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"Qu'est-ce
qu'on est con à vingt ans, c'est clair mais quel plaisir on
y prend, tu te rappelles, toujours à contredire, nous deux
contre la terre entière, ce qui me rassure, c'est qu'on est
encore capable d'en faire autant aujourd'hui, maintenant"
Loin du dernier album noir de Diabologum, Michel Cloup propose un
nouvel opus, chant d'un artiste qui pousse les mots dans le quotidien,
avec un regard limpide et une musique qui cherche les sons et les
sonorités de notre époque. Une proposition presque en
forme d'embellie, mais contenant tout de même une bonne dose
de soubresauts. Album sortie le 20 mars chez Lithium, le nom du groupe
: Experience, avec un titre d'album qui annonce le contenu : Aujourd'hui,
maintenant.
Avant son passage à Lyon, rencontre avec Michel Cloup.
Comment s'est passé l'après Diabologum ?
Ça a été un petit peu long, il a fallu que je
travaille pour que je sache ce que j'avais envie de faire, j'ai pris
pas mal de temps pour avancer. J'ai fait pas mal de choses tout seul
puisque l'idée de départ était de faire un disque
solo, avec un huit pistes, un sampler et ma guitare. Au bout de quelques
mois je m'ennuyais un petit peu derrière mon ordinateur et
j'avais vraiment envie de jouer en live. Donc, j'ai cherché
des musiciens pour jouer sur les chansons, qui pour la plupart existaient
déjà. Malgré tout il y a sur le disque des morceaux
en solo qui n'avaient pas besoin d'être retravaillés
en groupe.
Depuis l'arrêt de Diabologum, Arnaud a sorti l'année
passée un disque sous le nom de Programme, votre démarche
semble malgré les écarts de langage et une radicalité
différente, assez proche.
Nous avons travaillé ensemble sur trois albums avec Diabologum,
c'est clair qu'il y a plus de ressemblance entre Programme et Expérience
qu'entre Expérience et Autour de Lucie (rires), ça me
semble assez logique. Je n'ai pas vraiment écouté l'album
d'Arnaud pour être honnête, parce que je n'avais pas très
envie d'écouter le disque étant en train de travailler
sur le mien. Mais je pense que nous ne sommes pas tout à fait
sur la même longueur d'onde, quand on entend les deux disques
on comprend pourquoi Diabologum n'a pas continué.
L'usage des mots, c'est un exercice de style qui apparaît
d'emblée à l'écoute de Aujourd'hui, maintenant,
avec le quotidien en avant, la difficulté d'être.
J'avais vraiment envie de faire un disque dans la vraie vie, dans
le quotidien, dans le réel. J'avais envie d'avoir une écriture
un peu plus simple que Diabologum au niveau des textes, même
si on n'est jamais dans l'extrême opposé, échapper
à l'aspect froid, faire quelque chose de plus touchant, parler
un peu de moi en espérant que ça puisse parler aux gens,
un peu détaché de l'aspect avant-garde
L'écriture met en valeur des situations et des idées
qui restent malgré tout, même s'il y a un espoir lisible,
assez sombres.
Oui, mais c'est peut-être un peu plus en demi-teintes, j'essaye
d'injecter un tout petit peu d'humour. C'est clair que ce n'est pas
"les vacances à Rio", mais j'avais envie d'être
réaliste, de ne pas blouser les gens. Ce n'est pas un album
complètement noir, j'avais l'impression d'être arrivé
au bout de ça avec Diabologum. C'était l'envie d'avancer
un petit peu, de ne pas tourner en rond, et puis ça correspond
plus à ma personnalité, ce que je suis aujourd'hui plus
qu'hier.
Tu cites volontiers, Brautigan, Carver, à ce propos Michel
Braudeau écrivait en 82 à propos de Brautigan : Cela
tient du haïku et du croquis sur un bout de nappe, du vide-poches
et de l'autoportrait de l'artiste en puzzle, ton écriture
se rapproche de cette forme d'écriture.
