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2001

JANVIER N°56
Tiken Jah Fakoly
Eugène Chadbourne
Pierre Alain Jaffrenou
Mouche de là
Antigone
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Stanislas Nordey

FEVRIER N°57
Les Têtes Raides
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Françoiz Breut
Mouche de là
Pita, Peter Rehberg et Ritornell

MARS N°58
Le Pez Ner
James Ellroy (1ère partie)
Anne Teresa De Keersmaeker
Jean-Luc Godard
Mouche de là

AVRIL N°59
Expérience
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Blonde Redhead
Mouche de là
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MAI N°60
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Mouche de là
Robert Ménard
James Ellroy (2ème partie)
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JUIN N°61/62
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Nick Cave
Le droit des étrangers
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SEPTEMBRE N°63
Chronique Express
Galerie le Réverbère
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Babylone's Burning
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Pan Sonic, Christian Fennesz

OCTOBRE N°64
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Meï Teï Shô
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Doc en courts
Joe Strummer, Paul Weller
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NOVEMBRE N°65
Pierre Carles
David Lynch
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DECEMBRE N°66
Dominique Boivin
Gwenaël Morin
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Aleksandar Hemon, Rafael Torres
Japanese Independent Music
Colum McCann

  OCTOBRE N°64  



 

Meï Teï Shô
African Air Swing...

On l'attendait impatiemment ce premier album de Meï Teï Shô et voilà qu'il arrive dans les bacs le 16 octobre pour insuffler un air résolument shô sur les musiques (dites) actuelles. On l'attendait parce que depuis trois ans, le groupe nous avait habitués à des concerts de haute voltige millimétrée en version alchimique afro jungle jazz, appellation incontrôlable pour musique non figée. On l'attendait aussi parce que Meï Teï Shô avait choisi Varoujan comme producteur (6 cordes chez Condense, BO Baise-moi...) et Wilo aux prises de sons, pour l'aider à franchir un nouveau pallier discographique. Voilà qui est fait, on n'a plus longtemps à attendre avant que Xam sa bop (Yotanka/Small Axe/Tripsichord) envahisse nécessairement les platines d'un peuple avide d'African nervous dub - dixit Jean Gomis, chanteur et parolier, rencontré entre temps chez lui à la Croix-Rousse...

