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Le Pez
ner c'est fini
triste et accablant constat qui secouait les amateurs
de musiques différentes au début de l'été
dernier. Quelques rumeurs continuaient d'arriver jusqu'à nos
oreilles esseulées sur un éventuel sursaut et puis non,
plus rien. Cette salle, avec sa programmation courageuse mais risquée,
s'était rendue indispensable après quatre années
d'activité. Les quelques concerts organisés depuis le
mois de septembre par des associations lyonnaises (De Facto, High Blend,
SK productions
) dans des lieux pas toujours adéquats n'y
ont rien fait : le Pez ner nous manquait bel et bien. Combien de groupes,
de musiques avons nous découverts en allant presque par hasard
un soir assister à un concert simplement parce qu'il avait lieu
au Pez ner ? Triste hommage que celui inspiré par le vide de
l'ennui
Mais à tous ceux qui pensaient trop tard ou même
impossible, l'équipe du Pez ner a décidé de répondre,
de réagir : la salle rouvre bien ses portes, le lieu a quelque
peu changé de configuration, la programmation est une fois de
plus alléchante -bref, l'envie est toujours là.
Quand vous entrez par la nouvelle porte, vous pouvez découvrir
pêle-mêle un nouvel espace presque indépendant du
reste de la salle avec un deuxième bar. Plus loin, la scène
occupe désormais une place plus réduite qui suffit tout
de même à accueillir des groupes comme avant, mais l'endroit
a visiblement changé : d'une simple salle de concert, le Pez
ner se transforme peu à peu en un lieu pluridimensionnel où
les musiques pourront se mélanger, les sons s'entrecroiser au
gré des envies du visiteur. D'autant plus qu'il n'y aura pas
que des musiciens qui viendront se produire au Pez ner, son équipe
souhaitant notamment ouvrir la programmation aux musiques électroniques,
propices aux diffusions multiples. De la même façon, le
Pez ner devrait multiplier les locations et les coproductions, des locations
en adéquation avec les aspirations musicales du lieu et qui seront
aussi la principale source de revenus de la salle car les subventions,
les négociations avec les collectivités locales c'est
bel et bien fini. Il va désormais falloir naviguer entre rigueur
économique et exigence musicale, nouveau pari à relever.
Le Pez ner va devoir retrouver un public, redonner des habitudes, surprendre
et faire découvrir sans risquer sa peau. Il y a du courage là-dessous.
Cela commence le 02 mars avec une soirée dub : Kaly suivi par
des DJs et sound system. Le 08 mars c'est le festival des alternatives
avec Costes. La première soirée estampillée découverte
aura lieu le 10 mars avec le label Table Of The Elements. Regroupant
des artistes aussi différents et essentiels que Tony Conrad,
Faust, Gate, Bernhard Günter, John Fahey, Table Of The Elements
organise une tournée européenne afin de mieux se faire
connaître (en France par exemple il est très mal distribué,
voire pas du tout) et surtout de lancer ses deux nouveaux poulains :
San Agustin et Presocratics. San Agustin est un trio guitares et batterie
jouant dans un registre atmosphérique et évolutif : une
musique longue et ascendante tirant le meilleur parti du bruit et de
l'improvisation. Le cas de Presocratics est plus complexe : alternant
pièces quasi électroacoustiques et pop songs décalées
ou mielleuses, le groupe a trop rapidement été comparé
à Gastr Del Sol. Au-delà des similitudes, Présocratics
développe un univers parallèle et presque labyrinthique
frisant l'incongruité. Toujours pour la même soirée,
Jeff Hunt, boss de Table Of The Elements se transformera en DJ permettant
ainsi de découvrir le catalogue de son label.
Le 15 mars sera la véritable soirée de réouverture
du Pezner. C'est un concert gratuit et il y aura parmi d'autres choses
Oxes, jeune trio américain perpétuant une certaine tradition
noise forgée du côté de Chicago. Tout comme Don
Caballero à qui ils font sans conteste penser, Oxes enfile les
riffs de guitares plombées et débridées sur fond
de pilonnage de batterie : leur musique est énergique comme leurs
concerts qui, paraît-il, sont époustouflants car les deux
guitaristes jouent sans fil. D'ailleurs leurs deux disques (dont un
excellent split avec les regrettés Big'n) témoigne de
cette effervescence : la musique d'Oxes doit se goûter avant tout
sur scène. La suite de cette soirée est annoncée
plus groove et plus festive, ouverture oblige.
Le 28 mars aura lieu un véritable événement avec
la venue de Bonnie Prince Billy. Si ce nom ne vous dit rien et bien
sachez qu'il s'agit d'un des nombreux projets de Will Oldman, l'homme
de Palace que l'on ne présente plus. Les occasions sont rares
de pouvoir ainsi goûter à la pop nostalgique de ce poète
nonchalant (avec des paroles absolument pas traumatisantes pour un sou).
Sur disque il se fait accompagner par David Pajo, Mick Turner (de Dirty
Three), sa femme et petit frère : seront-ils tous au rendez-vous
? Plus sérieusement, la voix si particulière de Will Oldman
sert à merveille des atmosphères embrumées et enrobées
de gras lyophilisé qui échappent à la niaiserie
quasi contingente du genre. La sécheresse d'un vent du Sud soufflant
sur un corps écorché vif et des histoires personnelles
qui nous concernent tous.
Le 29 mars, c'est Techno Animal (Kevin Martin et Justin K Broadrick)
qui reviennent. Ce groupe, fondé par des éminents membres
de la scène anglaise développe une drum'n'bass déviante,
mâtinée de hip-hop mutant, très agressive et bourrée
de basses monstrueuses. A ce titre, leur dernier maxi sorti par Matador
et qu'ils partagent avec les excellents Dälek est un modèle
d'oppression technoïde.
Il y aura peut-être d'autres (bonnes) surprises dans la programmation
du Pez ner pour ce mois de mars mais quoi qu'il en soit sont déjà
annoncés pour le mois d'avril quelques rendez-vous de taille
: Kreidler le 07, Blonde RedHead le 18, les Hard Ons et Garlic Frog
Diet le 21 et surtout The Ex (dont le nouvel album sort sur Vicious
Circle) le 25. Alors il ne faut pas hésiter : les occasions sont
rares et il n'y aura peut-être pas de prochaine fois. Une programmation
intelligente et éclectique, des places à bas prix, une
salle en accord avec nos envies et notre curiosité : ne laissons
pas filer le Pez ner sans rien faire.
Guillaume
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