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Ex-danseur
de la compagnie Bagouet, fondateur de sa propre compagnie en 1990,
Christian Bourigault vient nous danser F. et Stein, un solo à
deux créé en 1983, par Dominique Bagouet et Sven Lava,
musicien de punk/rock.
A l'époque, ce spectacle est arrivé sur scène
comme un jaillissement électrique, débridé, venu
de nulle part. Survolté, désarticulé, Bagouet
allait dans tous les sens, laissant apparaître les multiples
visages de la folie, de la schizophrénie, avec un corps tendu,
distendu, comme ravivé par la souffrance et tous les démons
de l'intérieur. Aujourd'hui encore, il hante nos mémoires...
Non, Il ne faut pas échapper à ce spectacle !
F. et Stein, c'était il y a 20 ans. Est-ce que l'on peut
rappeler son sens et en quoi, cette pièce est fondamentale
dans le travail de Dominique Bagouet ?
F. et Stein, c'est le thème de la mutation, de la transformation,
il va chercher les monstres qui sont en nous. Dominique a laissé
peu de traces de ce spectacle. Il est bien sûr parti de Frankenstein,
le savant qui crée sa créature et qui finalement est
dépassé par elle. Il l'a créée en 1983,
avant sa période riche, Le Crawl de Lucien, Assai, Le Saut
de l'ange
C'est comme si c'était une pièce germinatoire,
comme s'il était aller chercher au fond de la terre tous les
fils qui lui ont permis de créer toutes ses pièces suivantes.
On sent dans cette pièce tout le style de Bagouet qui a priori
pouvait paraître très distancié. On sent l'origine
de son écriture, elle vient de la chair, elle vient de l'homme
même. C'est une pièce très intime, avec une forme
débridée, grotesque, démesurée, une anti-thèse
de luvre de Bagouet. Pour moi, c'était une nécessité
de montrer l'autre côté de son uvre, celui de la
faille, de la fracture, qui pose la question de l'être par rapport
à la vie, c'est une pièce à l'état brut,
radicalement différente de toutes les autres. Elle va dans
tous les sens, avec de l'improvisation, une architecture à
partir de 5 personnages, ce n'est pas de la construction savante,
c'est une pièce à l'arraché. Je voulais absolument
montrer cet être livré à lui même, schizophrénique,
qui évolue sur la dualité de l'instinct et de la maîtrise
des choses.
Comment vous êtes-vous réapproprié la chorégraphie
?
Dans ce spectacle, il y a des parties très écrites et
d'autres improvisées. Il y a des choses que je reprends exactement
comme il les a faites, d'autres que j'ai plus écrites, et puis
il y a les parties improvisées. Je ne les ai pas reproduites
telles quelles, j'en ai gardé non pas la forme mais l'esprit.
Je n'ai pas le même corps que Dominique, cela change forcément
les choses. Lui c'était plutôt un cabri, il faisait par
exemple des bonds hallucinants sur scène, mon corps est plus
puissant, je ne peux pas bouger tout le temps de la même manière.
Travailler ce spectacle, c'était aussi se poser la question
de l'identité d'une uvre. Lorsque nous dansions avec
Dominique, nous avions tous l'impression d'être des gens uniques,
que personne ne pouvait danser comme chacun d'entre nous. Or depuis
sa mort, beaucoup de danseurs de la compagnie ont fait d'autres spectacles,
ses pièces ont été dansées par d'autres
interprètes. Me réapproprier cette pièce, c'était
m'attaquer "au corps du maître", m'attaquer à
l'origine des choses, à une pièce portée par
lui seul et qu'il n'avait jamais transmise. On est dans l'ordre de
l'intouchable, lié à l'intime de Dominique Bagouet.
Et pour vous quel sens a cette ré-interprétation,
en quoi a-t-elle modifié votre propre travail de chorégraphe
et de danseur ?
Cette ré-interprétation se situe à un moment
clé de mon trajet de chorégraphe et d'artiste. Jusqu'alors,
j'avais la sensation de m'enfermer dans une écriture trop formelle
et j'avais envie de chercher plus de théâtralité,
plus d'émotions, d'avoir la sensation de lâcher plus
de choses. J'ai traversé physiquement F. et Stein. Cela m'a
permis d'aller dans des directions où je ne pensais pas pouvoir
aller, de découvrir des sphères plus intimes, plus profondes.
Et plus j'avance dans ma réflexion, plus je m'éloigne
de l'écriture pure pour mieux comprendre ce qu'est l'humain.
Quand je dis que je m'éloigne de l'écriture, je veux
dire que le corps n'est plus utilisé comme l'émetteur
de signes mais qu'il fait au contraire référence à
l'être qui le porte.
On vous retrouve au Toboggan, mais également dans le cadre
du festival Chaos Danse, avec une pièce différente.
Oui, c'est également un solo dont le titre est Sur/ sous exposé.
Il s'agit d'un travail qui montre comment un corps est sensible dans
un espace lumineux. Il n'y a aucun projecteur, seulement un film de
lumière provoqué par un vidéo/projecteur qui
projette des états lumineux, accompagné d'un matériau
sonore qui s'étend de l'infra-basse au sur-aigüe. Tous
ces matériaux ont été élaborés
en référence aux notions de sur-exposition et de sous-exposition
qui renvoient à ce que l'on dévoile et ce que l'on cache
de soi. La danse est composée à partir de la composition
même de la lumière. C'est ici plus une recherche sur
les lignes, l'espace et le temps ou comment les corps accompagnent
l'espace défini.
Martine
Pullara
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