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2002

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Les Sans-papiers
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FEVRIER N°68
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La Tribu Hérisson
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MARS N°69
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The Strokes
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Les Trois-huit
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Noam Chomsky
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AVRIL N°70
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MAI N°71
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High Tone
Le Tigre
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JUIN N°72/73
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Lo'Jo
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SEPTEMBRE N°74
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NOVEMBRE N°76
Anne-Marie Pascoli
The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  JUIN N°72/73  



 

Le Peuple de l'Herbe
Garantie gravement groove

C’est à la mi-juin (en écho à l’appel du 18 joints pour la légalisation de la consommation de certaines plantes…), que sort le 2e album du Peuple de l’Herbe : Test two (chez Play It Again Sam); un nouvel opus éclectique à souhait, gratiné au swing herbivore et surtout gravement groove sous toutes ses coutures. Un entrelacement de 15 plages qui renvoient à tout ce qui a pu flirter entre les oreilles des quatre mélomaniaques du Peuple depuis qu’ils ont appris à pousser des disques… Au final, quelque chose comme un grand détournement orchestré pour que jamais ne s’éteigne la flamme sur le dance-floor où qu’il soit; il va sans dire que les cigales vont pouvoir s’en donner à cœur joie !
“Never give up the light, never give up the fight !”
Mais avant l’été et le chant des cigales, il y a des printemps où il est plus qu’adéquat de se remémorer quelques refrains issus de l’histoire du rock au sens large et que l’on peut chanter à tue-tête sous la douche froide des dernières élections… “Ne jamais abandonner” dit la chanson… et nécessairement quand la connerie frappe de plus en plus fort à la porte, envahissant les esprits et les urnes via la télévision. Impression ensuite au goût amer pour beaucoup d’entre nous, d’avoir dû voter C’est mon choix (enfin pas vraiment…) pour barrer la route au journal de 13h, qui pendant six mois, reprit en cœur une autre chanson bien connue : “Elle s’appelait faits divers, une fleur fanée en plein hiver.”
Le débat public est d’une pauvreté si affligeante que le résultat des courses avant comme après le 21 avril ne varie pas : la France a peur, peur de son voisin de palier comme de son avenir, peur surtout de se regarder dans la glace. Voilà pour ce qui est de “l’air du temps” dont il ne faut se satisfaire; quant à vous qui n’avez que peu d’accointances avec les tenants de la paranoïa collective, rien de mieux finalement qu’un grand bol d’air frais, sonore et intemporel, orchestré de main de maître par les héros du Peuple (de l’Herbe). Et chacun sait que la musique est un bon moyen pour s’évader en même temps qu’un bon véhicule pour les idées.
Au firmament des rêves pieux, la dernière utopie du Peuple de L’Herbe en date retentit comme une leçon de savoir-vivre et une preuve de bon goût : “Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, tous les peuples de la terre ne forment qu’un…” Bien sûr qu’on en est loin et que l’actualité sous forme médiatique dit le contraire tous les jours mais ça fait (et fera) toujours plaisir à entendre, et simplement aussi parce que cela sonne bien dans ce nouvel album.
Petit retour entre deux tours : nous sommes le 26 avril dernier, il est 22h au C.C.O de Villeurbanne et Le Peuple de l’Herbe s’apprête à donner un concert en soutien au comité pour les sans papiers. Le groupe sort juste d’une semaine de répétitions montées au Brise Glace d’Annecy afin d’apporter les dernières retouches à son nouveau set sur scène et ce, avant de reprendre la route des concerts dans tout l’Hexagone, ici et là en Europe et au Canada. Une heure trente et quelques rappels plus tard, un refrain résonne encore dans toutes les têtes perlées de sueur : “le Peuple emmerde le front nazional !” Une missive que l’auditoire aura largement repris à son compte, en nage et en rage. Mais au-delà de cet aspect qui renvoie à de purs soucis de salubrité publique, force fut de constater que les quelques 400 personnes présentes dans la salle n’avaient eu de cesse de danser frénétiquement et verticalement de la première jusqu’à la dernière note ! Il sembla donc que ce soir-là, l’on oublia définitivement les effets de sclérose bien connus chez le public lyonnais…
