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"Allo le monde ? ? ici Bagdad !
- Je tentends mal.
- Il semblerait quentre lOrient et lOccident, on
nait jamais vraiment été sur la même longueur
dondes...
- Ce fut surtout des ondes de choc, dépeçant toute lhistoire
du Moyen Orient ; à ce carrefour des peuples, du commerce et
des religions.
- Oui... et au carrefour, on a appris à positiver
et ce, depuis les premières croisades.
- Suite à la dernière en date, difficile davoir
de vos nouvelles à travers ce mur dindifférence
construit par nos médias.
- Les news sont les mêmes depuis trop longtemps ; pas évident
de les dealer à vos télévisions... Après
les bombes, loubli ?
- Une façon comme une autre à louest, daider
à la digestion.
- Ici, la seule chose que nous ayons à digérer, ce sont
les directives de Washington relayées par nos amis onusiens,
onusiennes : pétrole contre nourriture et médicaments
pour soigner le cancer de nos enfants.
- Chez nous, cest la nourriture qui est malade... quant à
lécho de vos conditions de (sur)vie : à part une
qualification surprise pour la prochaine coupe du monde ; jimagine
mal comment vous pourriez ne serait-ce quespérer une
brève dans le JT de la nuit.
- Nous aussi avons chanté I will survive... et nous fêtons
aujourdhui quelques dix années dembargo ! On manque
de tout mais que le monde se rassure, on a besoin de rien.
- Cest curieux, ici cest exactement le contraire : on
manque de rien mais lon apprend à avoir besoin de tout.
- Cette fois, cest moi qui entend mal.
- Non rien, sans doute un regain de fatalisme déplacé.
- La fatalité nexiste pas, il ny a que des hommes.
- Puissions nous vous entendre. En attendant, faudrait voir à
se débarrasser de cette friture sur la ligne. Les parasites
de la compréhension ou bien ?
- Ou bien. Et dans le ciel, toujours cet étrange ballet, les
aviations américaine et britannique à la recherche de
radars, émetteurs récepteurs devant léternel.
Peut-être à un de ces jours, si les ondes le permettent..."
10 ans déjà pourtant que CNN a lâché laffaire
concernant la guerre chirurgicale en direct style et en prime time.
Chers téléspectateurs, il est 20h, place maintenant
aux illuminations dans la nuit de Bagdad !.
On ose à peine imaginer le prix de la minute de pub davant
le show... La guerre propre, cétait surtout une innovation
de lesprit pour crever lécran et les budgets. Aujourdhui,
tout cela na plus aucun intérêt en terme de business
ou dimages. Embargo à gogo oblige. W peut
être fier de la tornade de son papa dans le désert. Stop
ou encore ? Manquent les clichés, souvenirs de vacances.
Entre temps, le Koweït a retrouvé lindépendance
que la Grande-Bretagne lui avait généreusement
accordée en 1961 à la fin de son protectorat (création
quasi artificielle dun nouvel état dans la péninsule
arabique autour de quelques puits de pétrole... suivant le
célèbre adage : diviser pour mieux régner !).
1961, hasard des chiffres ou de lhistoire, marasme yankee dans
la Baie des Cochons et début de lembargo sur Cuba. Avant
la révolution Castro-Guevarienne de 59, on qualifiait allègrement
le Cuba du généralissime Batista de bordel de
lAmérique. Aujourdhui, après quatre
décennies dembargo ! (encore un anniversaire oublié),
cest lune des toutes premières destinations du
tourisme sexuel... Quelques dollars et tout sachète,
tout se vend, comme au bon vieux temps. Est-ce là le dessein
à peine voilé, à peine violé, de nos chers
embargogotistes ? Quel est vraiment le prix à payer pour les
populations civiles ?
Quoi quil en soit, Oncle Sam ne lâchera pas si facilement
sa proie.
Mais revenons à notre croissant de lune. Pas aisé den
parler sans être aller voir là-bas si on y était.
