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Son
eXcellence le sultan dAgadès
jean-Marc Durou©
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Jean-Marc
Durou
Partage d'un ami du désert
Il
est de certaines expositions photographiques comme de certaines personnes,
un sentiment de familiarité, de déjà vu, d'appropriation
aisée, de communication sans détours qui vous frappe
d'entrée. Ici, nous ne sommes pas dans une ambition d'avant-garde
artistique, d'invention de la forme ou même de la théâtralisation
du photo-reportage : non, des photographies qui donnent presque l'impression
d'être "connues", d'avoir déjà circulé
autour d'une table, entre amis, de retour de voyage.
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Des images qui ne surprennent pas, ne choquent pas, montées
un peu naïvement sur un contrecollé couleur "sable"
; ton sur ton, dune sur dune, Touareg après Touareg. On peut
passer devant ces icônes, comme le touriste qui passe dans le
désert. Un trekking de quelques minutes où chacun peut
prendre ici ou là sa dose de sable, de vent, de regards fiers
de nomades, de cérémonies du thé, de guerriers
impressionnants; mais la photographie de Durou demande de se questionner
face à l'apparente banalité de ces images qui semblent
si faciles à la portée de n'importe quel amateur affûté,
pour réaliser qu'il y a quelque chose de l'ordre de l'amitié
profonde, si ce n'est de l'amour qui peu à peu transpire de
ces clichés, témoignant en toute simplicité de
trente ans de fidélité au monde du désert saharien.
En somme une photographie qui ne se regarde pas elle-même, une
photographie qui donne envie d'en savoir plus que ce qu'elle montre,
qui donne envie d'appeler Jean-Marc Durou pour lui demander qui sont
les hommes derrières ces paysages ? qui est pour de vrai ce
personnage qui marche au loin sur la crête d'une dune sans fin
?
Pour se rendre compte que c'est avant tout l'histoire passionnément
et lentement tissée d'une relation à un Sahara qui n'accepte
finalement que ses fils pour y vivre :
"Vous savez, je crois qu'il faut être né là-bas
pour y vivre en permanence. Bien sûr on peut y séjourner
et je crois en toute modestie faire partie de ceux des Occidentaux
qui y ont passé le plus de temps. Pour avoir initié
avec quelques autres le tourisme en tant que guide, je sais qu'il
ne s'agit pas d'y rester une semaine ou même un mois pour réaliser
à quel point le désert est austère et réclame
une adaptation que seuls les gens qui y sont nés sont capables
de développer à long terme.
Qu'est-ce qui vous a poussé à vous y attacher
depuis tant d'années ?
Oh ! c'est très simple, un rêve, un fantasme après
avoir vu Lawrence d'Arabie au cinéma à 15 ans ! Deux
ans plus tard je rencontrai Théodore Monod qui deviendra mon
ami et souvent compagnon de route.
A 20 ans je m'y installe, rencontre des Touaregs, dont certains deviendront
des amis, des frères.
Pourquoi la photographie ?
Presque par hasard, simplement l'envie de faire partager n'ayant pas
fait d'études poussées, je ne me sentais pas d'écrire
alors peu à peu la photo s'est imposée.
Vous semblez très loin, que ce soit de vos portraits ou
de vos paysages, de chercher un style, une dramatisation, un esthétisme
particulier
Oui, je travaille en général avec deux objectifs un
24 et un 85 mm, quelques boîtiers Nikon, un moyen format, sans
autre lumière que celle du désert, pas la peine d'en
rajouter. La seule difficulté majeure c'est l'enfer du sable.
Et du vent incessant ?
Oui, on oublie souvent dans ses rêves de désert, d'infinité
et de voûte céleste que c'est aussi un cauchemar de papier
de verre.
Ce portrait de caravanier, cadré serré sur le visage
en témoigne ?
Tout à fait, j'ai réalisé cette image pour montrer
à quel point le sable pénètre tout et cerne les
yeux des nomades. Le sable qui sait être si sensuel se révèle
souvent un enfer, pour les yeux, les animaux, les boîtiers photographiques.
Le désert est un milieu hostile, dur et terriblement austère.
Pourtant il abrite des hommes merveilleux, pleins d'humour, un miracle
d'adaptation.
Je crois que c'est ce miracle mis en uvre par ces peuples du
désert qui m'a stimulé pour photographier et écrire.
Aussi certainement pour montrer que ces gens n'étaient pas
que des guerriers (pendant la rébellion des années 80),
ni uniquement des combattants déchus dans les camps de réfugiés
mais avant tout des hommes et femmes accueillants, ouverts, gais,
enfin positifs.
De quoi vous libérer de votre complexe d'écriture
?
Oui, je pense être un de ceux qui aient écrit le plus
d'ouvrages sur le Sahara (21 à ce jour). Je n'aurais jamais
imaginé cela, tout s'est enchaîné simplement comme
une histoire d'amour.
Une histoire que vous pouvez entrevoir sur ce tirage montrant un paysage
de dune du Ténéré, où, au loin une femme
qui s'appelle Aude marche, une étoffe rouge à la main
; ou derrière ces deux hommes du désert assis face aux
crevasses du canyon de Tamrit au Niger ; ou face à ce sultan
d'Agadès ; ou devant ce regard perçant du Touareg du
Niger assis en tailleur devant ses sandales comme une ponctuation
d'une marche suspendue.
Jean-Marc Durou a saisi un esprit, celui qu'on imagine suivre les
caravaniers du sel au long des 700 kms de sable qu'ils se doivent
de traverser. Une pérégrination que le photographe a
accomplie pour lui, pour eux et pour nous, au regard des photos qu'il
nous offre, des livres qu'il nous laisse et du vent qui le porte.
Assurément une brise d'humanité où la bienveillance
de Théodore Monod, l'amitié du Mano Dayac, ancien chef
de la rébellion Touareg, tous deux aujourd'hui décédés,
planent aux côtés des étoiles, des méharistes
du thé vert et de l'incroyable présence des hommes dans
un espace qui ne semble pas en inviter un seul.
Dernier ouvrage préfacé par Raymond Depardon : Carnet
Saharien
Propos
recueillis par Laurent Mulot
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