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"L'histoire
du rock'n'roll est obscurcie par beaucoup de méconnaissance
et d'ignorance, ainsi que par grand nombre de mensonges. Il y a des
gens qui croient que le rock'n'roll a jailli tout d'un coup, comme
par magie ; qu'un jeune homme appelé Elvis Presley s'est levé
un beau matin, a trempé son peigne dans l'eau, a coiffé
ses cheveux en banane, a déboulé et a créé
- Dieu merci, Alan freed était là pour lui donner un
nom - le rock'n'roll " extrait de l'impératif livre de
Nick Tosches Héros oubliés du rock'n'roll (Editions
Allia, 317 pages, 120F.)
Il est souvent question de bruit dans ce qu'on appelle le rock, allié
à l'imagerie sexe, sueur et rock'n'roll. Les icônes,
ceux de la déjà longue histoire d'une musique dont on
se plaît à prédire depuis des lustres la fin,
sont depuis belle lurette dans le panthéon. Finalement cette
musique n'est heureusement pas faite que de bruit.
Et puis il y a le rock français, une autre histoire, qui fit
les beaux jours des 60's, voire plus et qui s'évertue dans
son histoire à penser trop souvent que rock rime avec adolescence,
même si celle-ci est en droit d'exister. Des Forbans à
Téléphone, des Martin Circus à Matmatah, de Bijou
à Manau, les exemples sont nombreux pour montrer le désastre
d'une langue pourtant mature mais qui se marie rarement avec qualité
avec ce vieux rock'n roll.
Heureusement, il y a toujours le dessus du panier, Noir Désir,
Bashung, Expérience et évidemment Kat Onoma, grand seigneur
et toujours sur la durée, l'aventure des accords de guitares
et le sens des mots, une forme de prégnance dans la déconstruction
du rock, ont fait de Kat Onoma et de sa tête parlante, Rodolphe
Burger, un objet mal identifiable dans ce que l'on nomme le rock français,
restrictif. La musique de Kat Onoma est trop large pour poser à
côté de ce vocable qui sent l'étranglement et
la barrière de la langue.
Fi des mots et des langages, les clichés du rock sont remisés
dans les vestiaires, savourons maintenant.
Cheval-mouvement un monument. A écouter les yeux ouverts ou
fermés, mais l'esprit ouvert. Family dingo, quatrième
titre du dernier album et encore un texte d'Olivier Cadiot, l'homme
de Cheval-mouvement, délice de la langue. Toujours un peu frappé.
Family dingo et sa batterie drum'n'bass, quelques couches de sons
et les mots : "Deep là où nous vivons dedans oui
nous vivons dedans - Retour maison dring-dring come in quoi de neuf
cold ?". La musique et les mots en parfaite union, à déguster
comme quelque chose de rare, car rare est cette intelligence musicale
dans ce beau pays qui sifflote la bière, le chant guerrier
des stades et la malchance de ne pas découvrir ses réels
talents. Tant pis, tant mieux, nous, on garde Kat Onoma au chaud dans
nos curs et dans la tête.
L'évasion pour pas cher, garantie sans lassitude, plus de treize
années à écouter Stock phrases, découvrir
les textes de Thomas Lago : Lifeguard's ditty "Sous le soleil
mangeur de viande, j'aime me pencher et inspecter ton corps endormi
sur le sol. Sous le soleil grain de moutarde, j'aime ramper jusqu'à
ta nuque et voir au fond de ton oreille. Sous le soleil grain de mangeur
de viande, j'aime atterrir comme une mouche et t'envoyer du sable
dans l'il. Sous le soleil grain de moutarde, je contemplerai
tes orteils et je placerai des crevettes roses dans tes narines. Le
ciel est bleu, toi aussi." en anglais dans le disque.
Ceux de Pierre Alferi en français.
La langue rampe, nomade, avec altérité, comme une ligne
de démarcation entre l'univers Kat Onomien et le reste. Pour
la musique, la source est inépuisable puisque le sieur Burger
se joue des badinages et des caquetages. Point d'honneur à
une musique qui rencontre la libération du son cher à
Ornette Coleman et la nourriture sonic(que) du Velvet. Grands frères.
Et les hommages à Cochran ou Vincent, pour laisser le temps
filer jusqu'au Radioactivity de Kraftwerk. Beau parcours.
La littérature en effervescence, à lire dans les pochettes
des albums. Des textes à renverser la tête Magic de Jack
Spicer en anglais dans le dernier album . Nouvel album, figure angulaire
cimentée dans l'histoire du Kat Onoma, toujours sur ses gardes,
le groupe n'est pas encore prêt pour le sommeil. Novateur, avec
ce sens des mélodies qui flirtent avec distinction sur les
hauteurs perceptibles des musiques.
La chaleur de la voix de Rodolphe Burger en prime.
Enfin en concert à Lyon, absents depuis
cinq longues
années, les Kat Onoma seront en concert le 12 mai au Ninkasi/Kao.
04 72 76 89 00
L'occasion d'en voir un peu plus sur les nombreux centres d'intérêt
de Rodolphe Burger sera possible entre le 7 juin et 7 juillet, puisque
La BF 15 propose une exposition de Pierre Alferi et de Rodolphe Burger
sur une proposition de Jean-Pierre Rehm. Image, texte et son avec
une présence diurne sonore et une présence nocturne
visuelle, et une rencontre avec les auteurs le 8 mai.
Bruno
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