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2000

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  MAI N°49  



 

High Tone
dans la chaleur des sons

C’est le printemps et ce sera sûrement celui de High Tone. Ayant arpenté les scènes de Navarre et d’ailleurs depuis moult, le groupe de dub bigarré lyonnais est de retour avec un excellent 1er album : Opus Incertum (Jarring Effects/Kubik, dans les bacs le 9 mai), qu’il vous sera donné d’entendre dans l’antre brûlant du Pez ner le 11 mai prochain. Un concert pour le moins attendu.

Avril bat de l’aile pendant que les jours rallongent et qu’ils finissent de régler leurs comptes avec l’hiver ; il est 18h et le soleil semble désormais vouloir percer entre les derniers immeubles de canuts accrochés à mi pentes sur le territoire de la grande rousse. Heureux présage s’il en est, avant de se rendre chez les High Tone, rendez-vous pris pour le grand saut de l’interview, ou bien.
Si la journée a côtoyé le gris dans tous ses états d’âme, la nuit, elle, avait été plutôt longue et colorée... Nous avions effectivement entrepris avec quelques amis sonorisateurs de leur état, de “disséquer” à fort volume cette œuvre incertaine, ce premier album d’un groupe qui perfectionne dans le secteur du dub parfois sidéral, souvent sidérant. Un bon exercice pour se fâcher définitivement avec le voisinage et pour apprécier conjointement dès la première écoute, l’évolution sensible et le travail accompli par High Tone depuis un an, tant au niveau des compositions qu’en ce qui concerne la qualité du son. Nous avons cru d’ailleurs déceler en la matière la “magic touch” de Jean-Pierre Spirli, recruté à l’intersaison pour les besoins d’un mixage hivernal dans le home studio de St Amand Roche Savine. Un choix judicieux qui devrait être pérennisé par Jarring Effects quant aux prochaines productions du label (pour l’album de Meï Teï Shô entre autres). Si High Tone a progressé rapidement, c’est aussi parce qu’en dehors de leur opiniâtreté, le groupe a su bien s’entourer dès le début, ne serait-ce déjà par cette squadra de techniciens (son-lumières) détachés de Fa Musique. De la scène au studio, le résultat parle de lui-même dans la chaleur des sons clairs et définis ; le dub de High Tone vous immerge dans la jungle aux confins de l’Inde et du Tibet, à quelques encablures rythmiques de la Jamaïque.
Redescente climatisée sur les pentes, le temps de goûter comme tout un chacun aux joies de l’ivresse déambulatoire et me voilà dans la place où force (m’) est de constater d’emblée devant l’assortiment crudités-champignons-sauces-bon vin, que ces gens-là savent recevoir. Simplement, ce qui évite toute sorte de préambule à discussion. Les voilà tout juste revenus de Paris où la presse nationale a visiblement très bien accueilli leur disque ; mais cet avenir radieux que l’on pourrait déjà leur promettre, ils semblent l’appréhender sans démesure, maîtrisant leur sujet en toute sérénité. Celle-là même qui m’a paru transpirer de leur musique. High Tone c’est avant tout un esprit de groupe, un travail en commun, ce qui explique en partie pourquoi ils n’ont pas de chanteur ni de dimension clairement militante. “Nous sommes 5 sur scène, 8 dans le camion et plus encore à travailler ensemble ; mais personne n’est en avant. C’est la symbiose collective qui est importante. Nous ne sommes pas le groupe d’une personne comme l’est LKJ par exemple, que nous apprécions beaucoup par ailleurs. Nous n’avons pas non plus la prétention de délivrer un message si ce n’est par la démarche ou simplement grâce à la musique.”
Et cette musique est invitation au voyage dans Opus Incertum, nourrie qu’elle est, aux chants, ambiances et sons du monde entier ou presque. Des voix hindoues envoûtantes (Delhi / Katmandou) aux chants tibétains (Ohm) en passant par le patois jamaïcain (Jesus-Christ Supastar). Des flûtes turques (Mevlana in dub) ou asiatiques aux pérégrinations entre nuages d’un vieux coucou (Africa Airline)... High Tone a incorporé dans son dub nombre de tonalités issues des musiques ethniques et/ou traditionnelles. “A l’avenir, nous aimerions pourvoir nous-mêmes aller récolter des sons partout dans le monde, les enregistrer et les graver de manière à s’en servir une fois sur scène”. En live justement, tout est quasi joué en direct style, quand clavier et DJ prennent un malin plaisir à triturer, balancer, renverser ou scratcher les sons ; quand la charnière centrale basse-batterie-guitare laisse libre cours à son improvisation pendant que l’homme derrière les manettes envoie réverb et delays s’entrechoquer sans surcharge. “D’une part, trop d’effets tuent l’effet et d’autre part, le côté joué et donc le facteur humain sont essentiels pour nous, sans qu’il soit besoin de s’essayer à la démonstration instrumentale, ce n’est pas le but de la manœuvre. L’utilisation d’instruments est d’ailleurs symptomatique de la scène dub française en plein essor (Zenzile, Ezekiel, Improvisator Dub...) et ce, contrairement aux groupes anglais ou allemands plus “électroniques” ; ceci dit, nous écoutons de plus en plus de musique électronique...”
La rondeur d’une basse, le timbre d’une caisse claire, l’attaque d’une guitare... le travail au corps du son ; qui rendent au dub ses vertus calorifiques.
“Nous avons aussi travaillé avec J.P. Spirli sur la spacialisation des sons, où comment renvoyer chaque tome, chaque cymbale ou chaque gling de guitare... à sa place naturelle dans le mix. Quant à l’enregistrement, nous avons utilisé un clip (métronome) ce qui techniquement permettra à cette musique de ne pas rester figée, dans le sens où elle est susceptible d’être remixée.”
Outre tous les concerts qui se profilent à l’horizon, High Tone projette du reste quelques collaborations vinyliques de haut vol, sans parler du souhait émis de pouvoir un jour se produire sur la plate-forme d’un camion ambulant, dans la plus pure tradition des sound systems mobiles. L’aventure au bout du chemin pour les “Low Tone Brothers”.
En attendant et pour revenir à cet Opus Incertum ; “qui habet aures audiendi, audiat” (“que celui qui a des oreilles pour entendre, entende”) et si par concours de circonstances, il est aussi pourvu de jambes pour courir, qu’il se rende le 11 mai au Pez ner où il pourra aisément laisser son latin au vestiaire. Hautes ou basses, les fréquences l’accueillent dans la chaleur des sons.

Laurent Zine