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C'était excellent la pintade, comment tu la prépares
?
- Oh c'est pas compliqué, pour quatre personnes il te faut
au fait, t'oublies pas qu'on a l'article sur le concert de Neil Young
à faire ?
- T'inquiète on verra plus tard, dis-moi la recette d'abord.
- De toute façon, le concert à Vienne c'est le 17 juillet,
on a le temps. Je te disais donc pour quatre personnes tu prends déjà
une bonne pintade d'un kilo, un kilo cinq. L'idéal, c'est de
le faire dans un wok, mais bon ça marche très bien aussi
dans n'importe quel faitout
Alors, pendant que tu fais revenir
les lardons dans un peu d'huile d'olive tu commences par couper deux
carottes et quelques oignons en petits morceaux que tu fais revenir
ensuite séparément. Tu mets tout ça dans une
assiette et tu saisis la pintade à feu vif dans le gras
- Tu mets les abats avec j'imagine ?
- Ah oui, bien sûr, surtout que je m'en sers après avoir
fait dorer la pintade, pour obtenir un fond de sauce. A ce moment-là
tu jettes le gras et tu déglaces avec une cuillère de
vin blanc. Ça doit un peu s'évaporer, mais tu baisses
très vite le feu. Alors moi j'ajoute un peu de margarine pour
que ça n'attache pas mais ce n'est pas une obligation, je sais
que toi par exemple t'es contre ces trucs-là
- Oui, moi à part le beurre et l'huile
Tu sais quand
même que la margarine a été plus ou moins créée
par le lobby américain du colza.
- Je vois, tu te la joues rebelle à la José Bové
- Non, c'est simplement que je préfère le truc authentique
à l'imitation
Neil Young par exemple je suis sûr
qu'il déteste ça, la margarine.
- C'est vrai, là tu marques un point
il y a un monde
entre le beurre et une margarine quelconque comme il y a un monde
entre Neil Young et un Clapton. Quand je repense au concert en hommage
à Dylan en 93 où Clapton massacre Dont think twice en
une espèce de blues baveux alors que Neil Young sur All along
the watchtower avec le même orchestre de baltringues enfonce
tous les autres au niveau du son, de l'énergie
du vrai,
quoi.
- Ben oui, Neil Young est canadien : il vient de là où
on coupe du bois
Ta margarine, à part le soi-disant intérêt
pour le cholestérol, ça a l'avantage de ne pas attacher
mais ça sonne faux. Le beurre, ça crame parfois la casserole,
mais c'est toujours meilleur. Neil Young, c'est pareil : il te crame
les oreilles quand il joue électrique avec le Crazy Horse,
mais ça sonne et c'est toujours bon.
- On tient peut-être une idée pour l'article avec cette
histoire de beurre. Parce que Neil Young, comme le beurre, ça
peut dépendre de la cuisson. Par exemple il y a des disques
comme Harvest ou même la musique du film Dead man (pourtant
électrique), qui me semblent moins puissants. Alors que je
le trouve inégalable avec le Crazy Horse, sur Ragged glory
ou Weld.
- C'est vrai que l'idée est bonne. Pour moi le Neil Young acoustique,
c'est la quintessence du folk, un peu comme la noisette de beurre
qui est toujours impeccable (j'adore Harvest pour ça), et le
Neil Young électrique, c'est clairement l'âme du rock.
De toute façon ça fait longtemps qu'il mélange
les deux styles en concert.
- Et les concerts avec le Crazy Horse, j'imagine que c'est la tuerie
à chaque fois, pour ce que j'ai vu dans Year of the horse le
film de Jarmush, on y voit d'ailleurs le théâtre antique
de Vienne lors de son passage en 97. Tu y étais toi, espèce
de saligaud !
- Oui, ça ne s'oublie pas ! Le film montre d'ailleurs bien
cette histoire d'authenticité dans la scène où
l'un des membres du Crazy Horse explique qu'ils préfèrent
jouer sur des vieux amplis en bois. La puissance qu'ils dégagent
de ces petits amplis est très surprenante. Tu en as eu un bon
aperçu dans le film de Jarmush, tout comme dans le mythique
Rust never sleep, mais ça reste difficile de mesurer le raz-de-marée
sonore du groupe en concert si on n'a vu que les films. Et puis il
y a aussi ces passages acoustiques où Neil Young est le plus
souvent seul : je me souviens encore de ces hymnes qui emplissaient
le théâtre antique
Même si tu ne les connais
pas tu es tout de suite conquis. Plus de deux heures de concert et
pas une seconde d'ennui. LA claque.
- Bref, vivement le 17, ça fait du bien de temps en temps de
se prendre un paquet de décibels dans le ventre.
- Et tu peux être sûr qu'avec eux la mayonnaise prend
à chaque fois. Si quelqu'un connaît la recette pour faire
un bon concert de rock, c'est bien Neil Young avec le Crazy Horse
Et ta pintade au fait ?
- Ah oui, où en étais-je ? Avant de faire cuire à
l'étouffée tu rajoutes un bouquet garni et je te conseille
même, vieux truc de grand-mère, de mettre un petit-suisse
dans la pintade
évidemment tu sales, tu poivres, et tu
comptes une heure, une heure et demi en retournant régulièrement
la bête. Voilà, tu prends ce que tu veux en accompagnement
: riz, purée
ou encore mieux, polenta avec un peu d'ail
et de gruyère.
- Une recette authentique en quelque sorte
Alors on se le fait
cet article ?
- Oh ! je crois que ça y est. Il est torché l'article."
Eric
Jaligot et Vincent Domeyne |