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Que
serait la contrebasse sans le jazz ? Sans doute oubliée et
peu écoutée au fond de lorchestre comme une vieille
grand-mère délaissée qui aurait pourtant tellement
à raconter. Le jazz a fait de la contrebasse un véritable
instrument soliste, lui a inventé un jeu aux doigts un peu
sale et une puissance à larchet jusqualors inconnue.
Mais surtout, lhistoire du jazz perdrait beaucoup sans ses contrebassistes,
comme ces films dont on se souvient pour un second rôle, tellement
plus intéressant que certains premiers. Du génial ancêtre
Jimmy Blanton chez Ellington à la comète fulgurante
Scott LaFaro avec Bill Evans, du grand sec Ron Carter chez Miles Davis
à lascète Gary Peacock aussi à laise
avec Albert Ayler (sublime Spiritual Unity) quavec Keith Jarrett.
Mais aussi, Charlie Mingus maître respecté, ou Jimmy
Garrison disciple de John Coltrane.
Autant de personnages attachants, épargnés par les manies
de stars, dévoués pour la plupart à la bonne
marche de leur groupe
pas de frimeur chez eux à quelques
rares expressions près (Stanley Clark, Charnett Mofett). Ouf
! le concept de contrebasse-heros na jamais existé
Alors cest avec un réel plaisir que lon retrouve
pour un soir deux des plus grands héritiers de cette histoire
sur sa fin : Charlie Haden et Dave Holland.
Honneur au plus âgé Charlie Haden restera pour beaucoup
le contrebassiste fidèle dOrnette Coleman avec lhistorique
FreeJazz en 1960 (où il dialogue avec LaFaro) début
dune belle aventure qui dure encore. Pour dautres ce sera
le leader charismatique du Liberation Music Orchestra, grand groupe
dune force mélodique et lyrique rare, puisant davantage
dans les chants des révolutions (Chili, Salvador) que dans
ceux du jazz. Beaucoup lui doivent leurs meilleurs disques (Pat Metheny,
Jan Garbarek) car sil sait rester discret, Haden est un très
grand musicien, au son mat, puissant et serein à la fois, ancré
dans les graves. Il sera à la tête dun groupe aux
couleurs très latines dans lequel il retrouve le pianiste cubain
virtuose quil avait découvert il y a dix ans : Gonzalo
Rubalcaba.
Plus virtuose, Dave Holland est le contrebassiste qui peut sauver
un groupe : un son chaleureux, un jeu clair et précis, une
assise rythmique solide et souple à la fois. Sideman dabord,
cest pourtant à lui et Conference of the birds (avec
Sam Rivers) que le label ECM doit lun de ses premiers et plus
beaux disques. A linstar de Miles Davis qui la vraiment
propulsé dans les années 70, cest aussi un découvreur
de talent, Steve Coleman par exemple et le mouvement m-base des années
80 lui doivent beaucoup. Enfin, sil accompagne à merveille
Joe Henderson ou Stan Getz, il a su aussi se frotter aussi à
plus méchants que lui avec Anthony Braxton ou encore
Derek Bailey. Il sera pour ce concert avec son groupe actuel qui réunit
notamment les excellents souffleurs Robin Eubanck et Chris Potter.
Vincent
Domeyne
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