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2001

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  AVRIL N°59  



 

Expérience
à découvrir absolument

"Qu'est-ce qu'on est con à vingt ans, c'est clair mais quel plaisir on y prend, tu te rappelles, toujours à contredire, nous deux contre la terre entière, ce qui me rassure, c'est qu'on est encore capable d'en faire autant aujourd'hui, maintenant"
Loin du dernier album noir de Diabologum, Michel Cloup propose un nouvel opus, chant d'un artiste qui pousse les mots dans le quotidien, avec un regard limpide et une musique qui cherche les sons et les sonorités de notre époque. Une proposition presque en forme d'embellie, mais contenant tout de même une bonne dose de soubresauts. Album sortie le 20 mars chez Lithium, le nom du groupe : Experience, avec un titre d'album qui annonce le contenu : Aujourd'hui, maintenant.

Avant son passage à Lyon, rencontre avec Michel Cloup.


Comment s'est passé l'après Diabologum ?
Ça a été un petit peu long, il a fallu que je travaille pour que je sache ce que j'avais envie de faire, j'ai pris pas mal de temps pour avancer. J'ai fait pas mal de choses tout seul puisque l'idée de départ était de faire un disque solo, avec un huit pistes, un sampler et ma guitare. Au bout de quelques mois je m'ennuyais un petit peu derrière mon ordinateur et j'avais vraiment envie de jouer en live. Donc, j'ai cherché des musiciens pour jouer sur les chansons, qui pour la plupart existaient déjà. Malgré tout il y a sur le disque des morceaux en solo qui n'avaient pas besoin d'être retravaillés en groupe.
Depuis l'arrêt de Diabologum, Arnaud a sorti l'année passée un disque sous le nom de Programme, votre démarche semble malgré les écarts de langage et une radicalité différente, assez proche.
Nous avons travaillé ensemble sur trois albums avec Diabologum, c'est clair qu'il y a plus de ressemblance entre Programme et Expérience qu'entre Expérience et Autour de Lucie (rires), ça me semble assez logique. Je n'ai pas vraiment écouté l'album d'Arnaud pour être honnête, parce que je n'avais pas très envie d'écouter le disque étant en train de travailler sur le mien. Mais je pense que nous ne sommes pas tout à fait sur la même longueur d'onde, quand on entend les deux disques on comprend pourquoi Diabologum n'a pas continué.
L'usage des mots, c'est un exercice de style qui apparaît d'emblée à l'écoute de Aujourd'hui, maintenant, avec le quotidien en avant, la difficulté d'être.
J'avais vraiment envie de faire un disque dans la vraie vie, dans le quotidien, dans le réel. J'avais envie d'avoir une écriture un peu plus simple que Diabologum au niveau des textes, même si on n'est jamais dans l'extrême opposé, échapper à l'aspect froid, faire quelque chose de plus touchant, parler un peu de moi en espérant que ça puisse parler aux gens, un peu détaché de l'aspect avant-garde
L'écriture met en valeur des situations et des idées qui restent malgré tout, même s'il y a un espoir lisible, assez sombres.
Oui, mais c'est peut-être un peu plus en demi-teintes, j'essaye d'injecter un tout petit peu d'humour. C'est clair que ce n'est pas "les vacances à Rio", mais j'avais envie d'être réaliste, de ne pas blouser les gens. Ce n'est pas un album complètement noir, j'avais l'impression d'être arrivé au bout de ça avec Diabologum. C'était l'envie d'avancer un petit peu, de ne pas tourner en rond, et puis ça correspond plus à ma personnalité, ce que je suis aujourd'hui plus qu'hier.
Tu cites volontiers, Brautigan, Carver, à ce propos Michel Braudeau écrivait en 82 à propos de Brautigan : “Cela tient du haïku et du croquis sur un bout de nappe, du vide-poches et de l'autoportrait de l'artiste en puzzle”, ton écriture se rapproche de cette forme d'écriture.
