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Voilà
qui est fait, High Tone vient de sortir un 2eme album (ADN/Jarring
Effects/Pias) qui transpire le massive dub des temps modernes (A.O.C);
une musique évolutive et une gifle aux oreilles formatées.
Loccasion pour nous dintercepter leur manager, Vincent
Chiron, et de le cuisiner à la sauce maison pour tenter dapprécier
le phénomène dun il tant interne quexterne
au groupe à proprement parler. Une fois nest pas coutume
et vogue les fils de mai
Si les musiciens de High Tone sont plutôt agglutinés
du côté des pentes de la Croix-Rousse (et sur www. hightone.org),
leur manager depuis trois ans, lui, nous vient des collines du Forez
(42) après quelques stages de formation punk rock rapides à
St Amant Roche Savine (63), haut lieu de lactivisme et de la
résistance musicale dans le massif Massif Central. Kidnappé
à son arrivée sur le plateau des Canuts (69) pour les
besoins de linterview et attaché au siège passager
de la charrette qui me sert de voiture, nous prenons la direction
de la Tannerie à Bourg-en-Bresse (01) où les High Tone
finissent une session de répétitions montées.
Mais avant de rejoindre cette nouvelle scène régionale
et ô combien conviviale, ouverte depuis novembre 2001 avec un
concert de High Tone justement (+ Burning Heads et NRA lors de la
tournée Punky Reggae Party); il y a cette route bordée
de platanes et de dombes artisanales, cadre idéal
pour les dérapages verbaux et les accélérations
dialectiques
( ?). La RN83, un dictaphone négligemment
posé sur la plage avant et un soleil de plomb dans les yeux;
une nouvelle méthode de travail que lon teste depuis
peu au sein de ce vilain petit canard
Alors docteur Chiron, il semblerait que lon puisse
raisonnablement parler aujourdhui dun «style High
Tone» alors même que leur empreinte ADN (Acid Dub Nucleik)
marque une évolution sensible ?
La musique dub de High Tone est par définition au croisement
de moult influences, du reggae roots jamaïcain jusquà
lelectro en passant par la drumnbass ou la jungle
Il nempêche que petit à petit, le groupe a su créer
son propre style tant en matière de composition quen
ce qui concerne le son, alors effectivement on peut aujourdhui
reconnaître High Tone quasiment dès la 1ère note.
Cest vrai aussi quil y a une très nette évolution
musicale avec ce 2ème LP mais rien de plus naturel puisque
les High Tone sont vraiment des acharnés de la répétition
et du «bidouillage»; à côté de ça,
il serait dommage de reproduire éternellement la même
chose sur chaque disque.
Je ne peux que lui donner raison tant il est manifeste que High Tone
a pris des risques artistiques avec cet album en amorçant un
sérieux virage sidéral ne serait-ce quau niveau
des effets et des samples; un virage dans lequel le dictaphone a fini
par se vautrer lamentablement, mais en lespèce, ça
fait partie des risques du métier
Salement amochée, la machine se relève pourtant et sinterroge
sur limportance des répétitions montées
(cad en schématisant : dans une salle de concert mais sans
le public).
Cela permet simplement de tester plusieurs choses avant de partir
en tournée. Au-delà du set live en lui même (nouvel
enchaînement des titres), il sagit de travailler le son
et les effets en «temps réel» sur une vraie façade
denceintes et, plus spécialement concernant High Tone,
de caler les lumières et les projections vidéo qui sont
«balancées» en direct et non programmées.
Pour avoir assisté à trois concerts de High Tone lhiver
dernier et apprécié la nouvelle dimension de leur «show»,
je conçois facilement lutilité de la chose. Et
pendant que planqué derrière le volant, jessaye
consciencieusement déviter un contrôle de police
à la sortie du grand Lyon, Dédéphone
senhardit : revenir à la Tannerie, cest aussi un
bon souvenir quant à la Punky Reggae Party ?
Carrément ! Le but de cette tournée initiée
par les Burning Heads (sans doute la 1ère de ce genre en France)
était de mixer les musiques en même temps que les groupes
et les publics, comme une sorte de clin dil à lhistoire
puisque pour une bonne partie des gens, le dub et le reggae sont arrivés
en Europe via le punk rock jusquà ce que Bob Marley chante
Punky Reggae Party
hymne fédérateur sil
en est. Une trentaine de concerts daffilée avec cet état
desprit, cela ne pouvait être que du bonus. Sûrement
une expérience à reproduire.
Au-delà de ce cadre bucolique, ny aurait-il pas finalement
une démarche High Tone ? Une forme dengagement
(sans message préemballé du fait que High Tone fait
de la musique sans paroles) ?
La démarche si il y a, cest simplement essayer
(et cest vraiment le mot qui convient), essayer dêtre
proche des gens, quil sagisse du public, des organisateurs
de concerts et de toutes celles et ceux que lon peut croiser
en chemin. Faire attention à ce que ne se dresse pas entre
nous du jour au lendemain une barrière artificielle sous prétexte
que lon vend x disques et que lon vit de notre musique
On essaye (encore une fois) avec Jarring Effects de faire les choses
par nous-mêmes, ce qui doit nous permettre de créer des
rapports de proximité et de garder le contrôle sur ce
qui arrive. Pour linstant ça fonctionne comme ça
mais nous navons surtout pas de leçons à donner
à qui que ce soit ne serait-ce parce que nous ne savons pas
de quoi demain sera fait. Nous navons pas non plus lenvie
ou la prétention dêtre un «groupe engagé»,
expression qui me paraît très galvaudée en ce
moment
La notion dengagement, il me semble que cest
à léchelon individuel que cela se règle.
