ARCHIVES
2002

JANVIER N°67
Albert Agostino
Laurent Vercelletto
Denis Plassard
Abou Lagraa
Nième Compagnie
Les Sans-papiers
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FEVRIER N°68
Edward Bunker
La Tribu Hérisson
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MARS N°69
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The Strokes
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Les Trois-huit
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Noam Chomsky
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AVRIL N°70
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Dominique Lardenois

MAI N°71
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Le Tigre
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The Jon Spencer
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JUIN N°72/73
Bruno Meillier
Sonic Youth
Le Peuple de l'Herbe
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SEPTEMBRE N°74
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OCTOBRE N°75
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Red
Little Bob
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NOVEMBRE N°76
Anne-Marie Pascoli
The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  DECEMBRE N°77  



 

Charles Picq

Les spectateurs lyonnais ont pu découvrir son magnifique travail de vidéaste dans la dernière création d'Abou Lagraa. Ils sont peu en France à savoir filmer la danse, à créer avec la danse et Charles Picq est de ceux-là. Depuis plus de 20 ans, il filme les spectacles de la Maison de la Danse pour en constituer une mémoire chorégraphique. Depuis plus de 20 ans, il travaille avec les plus grands (Carlson, Bagouet, Saporta, Linke, Gallotta... ) sur des projets artistiques et pour la télévision... un passionné de danse Charles Picq ? Il suffit de l'écouter pour ne pas en douter !

Lorsque l'on est spectateur et que l'on vous voit filmer, on ne peut s'empêcher de se demander comment se filme la danse ?
C'est une question à laquelle j'ai tellement réfléchi que je ne pourrais plus rien dire, c'est à la fois complexe et pas complexe, suivant l'objet que l'on veut faire, une captation, un documentaire, une adaptation ou une création, c'est différent. Comment filmer la danse, la part du spectacle qui est là ?, où se situe la danse ? je n'ai pas de technique. Filmer le plus simplement du monde, avec une caméra, en étant au milieu du public, reste pour moi un plaisir immense, une recherche qui ne s'est jamais épuisée depuis vingt ans. Mon bonheur c'est de savoir qu'il y a là quelque chose qui se passe pour moi, qui reste inestimable, l'enjeu étant de trouver un geste vidéo, le plus simple, le plus clair possible et avec le minimum de moyens. J'ai une caméra, le spectacle démarre et il faut que je sorte quelque chose qui tienne le coup, qui rende compte de la danse, qui soit un témoignage, c'est quasiment la recherche impossible. Cela veut dire que beaucoup de choses se passent à la prise de vue. Je filme en même temps que je regarde le spectacle et le vrai geste est là, quand je filme une fois, sans repérage, pour faire un acte de prise de vue.
L'image du spectacle est différente si l'on est spectateur ou derrière la caméra ?
L'image de la caméra est réductrice au niveau de l'espace, du champ mais elle apporte d'autres choses car elle peut cerner sur un détail, elle construit une narration qui lui est propre, qui se déroule en parallèle à la logique de l'histoire que l'on est en train de filmer. Le challenge, c'est de faire coïncider toutes les histoires. Par exemple, dans un groupe, je m'attache à quelqu'un et tout à coup je le suis. Il y a un moment où, par l'insistance, la manière dont je le suis, je raconte son histoire à l'intérieur des autres et je le mets dans un rapport cinématographique. J'en constitue un personnage que je sors de son ensemble et c'est déjà un sacré point de vue. Une fois que ce personnage est constitué, je décide d'en amener un autre et de les mettre en relation. Là, je fais du cinéma, je travaille sur le contrechamp, j'arrive à raconter une histoire qui se passe entre deux personnages alors qu'il y en a encore quatre autour. Raconter des histoires à l'intérieur d'une histoire, c'est surtout cela que permet l'image.
Est-ce qu'il y a des choses impossibles à filmer ?
Oui, il y a des choses impossibles ou difficiles à filmer du fait que des œuvres chorégraphiques sont conçues pour le théâtre en tant que dispositif, c'est-à-dire avec le volume, le cube, avec toutes ses mécaniques (entrées, sorties, frontalité...). Ces dispositifs proposent parfois des figures difficiles à mettre en images du fait que l'on travaille dans un champ où l'on a perdu une dimension, pour se retrouver plutôt dans un cône, un autre type de volume. Je prends l'exemple d'une descente frontale, c'est toujours possible de la montrer, mais lorsque l'on est assis au 10ème rang et que l'on voit débarouler quinze danseurs en fond de scène, il est évident qu'il se passe quelque chose au niveau de l'espace et si ma caméra est frontale comme dans le cadre d'une captation, il devient très difficile de montrer cette figure chorégraphique construite et conçue pour l'espace théâtral.
La caméra sait mieux filmer les corps que la chorégraphie elle-même ?
Je dirai que lorsque l'enjeu est autour du danseur, de sa personnalité, de son engagement, de sa physicalité, de sa présence, de sa façon de capter la lumière, de son expression, la caméra est très à l'aise parce qu'elle sait filmer des corps. Par contre, je pense que la part la plus délicate à traiter est ce qu'on appelle la chorégraphie, parce que le cinéma dans ses logiques de mouvements de caméra, de montage, de rapports de plans, donc de contrechamps etc..., renvoie systématiquement à des grammaires, des constructions cinématographiques qui lui sont propres et qui, confrontées au spectacle, se trouvent soudain en rapport avec ce qui sera de l'ordre de la chorégraphie, basée elle sur sa logique avec des règles complètement différentes. On passe à l'image, à quelque chose qui est raconté, on est dans une narration télévisuelle ou filmique, au théâtre on est dans une narration théâtrale et chorégraphique, c'est plus dans le rapport de ces choses-là qu'il peut y avoir également des difficultés voire des impossibilités de filmer, qu'au niveau des danseurs eux-mêmes.
Derrière votre caméra, vous avez vécu l'évolution de la danse depuis ces vingt dernières années, qu'est-ce qui vous frappe le plus ?
Ce qui est vraiment extraordinaire, c'est que la danse soit sortie d'un académisme, des formes extérieures et qu'une dimension d'auteur se soit affirmée. Aujourd'hui, on peut véritablement parler d'auteurs en danse comme on peut parler d'auteurs de cinéma, de livres et tous les chorégraphes contemporains sont concernés... Un auteur c'est quelqu'un qui a un univers, un langage singulier. Il y en a qui démarrent, qui se répètent, qui se fossilisent ou se renouvellent, mais tous expriment leur vision du monde, ils font exister leur univers, nous le font découvrir de pièce en pièce. Ils s'expriment en dialogues avec leurs danseurs, à travers des grammaires gestuelles, des constructions chorégraphiques, des relations à la musique, des scénographies, ils s'en emparent, construisent leurs propres langages en les dégageant d'un académisme, des codes trop formels et ça c'est intéressant. Et le spectateur lui, rentre dans la culture et l'univers du chorégraphe, il se positionne comme face à un peintre, un écrivain, en suivant sa trajectoire, son histoire, comme le public lyonnais le fait par exemple avec Abou Lagraa. Aujourd'hui, il y a bien cette notion de choix vers des cultures multiples et c'est cela qui rend la danse contemporaine complètement passionnante et toujours surprenante !

Martine Pullara