|
Ça
commence tout comme le conte, cest-à-dire quon
nous raconte tout près lhistoire belle quon connaît,
la même quon redemandait tous les soirs.
Et puis ce nest plus exactement la même.
Du haut de leurs serviettes de table en vichy rouge et blanc, les
trois mégères rongent les os de feu la mère de
Cendrillon, au préalable changée en vache parce que
tout est bon dans la vache dit la chanson. Et si les ogresses ne surprennent
pas les adeptes des récits merveilleux, ni les sorcières
grimaçantes à souhait, caricatures des méchantes
méchantes, on connaissait des versions plus édulcorées
de notre récit préféré.
Les mégères sont gratinées, fausses poupées
modèles attifées de fausses dentelles, petites truies
enrubannées flanquées dune maman Barbie en déshabillé
synthétique. Et ça piaille, ça ingurgite, ça
miaulasse, ça griffe, ça baffre énormément
mal sans distinction aucune. Mesdames donnent la becquée à
la Cendrine, leur petit animal de compagnie qui paye son manque dappétit
dune pluie de chaussures (les chaussures, chez les marâtres
& filles, cest un détail énervant).
Bien grasses ces dames, potelées et vulgaires.
Cul Cendron, plus souple, leur échappe grâce à
une tanière au sommet de leurs ordures, au milieu de leurs
bidons-tétines à bière. Cest sous ces immondices
quelle cache le souvenir de sa mère, quelle se
tapie, quelle glisse dans ses rêves. Une Cendrillon dégourdie,
pas idéale, juste gentille, pas niaise.
Réelle.
Dans les méandres animaliers de la pauvrette à létable,
de cochons, dânes ou doies : point. Une vache fait
loffice de mère, de marraine et de fée. Laquelle
vache a de quoi vous surprendre (superbe invention de Jean-Baptiste
Gaudin) et renouvelle ce merveilleux qui nous est cher (si si rappelez-vous).
Et puisquil faut bien se taire pour vous en faire la surprise,
disons que sil sagissait de mettre en jeu des comédiens
livrés au plaisir primaire et déchaîné
de jouer, comme en enfance, sans psychologie, parce que cest
pour de rire, le pari est réussi. Plaisir il y a. Contagieux.
On suit avec jubilation ces quatre actrices énergiques et en-chantées,
on passe de la viande au poisson sans écurement, on en
redemande de ces robes merveilleuses et plutôt amusantes à
enfiler dAngélina Herrero.
Jean-Philippe Salério manie gaiement "lair connu"
de clin dil en bon mot et malmène notre univers
commun de connivences denfants gâtés.
Une véritable jouvence.
Mouche |