L’hypothèse la plus plausible étant que les loustics du Peuple avaient vraisemblablement mangé du lion avant de s’essayer au jumpin’ continu sur les planches; la communion avec l’assemblée se fit donc le plus naturellement du monde, entre transe et moiteur pré-estivale. Mais l’on savait déjà depuis la tournée 2001, ayant fait suite à Triple Zéro (les 1ers albums), que Le Peuple de l’Herbe avait pris une toute autre dimension : celle d’un groupe à même de déclencher dans la joie et l’allégresse des scènes d’hystérie collective… Et de se rappeler avec bonheur le concert de juillet dernier à Fourvière avec Asian Dub Foundation et Assassin, lorsque les dalles du théâtre antique se mirent à trembler sous le poids de trois mille personnes déchaînées pendant le set endiablé du Peuple.
“I came to tell you about the rythm of the universe” (PH Thème). Avec la fée électricité sous un ciel étoilé, le courant passe bien, le oinj pas mal non plus merci.
A ce stade des élucubrations, on est en mesure de se poser la question qui titille tous les cerveaux : en définitive, que demande le Peuple ? Et l’on vous laisse le choix de la réponse, de l’Herbe comprise.
A l’évidence le Peuple parle à l’oreille du peuple et ça fonctionne, les corps se groovent et les esprits se libèrent dans la lignée “free your mind & your ass will follow…” chère aux P Funk all stars, all over la planète. Là est sans doute le signe de cette “culture Dj” qui a imprégné Le Peuple de l’Herbe depuis le début de l’aventure : “The Magnificent Four” du groupe (Pee, Stani, Psychostick et N’Zeng) sont effectivement tous dejays à la base, et le but de la manœuvre de tout dejay qui se respecte est bien de vous faire trembler les guibolles et les sens en vous passant les disques qu’il aime (pas nécessairement donc, ceux qui feront de vous une “fashion victim”). Parenthèse refermée concernant l’intention de départ; aujourd’hui Le Peuple de l’Herbe est un véritable groupe de scène, non pas un assemblage façon “legoland” de quatre experts en maniement vinylique. Si Pee et Stani continuent de folâtrer derrière leurs drôles de machines (et platines), N’Zeng est devenu “front man pois sauteur” en qualité de trompettiste et toaster pendant que Psychostick martèle les peaux de ses tomes jusqu’aux frontières du déraisonnable…
Et le “team” ne serait pas au complet sans les techniciens attitrés du Peuple (son, lumières) ni les chanteurs invités et autres bonhommes de la section cuivres, qui interviennent en studio et de plus en plus en live. Esprit d’équipe (extra sportif) et amour du travail bien fait, sont désormais les caractéristiques premières d’un Peuple soucieux de respecter mère nature (don’t walk on grass, smoke it…).
Come to the next level. Test two. Ce deuxième album arrive ainsi à point nommé pour témoigner du chemin parcouru par Le Peuple de l’Herbe depuis un an : Test two fleure bon la maturité et la bonne humeur ! Primo parce que le groupe s’est enfermé tout l’hiver dans son local transformé en home made studio, pour composer, arranger et produire (s’arracher les cheveux, ricaner bêtement, s’endormir sur la console, griller des clopes ou bien, discuter du pourquoi et du comment sans doute aussi…), produire donc, cette nouvelle galette aux senteurs (on dira) exotiques; secundo parce que l’assortiment des titres tous plus différents les uns que les autres (mais à l’unité frappante) fait penser qu’ils se sont vraiment fait plaisir, considérant l’éclectisme de leurs horizons musicaux et un penchant collégial certain pour la manipulation samplée de sons et bruitages d’origines diverses et non contrôlées. Ainsi on passe sans vagues à l’âme du break beat à la hard house, du hip-hop version old school à la ragga-jungle rythmée par des parties de toast délirantes… Et quelque chose nous dit que les cigales n’ont pas fini de danser tout l’été et de se vautrer dans l’Herbe en écoutant ce disque qui mixe allègrement esprit du Groovambar et swing des temps modernes ! !
Loin des p’tits fours et paillettes des Victoires de la Musique qui l’ont pourtant couronné “découverte scène de l’année”; Le Peuple de l’Herbe semble aujourd’hui plus que jamais s’épanouir comme une belle plante.
Gorgée de soleil elle envahira les bacs le 18 juin et les scènes d’ici et ailleurs jusqu’au prochain hiver. Ensuite, cigale qui pourra.
Le Peuple de l’Herbe sur www.lepeupledelherbe.net

Laurent Zine