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  JUIN N°72/73  


JO LANSLEY & HELEN BENDON - Cusp - 1997

 

Jo Lansley & Helen Bendon
Border liners
à la galerie Réverbère

Pourquoi tenter de le dire en français, alors que la langue maternelle des deux jeunes photographes Jo Lansley et Helen Bendon le dit si simplement.
Plus justement encore, les images présentées ici le suggèrent ou plutôt en témoignent avec évidence.
A l’instar de beaucoup d’artistes visuels actuels, les deux comparses utilisent la photographie comme un moyen plutôt qu’elles ne la revendiquent comme une fin.
Les dix tirages de moyens et grand format accrochés aux murs de la galerie Réverbère, nous montrent des mise en scènes où la représentation des corps occupe une place généralement centrale.
Les cadrages sont souvent serrés et les visages sont toujours hors vue; premier signe d’ambiguïté de ces autoportraits tronqués et par là même dépersonnalisés. Une ambiguïté qui ne fait que s’accroître à mesure de la découverte d’une fiction qui s’affiche très vite où les “modèles-photographes” exécutent la partition de leur story board.
Entre petites filles perverses et innocentes pas vraiment honnêtes, les images semblent témoigner de séquences plus longues, voire filmiques. C’est d’ailleurs peut-être dans les images qu’elles ne réalisent pas que l’imagination du regardeur vagabonde le plus. Une analyse et une interprétation que les deux jeunes femmes portent volontiers sur leurs propres travaux.

Bribes de conversation à trois :
Vous vous mettez toujours vous-mêmes en scène dans vos images ?
Jo et Helen : Oui, nous travaillons comme des actrices et prenons un soin particulier à tous les paramètres de la “scène” : costumes, décor, lumière, jusqu’à ce que nous sentions que l’atmosphère voulue est atteinte, alors nous déclenchons (le cliché).
Votre travail de création se situe-t-il plus dans ce jeu de composition que dans l’acte photographique ?
J/H : Oui, ce qui nous intéresse dans l’image c’est le témoignage qu’elle offre d’une situation. Nous racontons des histoires qui parlent de sexualité féminine, de domination, de soumission, d’emprise, voire de fêlure.
Comme dans ce grand format intitulé Slippage (glissement), où l’on voit une femme de dos, accoudée à une table dans un intérieur trop lisse pour ne pas être inquiétant ?
J/H : En effet, tout semble paisible, “normal” jusqu’à la limite du soutenable où la raison peut glisser vers la folie.
D’autres images semblent proches de la relation de faits divers comme dans ces images de corps superposés de petites filles trop matures, couchées dans une herbe trop verte. Ou encore dans cette image de hangar où l’on discerne un corps voilé non loin d’une bâche plastique dont on ne sait ce qu’elle dissimule.
J/H : Nous essayons de montrer les images “témoins” d’un instant qui peut être celui qui précède le drame ou qui le suit. C’est au spectateur de reconstruire la séquence.
Un film à “trou”, qui cache les ressorts dramatiques ?
J/H : (rires) Il y a quand même beaucoup de feeling (sic) dans notre pratique, nous racontons surtout une intimité, une sorte de conte fantastique qui mêle le monde de l’enfance, de l’adulte mais aussi la manière dont la femme peut vivre maintenant ses fantasmes sexuels.


Bref, un univers qui renvoie plus à celui du film étrange version Lynch ou Cronenberg qu’à une recherche purement photographique.
Allez donc vous faire votre film à la galerie Réverbère et si le suspense vous prend vous pourrez en visionner d’autres extraits en Avignon, en visitant la collection Lambert où les deux artistes pas du tout sages comme des images vous montrent d’autres faces cachées de leurs talents.
Expo dans le cadre de la Fondation CCF pour la photographie, présentant les deux lauréats 2001, Franck Christen et Jo Lansley et Helen Bendon. Du 14 mai au 13 juillet 2002 à la Galerie Réverbère.

Laurent Mulot