Il y a un peu de ça, j'admire Brautigan, je le trouve hyper complet comme auteur, capable vraiment d'écrire un roman, une nouvelle, un poème. Autant au niveau de la forme que du fond, du style et à la fois de l'émotion. Il a exploré plein de formes différentes, ce qui me touche vraiment avec cet auteur c'est l'émotion. Il n'a pas qu'une seule manière de faire partager l'émotion, ça justifie aussi pourquoi sur l'album d'Expérience il y a des textes comme Aujourd'hui, maintenant, qui sont assez classiques, des textes plus narratifs et des textes très courts comme Pour ceux qui aiment le jazz en forme de collage. Je n'ai pas envie de m'arrêter à une seule forme. La nouveauté, c'est justement le fait d'approfondir le côté classique dans la forme; j'avais plus envie de simplicité sur quelques titres, mais ce n'est pas systématique.
Les écrivains américains te semblent plus proches de nos réalités ?
Dans l'ensemble oui, je les trouve plus contemporains, j'ai un peu de mal avec la littérature avec un grand L, ça ne me touche pas vraiment.
C'est vrai qu'on peut se sentir plus proche de Brautigan, de Fante que de Proust…
C'est ça, mais là on parle d'auteurs américains. Un livre qui m'a beaucoup marqué c'est Un homme qui dort de Pérec, là un auteur français.
On parle de la musique, guitares et machines, il y a un gros son sur certains titres, Aujourd'hui, maintenant, ça monte d'un cran dans La Question ne se pose pas.
Ça dépote (rires).
Et puis tout à coup on bascule dans des ambiances un peu plus minimalistes, plus calmes Entre voisins, ou La Pièce du frigo. Ce sont les influences des musiques que tu as écoutées ?
A la base j'ai une culture très rock, plutôt rock américain, au fil des années j'ai découvert un tas d'autres musiques qui m'ont pas mal nourri, et l'idée c'est de travailler sur une base rock, car je ne prétends pas être autre chose qu'un musicien de rock et essayer de réinjecter d'autres influences, d'autres sonorités. Pour les machines ce n'est absolument pas un travail dans une esthétique électronique, conventionnelle, dance-music etc… Je me sers d'un sampler comme je me sers d'une guitare, c'est pour avoir un son, c'est un outil et c'est vrai que je travaille pas mal sur sample depuis les débuts de Diabologum. Un batteur ou un sample de batterie, ou les deux qui jouent en même temps, sur quasiment tous les titres de l'album le batteur joue avec des samples, c'est juste pour enrichir la musique avec les outils d'aujourd'hui.
C'est limite free jazz à un certain moment ?
J'adore l'énergie live et l'énergie tout court qu'on trouve dans le free jazz, des moments où ça s'emballe où la musique monte, où ça part. C'était un gros choc quand j'ai découvert ça, pour moi c'est du rock, c'est la même énergie. Je ne suis pas vraiment sectaire avec la musique, on peut éprouver une émotion similaire en écoutant, du free jazz, du rock, du hard rock, et une autre sorte d'émotion en écoutant de la soul music.
Tu parlais de live, la performance fait partie de tes activités ?
La performance ou le live, j'aime bien les deux. On a fait quelques concerts avec Expérience, il y en a pas mal qui arrivent, j'adore cet aspect-là, mais aussi la performance.
Ça a un côté arty.
Tout à fait, je ne renie rien, mais j'aime bien passer de l'un à l'autre. Ces deux formes sont assez complémentaires.
C'est une curiosité qui t'amène vers d'autres formes d'expression ?
Oui, justement le travail avec Béatrice Utrilla qui est photographe, ce n'était pas quelque chose de prévu au départ pour l'album. Il a été réalisé en 99 et à été montré dans quelques expositions, je continue à travailler avec elle, Expérience est un projet assez ouvert à l'inverse de Diabologum, actuellement nous quatre, je ne sais de quoi sera fait le second album, il y aura les mêmes plus d'autres personnes. J'adore travailler avec les gens sur du long terme, mais aussi sur du très court terme, ça apporte pas mal de choses et c'est assez formateur et enrichissant et je n'ai pas envie de m'arrêter juste au travail musical. J'aime bien la dynamique de groupe.
Il reste que tu fais partie des quelques musiciens qui évoluent dans ce milieu avec une sorte d'image qui ne sent pas le marketing…
La musique que nous faisons ne s'y prête pas vraiment et puis je crois que les gens en ont un peu marre du marketing sauvage. Il n'y a pas de calcul non plus, les intégristes n'emmerdent, il n'y a pas de discours politiques derrière tout ça.

Bruno Pin