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Il
paraît qu'il faut voir lire Olivier Cadiot, ça tombe
bien c'est bientôt le samedi à 17h30 lors de La Fête
du Livre. D'ailleurs, "je l'ai lu, par lui écrit, c'est
dans les livres qu'on parle vraiment". Assurément on a
envie d'entendre à voix haute ces textes-là, de les
dire tout seul chez soi, il écrit des textes qui se chantent
(pour le groupe rock kat Onoma notamment, comme Cheval-mouvement,
titre phare du groupe, ou Family dingo, dans le dernier album paru
voilà un an), des textes à dire, si si le théâtre
s'en empare et c'est au théâtre de la Colline qu'il lit
le 14 janvier son dernier texte Retour définitif et durable
de l'être aimé.
"Elle dort elle est constituée d'un grand nombre de cellules,
elles-mêmes composées d'une multitude de particules atomiques,
elle a l'air imbécile, ses particules ne le sont pas, elles
vibrent d'un mouvement énorme à une vitesse d'agitation
de plusieurs kilomètres par seconde, qui maintient sa température
dans les limites du vivable, c'est ce qui est écrit, je lis
ce qui est écrit c'est ma spécialité."
On entre dans ces mots-là d'une seule brasse, la vie comme
un baume sur un deuil à faire, le "retour" n'étant
pas forcément un retour vers mais peut-être le retour
au néant, à la poussière d'avant l'existence,
à la fiction d'ai-je été un jour, comme en témoigne
la photo incolore de Super-sur, retour définitif et durable
de super-sur en deux dimensions. Super Sur, ou amante,
ou je ne sais quel être qui manque, ça manque l'amour,
alors on se thérapeute de toutes les fictions, on a le corps
qui tient de la place, et la température du corps, et son image
à l'échelle des paysages, des mondes habillés
de figures qui parlent de ton teint pâle et de ta météo-dépendance,
toutes les religions et leurs répliques, tout ce qui aurait
pu être, tiens si, et là on pourrait. Tous les rôles
par procuration répertoriés réels.
Observation méticuleuse mais burlesque des espaces vides.
Et là où l'écriture détonne c'est dans
sa capacité d'être au présent, toujours ici et
maintenant, maintenant à cette minute aujourd'hui gros plan,
attention acérée au monde, hyper sensations et pertes
des limites, bains d'espace et de paroles, les images se répondent,
poésie immédiatement palpable, c'est-à-dire somatisable.
Le monde brûle son réel, quand quelqu'un meurt on ne
sait plus si l'on est soi-même encore au monde, ou entre deux
mondes, ou proche d'un espace à inventer où l'on pourrait
égaliser sur la question.
Belle au bois dormant par voie orale.
Non là où c'est bien Olivier Cadiot, c'est l'écorchure
sans le lamento, le cri sans larsen; naturellement ma mère
est un poisson, naturellement si j'étais, encore du théâtre
et comme si, de l'enfance,
progressivement j'essaye, et j'essaye encore, et j'ai lu, et on m'a
dit. On rit on rit on rit.
Je deviens celle qui me manque je lui ressemble c'est peut-être
moi qui suis mort mais qui est mort ?
Si je suis mort.
Et à partir de combien en dessous de 0° on meurt
?
Allez, glissez donc, votre douleur c'est du beurre, elle joue, et
c'est définitif et durable. Léger ?
Olivier Cadiot : Retour définitif et durable de lêtre
aimé - Editions P.O.L., 260 pages
Mouche
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