Dans mon semblant de léthargie, scotché à larrière
dune colonne de 38 tonnes, jai quand même réussi
à glaner quelques infos concernant demain : la sortie du nouvel
opus sera dignement fêtée au Pez Ner en trois soirées
de concerts les 15, 16 et 17 mai prochains ! (voir agenda) Alors Mr
Vincent, ne peut-on voir dans le choix dune invasion sonique
programmée à Villeurbanne (69.100), lexpression
dune volonté collective explicite ?
Sûrement
le choix nest pas anodin. Cest
au Pez Ner que lon peut faire des choses qui nous ressemblent
et il aurait fallu préserver à Lyon ce type de lieu
dont on peut sinspirer partout en France. Le Pez Ner est pour
nous une véritable alternative de par son fonctionnement, sa
programmation et son état desprit, permettant justement
ce travail de proximité dont on a parlé.
Point à la ligne. Et à lhorizon, un nouveau paragraphe,
histoire de sinterroger sur lengouement médiatique
singulier pour la scène dub indépendante française
et lyonnaise en particulier ?
Les médias dans leur grande majorité ont une tendance
naturelle à vouloir formater tout le monde dans le même
panier ! une manière de circonscrire le débat (sur lidée
dindépendance par exemple) et de cataloguer les groupes
et les styles musicaux en énonçant quelques mots-clés
réducteurs (de têtes).
La scène existe de fait à Lyon parce que les gens se
connaissent, peuvent avoir des motivations analogues et partagent
parfois les locaux de répétition
Après, chacun poursuit son propre chemin avec son propre discours
et sa façon de concevoir la musique (et ça ne se limite
pas au «dub»); il est malveillant de vouloir gommer ces
différences en cloisonnant les groupes dans des genres et derrière
des mots vidés de leur sens.
En parlant de formatage et en évitant de justesse un auguste
poulet de Bresse égaré sur le bitume, je me demande
si lidée même de scène ne répond
pas finalement au souci des majors de récupérer chaque
mouvement musical pour pouvoir ensuite tout simplement
mieux le vendre
Exactement, faire du business avec des phénomènes
musicaux préexistants quil sagit de «remodeler»
à la sauce grand public. Même si souvent cela frise la
caricature
il ny a pas de quoi jouer les effarouchés
puisque ça marche comme ça depuis toujours, selon les
règles du marché. Pour certains groupes, signer sur
une major cest la panacée, pour dautres pas forcement
mais il ne faut jeter la pierre à personne.
Meissier se servant de Zebda et Noir Désir comme faire-valoir,
on doit être pas loin de la caricature en arrivant à
Péronnas (01)
Il y a sans doute un paradoxe, Noir Désir sen est
dernièrement expliqué et je me vois mal dans la position
du juge. Ces deux groupes ont fait énormément pour les
structures alternatives partout en France, et sur le terrain, franchement
je trouve leur démarche irréprochable. Jai plus
de mal avec dautres «artistes» qui la ramènent
en matière danti-mondialisation alors quils font
partie dun grand trust
Quoi quil en soit, le paradoxe
rattrape chacun dentre nous dans la vie de tous les jours, doù
limpossibilité de dire «fontaine, je ne bois et
ne boirai pas de ton eau».
Certainement, il nempêche quà la prochaine
terrasse on sarrête juste pour voir comment le dictaphone
supportera lombre dun parasol
lendroit rêvé
pour sinterroger sur le rôle du manager, assimilé
à celui dune nounou ?
Plutôt déducateur me répond-il en
rigolant et de poursuivre dans High Tone, tout le monde participe
aux prises de décisions et la division du travail se fait simplement
à la confiance. Cest quasi de la démocratie directe
cher ami ? En tous les cas, cest honnêtement le but de
la manuvre !
Et alors que lété frappe à la vitre, voici
venu le temps des rires et des chants et des gros festivals
A-t-il un sentiment particulier sur la question ?
Je demanderais bien un joker ! bon, disons que certains festivals
prennent tellement dampleur et brassent tant de monde quà
la sortie, cest vraiment la foire à nimporte quoi.
La dimension humaine noyée dans la masse
mais on est
souvent tous obligés de passer par là.
Ils passeront dailleurs par les Eurockéennes le 5 juillet
prochain avec Meï Teï Shö et une certaine liberté
daction autorisée par le festival; en attendant,
voilà que lon arrive à destination où High
Tone nous a concocté un petit set massive dub en direct live.
Résultat des courses : Vincent peut être content de ses
troupes dont la performance va crescendo sur les planches. Cen
est dailleurs trop pour la machine qui a fini par rendre lâme
et les piles, quant à nous, on trouvera bien loccasion
de les recharger
et poursuivre notre petit bonhomme de chemin.
Dictaphone
Laurent Zine
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