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2002

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FEVRIER N°68
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Noam Chomsky
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AVRIL N°70
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Le Tigre
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JUIN N°72/73
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Lo'Jo
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SEPTEMBRE N°74
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NOVEMBRE N°76
Anne-Marie Pascoli
The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  JUIN N°72/73  



 

Lo'Jo

On ne change pas une équipe qui gagne, les Invités de Villeurbanne font suite, après quelques années de sinistroses, aux Eclanovas de Villeurbanne. Musique et théâtre de rue, trois jours de fêtes et l’occasion d’entendre Lo’Jo et leurs nouvelles (formidables) chansons.

Ancien Lo’Jo Triban (“on a laissé tomber Triban sans se concerter ”), Lo’Jo est une tribu angevine d’inventeurs sonores adeptes de sons d’ailleurs et de métissages improbables, le tout servi par une poésie surréaliste. “La musique a toujours été le fondement de notre rencontre. Autre aspect tout aussi important : la langue et la poésie.” Un groupe entier et sincère qui s’est fondé sur “la croyance qu’on a mis dans notre musique, notre acharnement à défendre nos idées, notre manière de voir la vie, la confiance mutuelle qu’on s’est accordé, l’esprit d’équipe ”.
En piste depuis 82, Lo’Jo (un groupe un peu sauvage, informel, qui était plus un regroupement de personnalités) s’est forgé, au fil des années, une identité musicale unique. Le collectif familial s’est nourri de toutes ces rencontres fortuites, collaborations enrichissantes et expériences inattendues qui ont jalonné son parcours. Live du spectacle Décrocher la lune avec Jo Bitume (88/92), travail avec Zur (créateurs d’images et inventions visuelles), organisation de kabar (grande fête réunissant des artistes de tous horizons), échanges avec Gangbé Brass Band (de Cotonou, Bénin) ou Tinariwen (formation touareg), participation au Festival du Désert de Tin-Essako dans le Sahara… Denis, Kham, Richard, Malika, Mathieu, Yamina et Nadia continuent leur quête de sons incantatoires souvent magiques, propices aux rêves et aux songes.
Rencontre avec Denis Péan, multi-instrumentiste, auteur-poète et membre originel de ce collectif.

La musique de Lo’Jo en quelques mots ?

Je fais des disques et j’écris des poèmes car je ne peux pas définir Lo’Jo… C’est la musique d’un monde qui en a croisé beaucoup d’autres, qui se nourrit des mots et des sons, des expériences et des gens rencontrés en chemin. Un monde qui s’est mis à voyager … pour se découvrir et découvrir les autres.
Comment analysez-vous l’évolution entre votre 1er album et aujourd’hui ?
D’abord on a appris la musique au sein de Lo’Jo. A jouer de nos instruments ou à maîtriser la langue (dans mon cas). Il y a eu une évolution radicale au niveau du langage : j’ai adopté de plus en plus le français, après l’avoir disloqué complètement, après avoir eu recours à un langage vraiment abstrait. Pour la musique, nos sonorités se sont enrichies : les musiciens sont devenus poly-instrumentistes; on s’est mis en quête de sonorités; on a équilibré notre jeu, notre manière de faire ensemble pour laisser de la place à chacun et favoriser notre esprit créatif. Chez Lo’Jo, chacun peut être un créateur de musique.
Votre nouvel album, L’Une des siens, est un peu différent ?
Parce que fait à notre époque avec un groupe un peu différent. Avec Bohême de Cristal, Lo’Jo a failli se séparer. Deux anciens membres importants du groupe sont partis… Ce disque a été, pour nous, comme un défi d’exister et une chance de se revendiquer. Nous nous sommes retrouvés en plus petit nombre mais avec une connivence et une confiance mutuelle accrues.
Comment avez-vous travaillé ?
Chacun de nous a donné naissance à un titre, les autres s’accordant pour être l’orchestre. C’est comme si Lo’Jo était un petit ensemble à différentes têtes.
Côté textes, y a-t-il un message ? ou est-ce une poésie gratuite en quelque sorte ?
Cette poésie a un fondement, un sens concret même si elle paraît un peu énigmatique. Elle raconte l’histoire de notre époque, celle des sentiments qui traversent le monde à travers nous comme à travers chaque humain. Tout ne se transmet pas facilement, il y a une grande part de confusion et de mystère dans l’existence. Je la traduis à ma manière. Sous-jacente, chez Lo’Jo, il y a une forme de rébellion…. Une sorte de critique sociale qui se manifeste par l’existence même de Lo’Jo, la composition du groupe; par notre démarche de parler ou d’échanger des idées; par une certaine conception de la hiérarchie, de l’organisation sociale ou de la relation à l’argent. Tout cela se retrouve dans les mots; il y a un parcours philosophique qui se projette dans tous nos actes dont la poésie.
As-tu besoin de te ressourcer dans la littérature ?
Je laisse libre cours à mon imagination. J’essaie de traduire ce que je vois, d’explorer mes sentiments et le monde que j’ai l’occasion de chevaucher. Certes, je trouve de la motivation dans l’écriture d’une langue pointue et vraiment puissante. Voire honnête et provocante. Dernièrement, j’ai lu les œuvres de Blaise Cendrars; mais il y a aussi Henri Michaux, l’écrivain haïtien René Depestre, le poète touareg Hawad… enfin toute littérature, philosophie ou forme proverbiale d’un pays. J’apprécie l’art oriental de narrer une histoire : user de métaphores, d’images, d’un style épique. Je lis mais je reçois aussi la culture des gens qui me parlent.
Comment expliquez-vous cette force magique qui se dégage sur scène ?
C’est du domaine des choses secrètes qu’on ne peut analyser. Lo’Jo a cristallisé une force, celle d’une génération, celle d’un monde qui nous a façonnés mais contre lequel on s’est rebellé aussi. Il y a eu une convergence d’énergie à laquelle j’ai donné un nom, Lo’Jo… Peut-être, aussi, est-ce le fait de l’intérêt qu’on porte à des civilisations anciennes où la magie avait un rôle prédominant ?
Trois bonnes raisons d’aller vous voir sur scène ?
D’abord il y a beaucoup d’humanité dans ce qu’on fait. Une vraie et forte connexion dans notre ensemble. Un concert de Lo’Jo ne se ressemble jamais; on joue vraiment avec les circonstances et l’énergie du moment. On ne craint ni d’être faible, ni secret ou parfois plus explosif. On se comporte sur scène, comme on est dans la vie avec nos secrets et nos exaltations. Et la 3ème raison …“la lumière est belle” !

Anne Huguet