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Pourquoi
tenter de le dire en français, alors que la langue maternelle
des deux jeunes photographes Jo Lansley et Helen Bendon le dit si
simplement.
Plus justement encore, les images présentées ici le
suggèrent ou plutôt en témoignent avec évidence.
A linstar de beaucoup dartistes visuels actuels, les deux
comparses utilisent la photographie comme un moyen plutôt quelles
ne la revendiquent comme une fin.
Les dix tirages de moyens et grand format accrochés aux murs
de la galerie Réverbère, nous montrent des mise en scènes
où la représentation des corps occupe une place généralement
centrale.
Les cadrages sont souvent serrés et les visages sont toujours
hors vue; premier signe dambiguïté de ces autoportraits
tronqués et par là même dépersonnalisés.
Une ambiguïté qui ne fait que saccroître à
mesure de la découverte dune fiction qui saffiche
très vite où les modèles-photographes
exécutent la partition de leur story board.
Entre petites filles perverses et innocentes pas vraiment honnêtes,
les images semblent témoigner de séquences plus longues,
voire filmiques. Cest dailleurs peut-être dans les
images quelles ne réalisent pas que limagination
du regardeur vagabonde le plus. Une analyse et une interprétation
que les deux jeunes femmes portent volontiers sur leurs propres travaux.
Bribes de conversation à trois :
Vous vous mettez toujours vous-mêmes en scène dans
vos images ?
Jo et Helen : Oui, nous travaillons comme des actrices et prenons
un soin particulier à tous les paramètres de la scène
: costumes, décor, lumière, jusquà ce que
nous sentions que latmosphère voulue est atteinte, alors
nous déclenchons (le cliché).
Votre travail de création se situe-t-il plus dans ce jeu
de composition que dans lacte photographique ?
J/H : Oui, ce qui nous intéresse dans limage cest
le témoignage quelle offre dune situation. Nous
racontons des histoires qui parlent de sexualité féminine,
de domination, de soumission, demprise, voire de fêlure.
Comme dans ce grand format intitulé Slippage (glissement),
où lon voit une femme de dos, accoudée à
une table dans un intérieur trop lisse pour ne pas être
inquiétant ?
J/H : En effet, tout semble paisible, normal jusquà
la limite du soutenable où la raison peut glisser vers la folie.
Dautres images semblent proches de la relation de faits divers
comme dans ces images de corps superposés de petites filles
trop matures, couchées dans une herbe trop verte. Ou encore
dans cette image de hangar où lon discerne un corps voilé
non loin dune bâche plastique dont on ne sait ce quelle
dissimule.
J/H : Nous essayons de montrer les images témoins
dun instant qui peut être celui qui précède
le drame ou qui le suit. Cest au spectateur de reconstruire
la séquence.
Un film à trou, qui cache les ressorts dramatiques
?
J/H : (rires) Il y a quand même beaucoup de feeling (sic) dans
notre pratique, nous racontons surtout une intimité, une sorte
de conte fantastique qui mêle le monde de lenfance, de
ladulte mais aussi la manière dont la femme peut vivre
maintenant ses fantasmes sexuels.
Bref, un univers qui renvoie plus à celui du film étrange
version Lynch ou Cronenberg quà une recherche purement
photographique.
Allez donc vous faire votre film à la galerie Réverbère
et si le suspense vous prend vous pourrez en visionner dautres
extraits en Avignon, en visitant la collection Lambert où les
deux artistes pas du tout sages comme des images vous montrent dautres
faces cachées de leurs talents.
Expo dans le cadre de la Fondation CCF pour la photographie, présentant
les deux lauréats 2001, Franck Christen et Jo Lansley et Helen
Bendon. Du 14 mai au 13 juillet 2002 à la Galerie Réverbère.
Laurent
Mulot
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