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Où
trois labels, parmi les plus excitants du moment, qu'on n'entend presque
nulle part mais bientôt partout, pour donner quelques envies d'écouter
ailleurs.
Souvenir d'un aller-retour : Nantes, 31 décembre 1999, festival
fin de siècle, dans l'immense usine LU transformée
en Lieu Unique et complexe culturel branché, la fête bat
son plein sur fond de musique techno. Nous sommes quelques-uns exilés
à l'étage dans une petite salle capitonnée. Peter
Rehberg est là, 23h59, il ouvre sa veste noire sur un superbe
t-shirt Fuck the Millenium, boit un coup de champagne au goulot et allume
son Power Book. Combien y a-t-il d'enceintes dans cette pièce
? Les sonorités tourbillonnent, vous bousculent les neurones
jusqu'à vous perdre dans un espace instable, vingt minutes de
rythmes comme des coups, secs et coupants, éprouvant, déroutant
: pas une note et soudain, une mélodie, un peu niaise, facile
à fredonner, qui jaillit comme une lumière. On croirait
reconnaître des cordes, un quatuor, et puis des voix au loin,
comme un cur, mais repris à l'envers, puis à l'endroit,
malaxé, renversé par la machine qui maintenant sature
tout. Ca monte, ça monte, plus que de raison, la petite ritournelle
est toujours là, sur-amplifiée, électrisée,
forcée jusqu'à ce point ultime, cette apogée :
orgasme sonique où bruit et mélodie luttent pour leur
survie. Et ça retombe, aussi subitement que c'était venu,
après quelques hoquets du Mach, le processeur poussé à
bout. Stop. En sortant un ahuri à base de lunettes en forme de
2000 nous agresse avec ses vux, la foule qui danse
la musique
est forte en bas mais tellement moins puissante qu'en haut.
Voilà, c'était PITA. L'album s'appelle Get out, c'est
sûrement l'un des disques fondateurs de cette nouvelle musique
électronique qui s'émancipe de plus en plus de ses origines
hybrides (à la fois le côté bestial de la techno
et plus cérébral des musiques jadis dites contemporaines,
acousmatiques et autres
).
C'est aussi le produit d'un label exemplaire : MEGO, fondé en
partie par Rehberg. Peut-être le catalogue le plus pointu à
l'heure actuelle, le petit dernier vient de sortir, c'est un solo de
Ilpo Väisänen, l'un des deux rejetons de Pan'sonic. On citera
encore chez Mego l'indispensable Hotel paral.lel de Christian Fennesz,
moins homogène et expérimental que Get out mais aussi
plus humain, un disque qui regorge de sons d'une rare beauté
: ondes inouïes derrière lesquelles se cachent souvent des
grooves irrésistibles.
Impossible de ne pas citer MILLE PLATEAUX, label né d'un hommage
à Gille Deleuze, qui s'est beaucoup diversifié, pas toujours
à l'abri du mauvais goût, on recommandera pour se faire
une bonne idée les excellentes compilations Modulation &
transformation (et notamment la quatrième qui réunit en
3 cd des gens aussi passionnants que Christophe Charles, Terre Thaemlitz,
Rehberg encore, Scanner ou Dean Roberts dont il faut écouter
All cracked Medias
). Mais pour beaucoup, Mille Plateaux reste
le premier label d'Oval avec ce disque devenu mythique : Systemisch.
Déjà sept ans et toujours aussi révolutionnaire
(même si on en croise une bribe dans une pub pour parfum italien
!) pop et musique électronique y fusionnent sans douleur, avec
une douceur extrême, dans une symphonie d'accidents électriques,
de CD qui dérapent. Aujourd'hui Oval se résume à
Markus Popp qui continue avec la même exigence et la même
facilité apparente à surprendre et séduire, son
dernier Ovalprocess est sorti chez Zomba et c'est son plus dense et
cohérent depuis Systemisch. Au même titre que Peter Rehberg,
il faut voir Popp en concert, à la fois timide et passionné
derrière son portable.
Dans l'esprit de ses débuts, Mille Plateaux a accouché
d'un sous-label encore jeune : RITORNELL (la ritournelle chère
à Deleuze
). Des disques blancs, l'artiste y est à
peine mentionné et la musique souvent minimale à l'image
de l'emballage mais pas sans quelques fulgurances harmoniques : par
exemple dans Live a noir d'Autopoieses où l'électronique
semble d'abord se faire organique, musiques d'insectes mélomanes
qui vire au merveilleux. Avec Ritornell on reste toujours aussi dans
cette logique de recyclage du support digital, augurée par Markus
Popp, à l'instar d'un Christian Marclay avec ses vinyls, ces
artistes poussent et détournent le cd, font du support même
leur instrument. L'auditeur est également invité à
changer sa manière d'écouter (Popp nous avait déjà
montré combien il peut être intéressant de s'amuser
avec les touches d'avance et de recul rapide
) en faisant intervenir
le hasard par exemple. Le disque Random industries comporte 99 plages
très courtes dont on conseille l'écoute à l'aide
des fonctions "random" ou "shuffle" du lecteur.
A ne pas rater enfin, la compile sans titre (c'est le n0 10) où
l'on retrouve pas mal de gens susmentionnés et quelques joyaux
(Albrecht Kunze, Full Swing).
Voilà quelques pistes parmi d'autres, des musiques qui ouvrent
les oreilles et rendent la vie beaucoup plus marrante (à force
d'écouter ce genre de choses, on risque de prendre son pied à
l'écoute d'une alarme, ou du son subtil que peuvent faire deux
plaques à induction
j'aurai prévenu !). Et puis
sans Peter Rehberg, Markus Popp et consort, pas certain que le dernier
Radiohead (pour n'en citer qu'un) ait vu le jour.
Pour finir quelques bonnes adresses où trouver ces disques aussi
rares que les meilleurs truffes :
Métamkine : metamkine.free.fr
Mégo : www.mego.at
Force Inc. Music Works : shop.force-inc.com
Vincent
Domeyne
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