Abou Lagraa. Aujourd'hui,
il y a bien cette notion de choix vers des cultures multiples et c'est
cela qui rend la danse contemporaine complètement passionnante
et toujours surprenante !
Martine
Pullara
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