Il y a un peu de ça, j'admire Brautigan, je le trouve hyper
complet comme auteur, capable vraiment d'écrire un roman, une
nouvelle, un poème. Autant au niveau de la forme que du fond,
du style et à la fois de l'émotion. Il a exploré
plein de formes différentes, ce qui me touche vraiment avec
cet auteur c'est l'émotion. Il n'a pas qu'une seule manière
de faire partager l'émotion, ça justifie aussi pourquoi
sur l'album d'Expérience il y a des textes comme Aujourd'hui,
maintenant, qui sont assez classiques, des textes plus narratifs et
des textes très courts comme Pour ceux qui aiment le jazz en
forme de collage. Je n'ai pas envie de m'arrêter à une
seule forme. La nouveauté, c'est justement le fait d'approfondir
le côté classique dans la forme; j'avais plus envie de
simplicité sur quelques titres, mais ce n'est pas systématique.
Les écrivains américains te semblent plus proches
de nos réalités ?
Dans l'ensemble oui, je les trouve plus contemporains, j'ai un peu
de mal avec la littérature avec un grand L, ça ne me
touche pas vraiment.
C'est vrai qu'on peut se sentir plus proche de Brautigan, de Fante
que de Proust
C'est ça, mais là on parle d'auteurs américains.
Un livre qui m'a beaucoup marqué c'est Un homme qui dort de
Pérec, là un auteur français.
On parle de la musique, guitares et machines, il y a un gros son
sur certains titres, Aujourd'hui, maintenant, ça monte d'un
cran dans La Question ne se pose pas.
Ça dépote (rires).
Et puis tout à coup on bascule dans des ambiances un peu
plus minimalistes, plus calmes Entre voisins, ou La Pièce du
frigo. Ce sont les influences des musiques que tu as écoutées
?
A la base j'ai une culture très rock, plutôt rock américain,
au fil des années j'ai découvert un tas d'autres musiques
qui m'ont pas mal nourri, et l'idée c'est de travailler sur
une base rock, car je ne prétends pas être autre chose
qu'un musicien de rock et essayer de réinjecter d'autres influences,
d'autres sonorités. Pour les machines ce n'est absolument pas
un travail dans une esthétique électronique, conventionnelle,
dance-music etc
Je me sers d'un sampler comme je me sers d'une
guitare, c'est pour avoir un son, c'est un outil et c'est vrai que
je travaille pas mal sur sample depuis les débuts de Diabologum.
Un batteur ou un sample de batterie, ou les deux qui jouent en même
temps, sur quasiment tous les titres de l'album le batteur joue avec
des samples, c'est juste pour enrichir la musique avec les outils
d'aujourd'hui.
C'est limite free jazz à un certain moment ?
J'adore l'énergie live et l'énergie tout court qu'on
trouve dans le free jazz, des moments où ça s'emballe
où la musique monte, où ça part. C'était
un gros choc quand j'ai découvert ça, pour moi c'est
du rock, c'est la même énergie. Je ne suis pas vraiment
sectaire avec la musique, on peut éprouver une émotion
similaire en écoutant, du free jazz, du rock, du hard rock,
et une autre sorte d'émotion en écoutant de la soul
music.
Tu parlais de live, la performance fait partie de tes activités
?
La performance ou le live, j'aime bien les deux. On a fait quelques
concerts avec Expérience, il y en a pas mal qui arrivent, j'adore
cet aspect-là, mais aussi la performance.
Ça a un côté arty.
Tout à fait, je ne renie rien, mais j'aime bien passer de l'un
à l'autre. Ces deux formes sont assez complémentaires.
C'est une curiosité qui t'amène vers d'autres formes
d'expression ?
Oui, justement le travail avec Béatrice Utrilla qui est photographe,
ce n'était pas quelque chose de prévu au départ
pour l'album. Il a été réalisé en 99 et
à été montré dans quelques expositions,
je continue à travailler avec elle, Expérience est un
projet assez ouvert à l'inverse de Diabologum, actuellement
nous quatre, je ne sais de quoi sera fait le second album, il y aura
les mêmes plus d'autres personnes. J'adore travailler avec les
gens sur du long terme, mais aussi sur du très court terme,
ça apporte pas mal de choses et c'est assez formateur et enrichissant
et je n'ai pas envie de m'arrêter juste au travail musical.
J'aime bien la dynamique de groupe.
Il reste que tu fais partie des quelques musiciens qui évoluent
dans ce milieu avec une sorte d'image qui ne sent pas le marketing
La musique que nous faisons ne s'y prête pas vraiment et puis
je crois que les gens en ont un peu marre du marketing sauvage. Il
n'y a pas de calcul non plus, les intégristes n'emmerdent,
il n'y a pas de discours politiques derrière tout ça.
Bruno
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