J
et Paul. Paul & Joe. Ça sonne plutôt bien et cela
fait 25 ans que ça dure, avec une galerie de souvenirs à
la clef. Sans nostalgie non, juste un sourire rageur et des images,
des images. Un écran coupé en deux, pareil au générique
des Persuaders ; J en nage d'un côté avec sa voix
rocailleuse et sa dent cassée, hurle au public Stay free
! avant d'enchaîner une punky reggæ party sur une
reprise de Lee Perry ; Paul de l'autre, le timbre soul power d'un
Curtis Mayfield blanc et la rickenbacker en bandoulière, semble
voltiger au-dessus de la scène, en digne héritier des
Who, Kings et autres Small Faces. Je jouais encore aux billes quand
sur l'autre rive de l'English Channel, J et Paul mariaient avec
raison leur héritage de la musique black et le punk rock des
jeunes prolos britanniques. Entre temps, la déferlante de '77
avait rafraîchi le monde la pop music de ses dinosaures progressistes
et derniers monstres sacrés à poils longs... quoique
?
Deux groupes parviendraient à surfer sur cette nouvelle vague
jusqu'au top des charts et ce, pendant plusieurs albums : le Clash
de J et le jam de Paul.
Chacun d'un côté de l'écran. Deux entités
musicales différentes dans le grand Londres des années
Tatcher mais générant la même énergie dévastatrice
sur les ondes et sur les planches. Bientôt, J et Paul
saliveraient de sueur communicative dans tous les micros de la planète
!
Lost in the supermarket et Down in the tube station at midnight, Police
& thieves ou Thick as thieves, London calling et Town called malice...
Autant de "standards" que my generation allait rapidement
reprendre en cur dans moult caves humides...
Parenthèses et siècle refermés, Clash et Jam
au panthéon des années '80, J et Paul continuèrent
leur chemin, pas toujours de la façon la plus heureuse mais
sans jamais perdre la fièvre dans la voix et la rage au ventre
qui les caractérisaient "when they were kings". Ils
ressemblent aujourd'hui à de jeunes quadragénaires accomplis
et surtout pas rassasiés; preuve en est ces deux disques.
J s'est associé à quelques mescaleros (salut les
frangins...) pour un album paru cet été, simplement
incontournable. J la force tranquille et ses textes en profondeur,
scotchés sur des musiques du monde entier, entre dub, folk
et rock éclectique. Un peu comme un Manu Chao dans une division
supérieure. "Hit the road Joe !", ton Global a gogo
en double vinyls est un objet superbe.
Quant à Paul, il est parti seul avec sa guitare sèche
sur les routes d'Europe pour enregistrer ce live entièrement
acoustique. Juste sa voix et quelques accords sur six cordes ; au
bout du chemin, le bonheur des choses simples et de la réverbération.
Entre tous les titres qui correspondent à sa carrière
solo, Paul reprend English rose ou Thath's entertainment, et cela
laisse songeur, voire un peu plus que ça. La voix grave de
Paul résonne sans aucune ride. Les fans apprécieront,
les autres aussi peut-être...
Chacun de leur côté de l'écran, comme des persuadés
que rien n'arrête, J et Paul arpentent encore les rives
de la musique, objectif plénitude. J et Paul, sacrés
bonhommes, merci pour eux.
Laurent
Zine |