ARCHIVES
2002

JANVIER N°67
Albert Agostino
Laurent Vercelletto
Denis Plassard
Abou Lagraa
Nième Compagnie
Les Sans-papiers
Noam Chomsky

FEVRIER N°68
Edward Bunker
La Tribu Hérisson
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Sylvie Lindeperg

MARS N°69
Arno
The Strokes
Femi Kuti
Goran Bregovic
Dominique A
Michel Del Castillo
Compagnie Käfig
Yorgos Loukos
Les Trois-huit
Philippe Mangenot
Noam Chomsky
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AVRIL N°70
Patrick Eudeline
Charlie Haden & Dave Holland
Dominique Lardenois

MAI N°71
Tarmac
High Tone
Le Tigre
Christian Bourigault
The Jon Spencer
Blues Explosion

JUIN N°72/73
Bruno Meillier
Sonic Youth
Le Peuple de l'Herbe
Lo'Jo
Lionel Hoche
Jo Lansley & Helen Bendon

SEPTEMBRE N°74
Pierre Astier
Guy Darmet
Party A Ground Zero
Sayag Jazz Machine

OCTOBRE N°75
Alexandre Varlet
Red
Little Bob
André Julliard
Will Self

NOVEMBRE N°76
Anne-Marie Pascoli
The Jon Spencer Blues Explosion

DECEMBRE N°77
Costes
CNAC
Charles Picq
Général Alcazar

  AVRIL N°70  

Charlie Haden & Dave Holland


Que serait la contrebasse sans le jazz ? Sans doute oubliée et peu écoutée au fond de l’orchestre comme une vieille grand-mère délaissée qui aurait pourtant tellement à raconter. Le jazz a fait de la contrebasse un véritable instrument soliste, lui a inventé un jeu aux doigts un peu
sale et une puissance à l’archet jusqu’alors inconnue. Mais surtout, l’histoire du jazz perdrait beaucoup sans ses contrebassistes, comme ces films dont on se souvient pour un second rôle, tellement plus intéressant que certains premiers. Du génial ancêtre Jimmy Blanton chez Ellington à la comète fulgurante Scott LaFaro avec Bill Evans, du grand sec Ron Carter chez Miles Davis à l’ascète Gary Peacock aussi à l’aise avec Albert Ayler (sublime Spiritual Unity) qu’avec Keith Jarrett. Mais aussi, Charlie Mingus maître respecté, ou Jimmy Garrison disciple de John Coltrane.
Autant de personnages attachants, épargnés par les manies de stars, dévoués pour la plupart à la bonne marche de leur groupe… pas de frimeur chez eux à quelques rares expressions près (Stanley Clark, Charnett Mofett). Ouf ! le concept de “contrebasse-heros” n’a jamais existé… Alors c’est avec un réel plaisir que l’on retrouve pour un soir deux des plus grands héritiers de cette histoire sur sa fin : Charlie Haden et Dave Holland.
Honneur au plus âgé Charlie Haden restera pour beaucoup le contrebassiste fidèle d’Ornette Coleman avec l’historique FreeJazz en 1960 (où il dialogue avec LaFaro) début d’une belle aventure qui dure encore. Pour d’autres ce sera le leader charismatique du Liberation Music Orchestra, grand groupe d’une force mélodique et lyrique rare, puisant davantage dans les chants des révolutions (Chili, Salvador) que dans ceux du jazz. Beaucoup lui doivent leurs meilleurs disques (Pat Metheny, Jan Garbarek) car s’il sait rester discret, Haden est un très grand musicien, au son mat, puissant et serein à la fois, ancré dans les graves. Il sera à la tête d’un groupe aux couleurs très latines dans lequel il retrouve le pianiste cubain virtuose qu’il avait découvert il y a dix ans : Gonzalo Rubalcaba.
Plus virtuose, Dave Holland est le contrebassiste qui peut sauver un groupe : un son chaleureux, un jeu clair et précis, une assise rythmique solide et souple à la fois. Sideman d’abord, c’est pourtant à lui et Conference of the birds (avec Sam Rivers) que le label ECM doit l’un de ses premiers et plus beaux disques. A l’instar de Miles Davis qui l’a vraiment propulsé dans les années 70, c’est aussi un découvreur de talent, Steve Coleman par exemple et le mouvement m-base des années 80 lui doivent beaucoup. Enfin, s’il accompagne à merveille Joe Henderson ou Stan Getz, il a su aussi se frotter aussi à plus “méchants” que lui avec Anthony Braxton ou encore Derek Bailey. Il sera pour ce concert avec son groupe actuel qui réunit notamment les excellents souffleurs Robin Eubanck et Chris Potter.

Vincent Domeyne