|
Il
y a avant tout ce même amour de la danse et de la musique dans
les chorégraphies de Anne Teresa De Keersmaeker, avec Drumming
elle nous livre une composition chorégraphique abstraite, qui
utilise toutes les combinaisons possibles, du solo aux compositions
de groupes, sans jamais s'arrêter, sans jamais nous lasser
une chorégraphie qui se fond dans le charme d'une musique pleine
de rythmes différents et qui tient toute l'énergie, toute
la précision, toute la poésie des danseurs.
Anne Teresa De Keersmaeker est née en Belgique, en 1960. De 1978
à 1980, elle étudie la danse à l'école Mudra
de Bruxelles, fondée par Maurice Béjart au sein de laquelle
elle sera formée par Fernand Schiren. Elle découvre ensuite
la post-modern dance aux Etats-Unis qui l'amènera à créer
Fase, sur une musique de Steve Reich, un spectacle minimaliste à
la répétition décalée de mouvements, qui
devient un succès international et lui permet de créer
sa propre compagnie ROSAS, en 1983. A partir de ces années-là,
elle devient une grande figure de la danse internationale. Elle crée
de nombreuses pièces à la recherche musicale et chorégraphique
très aboutie autour des musiques de Bela Bartok, John Cage, Yannis
Xenakis, Jean Sébastien Bach, Mozart, Linberg, Pierre Bartholomée,
Steve Reich, Thierry de Mey, Mozart, Berg, Schonberg....
La relation entre la musique et la danse devient assurément la
constante de son travail. Beaucoup parlent de concerts de danse
à propos de ses créations, tant elle tisse des liens complexes
et forts entre la gestuelle et la musique. En 1988, Ottone marque l'émergence
d'une nouvelle conception esthétique à la tonalité
plus baroque alors que la musique est de plus en plus invitée
à jouer en direct. Avec Achterland en 1990, une nouvelle étape
est franchie : les musiciens sont visuellement intégrés
à la scénographie et confrontés aux danseurs.
Pour Anne Teresa De Keesmaeker, la musique est primordiale. Elle est
une véritable architecture à explorer jusqu'à ses
fondations, pour en extraire la partition d'un véritable chant
visuel. Si la liste des compositeurs avec lesquels elle a travaillé
est impressionnante, Steve Reich est celui qu'elle aime retrouver. Il
a créé les musiques de Fase en 1982, Just before en 1997,
Rain en 2001
. Déjà utilisée partiellement
pour Just before (1ère section de la partition), l'uvre
musicale de Drumming, est à l'origine de la création éponyme
signée par la chorégraphe en 1998. C'est cette même
partition, dans sa totalité, qui fournit le titre et le matériau
musical de Drumming.
La chorégraphe part, tout comme dans la composition de Steve
Reich, d'une seule phrase gestuelle, qui est exploitée au maximum
et sans discontinuer pendant 1 heure, au moyen de combinaisons, variations
et transformations, renversements, accélérations, ralentissements...
Drumming emprunte une nouvelle quête du mouvement en soi et de
toutes les constructions formelles possibles au départ d'une
phrase.
La chorégraphe transpose, dans une matière chorégraphique,
des architectures musicales, en trouvant dans le modelé de la
danse des équivalences aux lignes mélodiques, effets de
dissonances ou d'harmonies, syncopes, contrepoints...
De soli en brefs mouvements d'ensemble, les danseurs, en courses, en
marches, s'élancent sur le plateau dans une fausse confusion,
pour une danse hypnotique, sans cesse réinventée et éprouvée.
Les trajectoires individuelles des danseurs constituent les fils de
la trame donnant toutes ses couleurs et sa complexité à
cette chorégraphie, véritable ensemble de combinaisons
et de variations fusionnelles.
Martine
Pullara
|