Assis en tailleur le sourire aux lèvres, Jean attend tranquillement que le thé finisse d'infuser alors que le dernier soleil de septembre s'amuse encore à filtrer à travers les stores, et tamiser nos visages qui n'en demandaient pas tant. Je lui ai demandé les traductions de certains textes de ce nouvel album, du fait qu'il chante aussi bien en Wolof qu'en anglais, créole portugais voire même mandjak. Tombent les feuilles de l'imprimante un peu tôt pour la saison ; quelque chose me dit que c'est vraisemblablement dans une langue universelle encore méconnue qu'il a écrit celui-là : "Je sais que certains feraient tout pour acquérir le plus de biens matériels, mais moi je n'y trouve aucun intérêt ; alors ils me demandent, quel est ton but ? Je leur réponds que je veux juste être un homme meilleur chaque jour que je vis (A Better man)". Assis en tailleur le sourire aux lèvres, je bois ces paroles avec le reste de la théière et l'automne peut attendre ; comme souvent à la première taf, j'ai un peu chaud aux oreilles mais je respire profondément la sagesse inhérente à ce texte et pense aux "anciens" qui auraient pu nous la transmettre, ceux qui respectaient au moins leur cadre de vie. Maintenant c'est, ici ou là-bas, partout en somme, on manque foutrement d'hommes meilleurs... et pourtant à l'impossible, je crois savoir que l'on est tenu ?
"L'histoire de l'homme meilleur intervient Jean, c'est simple et sans prétention aucune. J'ai seulement envie de dire aux gens qu'on leur ressemble et que l'on a les mêmes soucis qu'eux. Mais au-delà des problèmes matériels qui meublent nos existences, on ne devrait pas oublier que chaque jour est une occasion pour essayer de "s'élever", pour franchir les "barrières mentales" qui nous freinent dans la construction d'un état d'esprit neuf et durable, susceptible d'être transmis à nos enfants."
Un état d'esprit qui semble imprégner l'album dans ses moindres recoins jusqu'à son titre emblématique : Xam sa bop [ram sa bop].
"Cela vient d'un proverbe en wolof, <ku wët xam sa bop”. En substance ça veut dire : se connaître... dans la solitude, se révéler à soi-même, savoir qui on est et ce que l'on vaut... ensuite tout est histoire de dignité et de respect de l'autre.” Un proverbe pour le moins utile par les temps qui courent, à leur perte ?
Autres chansons, autres thèmes et autres atmosphères. Les “pleurs de l'âme” (Chora di alma), celles de ces femmes africaines condamnées à attendre leurs “baby soldiers” enrôlés de force pour on ne sait quel combat, le supplice de l'Algérie (Algeria) où la chair n'en finit plus de saigner ; et, comme sorti d'une époque révolue, l'impassible Joe Cool, activiste de son état, “investi” d'une mission de résistance, un micro à la main : “I got to get ready, I got to get strong... so tell the downpressers, the harder they come, the harder they fall !”
Portée par la puissante voix de Jean, la parole du Meï Teï Shô m'apparaît comme foncièrement universaliste. “Ou simplement humaine. Tout en restant lucide, on s'intéresse surtout à la communion entre les gens, alors qu'aujourd'hui comme hier, les “clans” stigmatisent les couleurs et les divisions...
A l'heure de l'Internet roi, cette toile d'araignée censée relier les hommes, les distances ne cessent de se creuser entre les peuples. J'y suis forcément sensible et reste persuadé que ce qui compte vraiment, ce sont les “rencontres de tout type” qui germent au sein de la
mosaïque humaine. Meï Teï Shô, c'est avant tout une histoire de rencontres. "
Mosaïque, le terme colle à la peau du collectif Meï Teï Shô qui fusionne allègrement les individus et les styles musicaux. Fusion jusqu'à la transe qui s'immisce subtilement tant sur scène où une part belle est laissée à l'improvisation, qu'en studio où forcement les plages sont définies.
Et cette transe est communicative, elle parle au corps comme à la tête et renvoie à une multitude d'images, à moult sensations auditives. Entre les oreilles, l'émulsion Xam sa bop se réalise. Je crois entendre maintenant la musique de quand la terre brûle... un condensé original mixant chaleur de l'âme africaine, fièvre rythmique jungle et ventilation jazz. Afro Jungle Jazz et beaucoup d'autres choses encore comme le dub, le toast, le rap, le reggae... qui ont dû bercer leur “tendre adolescence”. Meï Teï Shô en quelque sorte. Sur l'album, les sons clairs et définis favorisent l'écoute, la batterie aérienne semble comme suspendue au chant des cymbales et la fluidité du jeu met en valeur des chants qui causent au ventre. Un condensé (Y'a pas l'choix !) vraiment original, 7 temps contre vents et marées, pas obligatoirement une course à l'audimat. “C'est sûr que ce n'est pas forcement un disque à consommer rapidement... je crois qu'il y a une certaine clarté dans l'album qui devrait permettre justement une écoute de qualité et si possible prolongée ! C'est le fruit de notre travail avec Varou et Wilo et c'est la photographie du groupe aujourd'hui. Nous essayons avant tout avec Meï Teï Shô de faire quelque chose qui nous soit propre sans penser à reproduire tel ou tel standard des musiques que l'on écoute. Il n'est pas question de perdre en route notre personnalité, plutôt aller au bout de soi-même et d'un projet collectif. Au bout d'eux-mêmes, je leur fais confiance, ils iront; et pas plus tard que cet hiver pour une tournée de 30 dates de partout en France jusqu'à Berlin, Bratislava, Budapest…”
Et quand on lui parle du côté “Fela-ien” de Meï Teï Shô. “Franchement cela me fait plaisir mais aussi sourire parce qu'on ne s'est jamais dit : tiens faisons telle ou telle musique avec telle influence. Je n'ai pas non plus la prétention d'être un Fela, je n'ai pas eu sa vie ni connu son combat. En revanche ce sont des personnes comme Fela ou Bob Marley, James Brown ou Charly Mingus qui m'ont en quelque sorte donné la force de me prendre en main et de poursuivre mon chemin. Fela a marqué son époque c'est certain ; une référence à lui ne peut que s'accepter avec le sourire ! "
Et tant qu'à garder le sourire, s'en suit une discussion animée sur la qualification du Sénégal au “Mundial” en mettant de côté la surenchère indécente autour des joueurs pendant que des gamins du Pakistan continuent de fabriquer les ballons.
L'après-midi touche à sa fin, le fond de l'air sonore est clément, la petite fille de Jean se réveille. Bientôt elle aussi connaîtra tout le sens de Xam sa bop.

Laurent Zine