Lembargo consiste aussi en un filtrage des infos
et des dires.
Juin 99. Les Gnawa Diffusion, en tournée au Moyen Orient, doivent
jouer ce soir au Théâtre National de Bagdad devant un
parterre de mille personnes qui nont pas vu un concert amplifié
depuis avant les illuminations... Derrière sa console de son
et bien que lélectricité soit la 1ère à
manquer, mon ami T boost est un témoin privilégié.
Voici quelques unes de ses impressions à chaud quil avait
pris soin de me rapporter : Nous avons passé 4 jours
ici et les gens nous ont accueillis à bras ouverts. Curiosité
sans animosité. Malgré la misère de tous les
instants, jai vraiment été frappé par leur
dignité empreinte dhumilité. Personne ne mendie
quitte à faire nimporte quoi pour survivre, vendre des
chewing-gums, cirer des pompes sil le faut... ils supportent
stoïquement la situation alors que la population est la 1ère
victime de lembargo. Il ny a plus de classes moyennes
comme avant la (les) guerre(s). Pas de sentiment anti français
non plus et contrairement aux idées reçues, cest
un peuple avenant et cultivé. Quant au concert, le théâtre
était plein, des hommes et des femmes dansant, parfois jusqu'à
la transe ; pour nous la récompense.
Le régime de Saddam dans tout ça ?
On voit effectivement beaucoup de militaires dans les rues...
comme dans une dictature, à laquelle de surcroît, le
reste du monde fait la guerre. Cela dit, nous sommes restés
libres de nos mouvements et sans jamais goûter à la censure
; il a suffit pour cela de respecter les traditions du pays (cétait
la moindre des choses) et déviter de photographier les
sites de larmée... Quant à Saddam Husayn, on le
voit presque partout mais ce culte de la personnalité du souverain,
on le retrouve dans la quasi totalité des autres pays de la
zone. Le sujet est relativement tabou et les gens savent que le régime
nest pas tendre, voire impitoyable, spécialement avec
les Kurdes. Bizarrement, le président reste pourtant pour la
plupart le garant de lintégrité de létat
et de sa laïcité. Les combats font rage dans le sud du
pays avec les mouvements chiites soutenus par lIran et dorénavant
aidés par les... Etats-Unis.
Les Etats-Unis qui apprécient la situation de leur camp retranché
en Arabie Saoudite voisine. Etrangement, la force dintervention
aurait pu renverser le régime irakien en 1991, mais ce nétait
visiblement pas le but de la manuvre. Mieux valait conserver
à Saddam son rôle dépouvantail du Golfe
Persique et sassurer en retour une présence militaire
protectrice dans la région, pour contrôler
parfaitement lécoulement de lor noir. Quant aux
populations, quelles soient victimes de la guerre, de lembargo
ou de la dictature, finalement quimporte ; leur sort est intimement
lié à lintérêt économique
et géostratégique de la zone.
Fin de périple pour Gnawa Diffusion, détour par Babylone.
Non pas Babylone au sens figuré, que lon rêve parfois
déradiquer... mais Babylone à 160 km de Bagdad,
ancienne capitale de la Mésopotamie. Le musée est fermé
mais spécialement pour le groupe, le vieil homme de lépicerie
den face leur en ouvre les portes, pas accoutumé quil
est à voir des touristes dans ce qui est pourtant
lun des berceaux des civilisations perdues. Visite guidée
sans contrepartie financière. Au-delà du magnifique
(plus de 2000 ans dhistoire avant lère chrétienne),
ici et là des objets manquent à lappel ; prises
de guerre des GI Joes en 1991...
LAmérique a sans doute encore peu dhistoire
mais cela lautorise-t-elle à piller celle des autres
? sinterroge T Boost.
Comme les jardins, la question reste en suspens. Radio Bagdad a maintenant
cessé démettre. A louest on peut dormir
tranquille, lembargo veille.
Laurent
Zine
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