ARCHIVES
2000

JANVIER N°45
Jean-Luc Benoziglio
Nième Compagnie
Régine Chopinot

FEVRIER N°46
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Brigitte Giraud
Le Pez Ner

MARS N°47
Dominique Bagouet
Musiques en scène
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AVRIL N°48
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MAI N°49
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JUIN N°51/51
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SEPTEMBRE N°52
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Nième Compagnie
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OCTOBRE N°53
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Avatarium
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DECEMBRE N°55
Assassin
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Musée d'Art Contemporain

  MARS N°47  


Dakar : Ousmane Sow dans son atelier
Béatrice Soulé©

 

Ousmane Sow
L’art de la représentation
et la représentationde l’art

Deux expositions présentées à Lyon en ce début de 21e siècle ou fin 20e , comme vous voudrez, font sourdre une terrible envie que ça change et contribueront peut-être, malheureusement, à alimenter la dépression de ceux qui avaient fini par gober que le changement de millénaire allait nous ouvrir de nouveaux horizons...

Deux expositions, proposées dans deux lieux institutionnels distincts, tant au niveau des politiques de monstration que des sensibilités politiques tout court... on pourrait grossièrement parler de l’art des intellectuels de gauche -Lang-Télérama- dilué dans une pensée Art-Press, et de l’autre, l’art qui reconnaît chez certains artistes contemporains la possibilité d’émouvoir le "vrai" public pour qui la sculpture, la peinture reste des disciplines des beaux-arts, fleurant bon la térébenthine et le pigment broyé.
Dichotomique. L’art qui pense, l’art qui émeut. Le concept clean, froid, aimable et guilleret comme une zone industrielle high-tech d’un côté, de l’autre les tripes, les mains à la pâte, la sincérité de la spontanéité, l’habileté manuelle, bref, le savoir-faire au service de l’expression inspirée de l’artiste médium.
Chaman brut de coffrage contre concepteur propret tiré au cordeau.
Vous pouvez vous offrir à Lyon en ce moment un petit voyage édifiant au pays des stéréotypes entre la place Bellecour et la rue du Docteur Dolard à Villeurbanne ?
Au Rectangle Osmane Sow, à l’Institut Nouveau Musée Buren.
Pourtant Sow s’est fait connaître internationalement à la Mecque de l’art contemporain (Documenta de Kassel) et Buren est un des fleurons français du secteur, mais ils n’appartiennent évidemment pas au même monde.
Qu’on ne s’y trompe pas, l’art contemporain a une forme, il a même la forme d’un marché dont le centre est New York, Tokyo, Kassel même si certaines villes de province comme Paris, Barcelone ou Milan, sont encore présentes, c’est en tout cas celui qui a vu fin janvier ses dirigeants politico-industriels-financiers se réunir à Davos en Suisse. Alors pense donc, y faire entrer un africain, un aborigène ou un papou de temps à autre fait irrésistiblement penser au seul député noir qui siège dans notre assemblée nationale et à notre bon beur qui présente le JT sur la chaîne publique...
Mais bon, au-delà de ces questions de géo-politiques culturelles, qui nous montrent les deux expositions soi-disant d’art actuel, quelles sont les perspectives ouvertes par les travaux présentés au regard de la création contemporaine et de ce que légitimement tout bon regardeur est en droit d’attendre ?
Car l’art ne reste-t-il pas une des clés majeures d’un supplément de regard, une œuvre n’a-t-elle pas aussi pour fonction de libérer notre rapport au monde des cadres courant des manières de voir restrictives, déjà emballées et prête à vendre.
Entre-t-on dans une exposition, dans la pensée et/ou le geste d’un artiste pour vérifier que notre idée est conforme à la vision de l’art que l’institution, la culture, l’éducation nous a lentement mais sûrement inculquée ?
Certains pensent que non, et ceux-ci seront probablement navrés de reconnaître enfin de la vraie sculpture faite avec les mains et puis plein de mystères, autant que de reconnaître dans l’univers géométrico-industrialo-galvaniso-aseptisé la force tranquille de l’héritage minimal, lisse où une quelconque motivation expressionniste se doit d’être considérée comme un microbe honteux.
Cabanes éclatées contre Guerriers Noubas
Plexiglas extrudé contre terre rouge du Sénégal s’agit-il vraiment d’art ? Cela ne veut évidemment dire que les artistes se trompent dans leurs démarches, et personne ne pourrait reprocher à Sow de ne pas être sincère ou à Buren d’avoir su concrétiser sa pensée dans un système qui a tout fait (passé la surprise et le pseudo scandale de certaines réalisations) pour le hisser au pinacle. Mais ne sommes-nous pas là devant un show qui n’existe que pour conforter des paris sans enjeux. Chacun y trouve son compte, la sensibilité sauvage et puissante de l’africain, la rigueur et l’asepsie de l’occidental.
A quand les Masaïs de Sow dans les cabanes de Buren, étrange que le Baubourg n’ait pas pensé à cela pour sa réouverture. Le “world” en musique ça marche bien, ils pourraient peut-être essayer en arts plastiques.
Si l’art se joue des représentations pour approcher le réel, il est toujours désastreux de représenter l’art, car il en perd précisément sa réalité.
Ousmane Sow au Rectangle jusqu’au 5 mars
Buren à Institut d’Art Contemporain FRAC Nouveau Musée de Villeurbanne jusqu’au 21 mai

Laurent Mulot