ARCHIVES
2000

JANVIER N°45
Jean-Luc Benoziglio
Nième Compagnie
Régine Chopinot

FEVRIER N°46
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Claire Rengade
Brigitte Giraud
Le Pez Ner

MARS N°47
Dominique Bagouet
Musiques en scène
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AVRIL N°48
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MAI N°49
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SEPTEMBRE N°52
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Cie Accrorap
Nième Compagnie
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Le Peuple de l'Herbe
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OCTOBRE N°53
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NOVEMBRE N°54
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Denis Lavant
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Avatarium
Claire Rengade

DECEMBRE N°55
Assassin
David Krakauer
Musée d'Art Contemporain

  NOVEMBRE N°54  



 

Denis Lavant
une trajectoire entre mouvements et mots

Un qu'on aime bien Denis Lavant, une gueule taillée dans le vécu, des fidélités artistiques, et un parcours qu'on pourrait qualifier d'irréprochable. Cinéma, théâtre et l'art de balancer sa silhouette dans une chorégraphie qui semble naître du spontanée. L'image de Denis Lavant est inévitablement collée au cinéma de Léos Carax, mais le théâtre est là aussi avec la présence physique d'un comédien qui allie tripes et poésie. Au théâtre sur un texte de Koltès à la Salle Gérard Philipe avec une mise en scène de Kristian Frédric et au cinéma avec un long métrage tourné en Bulgarie Tuvalu, d'un jeune cinéaste allemand Helmer Veït. L'occasion de nous rappeler que Denis Lavant taille ses personnages dans des univers souvent hors du commun, que ce soit avec Léos Carax ou encore récemment dans le film de Claire Denis

Voix grave du matin entrecoupée d'une toux de gros fumeur, Denis Lavant est sur les planches des théâtres de Marseille, Albi, Paris, Villeurbanne "Le théâtre m'est plus nécessaire que le cinéma, le cinéma c'est un luxe, c'est une possibilité supplémentaire, le théâtre c'est là que je m'y retrouve. Dans cette créativité qui est éphémère, dans le contact immédiat avec le public. En ce moment nous sommes en tournée, c'est absolument flagrant le changement d'humeur, d'écoute qu'il y a entre chaque ville."
Sur scène la bande son passe avec des voix qui se superposent, bribes de mots, conversations souterraines, et puis sur scène, seul au centre, Denis Lavant avec le texte de Koltès. Avant il y avait eu Dostoïevski "Ce sont de grands auteurs, Koltès pour moi c'est une découverte, je n'avais jamais pratiqué cette écriture-là. C'est vraiment une très bonne rencontre, surtout à travers un monologue, c'est une manière de l'aborder plus personnelle." La pièce est une réunion d'artistes aux noms prestigieux, Ousmane Sow (sculptures) Enki Bilal (décor et costumes) "Il ne faut pas faire mousser ça ou en rajouter trop sur l'idée de Bilal et Ousmane Sow. C'est marrant cette réflexion qu'on me fait souvent, les gens de théâtre entendent décor de Bilal, et s'attendent à voir une toile de fond, quelque chose qui ressemble à Bilal. Alors qu'il a vraiment participé à la conception du spectacle, sans mettre sa personnalité complète, en accompagnant la pièce comme Ousmane Sow, comme Kristian Frédric, comme moi-même, pour éclairer le texte de Koltès".
Chaque personne qui a vu le film de Carax Mauvais sang se souvient de cette chorégraphie, dans une rue bordée de palissades, qui arrivait dans le film avec un onirisme incroyable, musique de Bowie et travelling à l'appui, à un moment où l'évidence de la scène semble naître du hasard. "Avec Leos, c'est rarement le hasard, c'est une scène qui était prévue, qui était écrite dans le scénario en quelques lignes. J'ai commencé à improviser et à travailler cette scène avant le tournage du film, j'ai travaillé avec une chorégraphe qui a utilisé ce que je proposais, et qui m'a aidé à dessiner, à échafauder un parcours. Ça fait partie de ma vie de bouger, ça a été plutôt le mouvement que la parole. Dans Boy meets girl, il n'y a rien de tout ça, mais je pense que Léos, en dehors du tournage, a remarqué que j'avais des aptitudes à faire des imbécillités avec mon corps. La retenue ou la contrainte m'intéresse aussi comme dans la pièce de Koltès, où j'ai un espace de jeu qui est réduit. J'ai un pied qui est solidaire de la plaque du décor. Pour en revenir à la chorégraphie, dans la pièce La nuit juste avant les forêts, la chorégraphe Laurence Levasseur est quelqu'un qui est venue me faire travailler, me guider. J'ai fait des rencontres ponctuelles avec des chorégraphes, ça me permet d'explorer des gestes qui ne me viendraient pas par moi-même. En plus du regard du metteur en scène, son regard était vraiment porteur".
Denis Lavant semble être un comédien qui aime se confronter à des expériences différentes, il y a le film Visiblement, je vous aime de Jean-Michel Carré qui était tourné avec des handicapés mentaux, expérience riche et éprouvante. "C'était une aventure vraiment passionnante, pour moi il y avait l'enjeu d'être confronté à des gens qui ne jouent pas, qui sont dans une attitude de souffrance, mais où en même temps il y a une part de ludique, de mensonges, comment dire… ils font les malins les autistes, ils ont une manière de s'enfermer, d'être conscients du monde, de jouer sur la non communication et pour moi, l'enjeu était de composer un personnage de délinquant au milieu de ces gens. C'était un drôle de séjour, je crois que ça a plus perturbé l'équipe de tournage que les autistes.”
Puis l'année passée Denis Lavant se retrouve dans un clip du groupe Unkle, censuré en France, tourné par Jonathan Glaser. Un type dans un tunnel routier se fait heurter par des voitures, se relève, marche en marmonnant un texte, essayant manifestement de résoudre un problème, puis se fait heurter à nouveau par une voiture… quitte sa parka, s'arrête au milieu du tunnel, ouvre les bras au moment où une voiture le heurte en plein dos, la voiture explose. Fin. Un clip à la fois violent et poétique. "Je trouve ça absurde, ils ont peur qu'on explose leurs voitures (rires), c'est peut-être contagieux de se mettre au milieu de la route et d'exploser les voitures. C'est la rencontre avec Jonathan qui m'a parlé de cette scène, puis j'ai rencontré les musiciens, écouté la musique. Je ne trouve pas ça d'une violence choquante. Je ne comprends pas du tout l'attitude de la télévision française par rapport à ce clip."
Puis il y a inévitablement la question autour de Léos Carax, puis du film Tuvalu "Après Les amants du Pont-Neuf il a mis du temps à s'y remettre. Et puis ensuite l'accueil par le public de Paula X ça a été assez dur. Je considère que c'est un des types vraiment importants parmi les contemporains qui font du cinéma, il amène un univers, un truc qui est en prise avec le monde d'aujourd'hui. En novembre sort le film Tuvalu d’Helmer Veït, c'est difficile d'en parler, il a la particularité d'être un peu dans la lignée du cinéma burlesque. Helmer a fait le pari de raconter une histoire sans dialogue explicatif, sans dialogue construit ou écrit, c'est comme un film muet au niveau du jeu. Le film est traité en noir et blanc, on a tourné tout ça en Bulgarie à Sofia. Toute l'action se passe dans une vieille piscine tenue par un directeur, maître nageur aveugle interprété par Philippe Clay. "

Bruno Pin