Gilles
Chavassieux, metteur en scène, créateur du Théâtre
des Ateliers aime faire réagir à la misère du monde.
Il me raconte sa création d'une pièce de Fassbinder, artisan
de l'anti théâtre, s'amusant du fait que l'année
où cet ouragan anticonventionnel sévit à Lyon,
le nombre d'abonnés du Théâtre des Ateliers ait
augmenté de 45 % !!!
Enfin, nous abordons l'adaptation d'Antigone par Brecht, en évitant
soigneusement, je l'en remercie ici vivement, l'ardu sujet du théâtre
"Brechtien"... Evoquons au moins les turpitudes de cet écrivain
souvent cité, si peu lu, comme tant d'autres, pour comprendre
à quel point son texte nous est forcément proche. L'allemand
Bertolt Brecht fuit le régime nazi en 1933 pour trouver, après
le Danemark (pays du roi qui portait l'étoile jaune en signe
de protestation), les Etats-Unis sous le joug d'une commission d'enquête
Mac Carthy décide d'adapter Antigone en 1947 lors d'un séjour
à Zurich.
Est-ce que Brecht a un public en France ?
C'est-à-dire qu'en France on a toujours un petit peu de retard,
Brecht a eu une sorte de traversée du désert qui continue
un peu... Les gens à la mode en France, c'est plutôt Heiner
Muller alors que pour les jeunes metteurs en scène allemands,
Brecht est totalement d'actualité. Ils se nourrissent de son
théâtre. Et donc Brecht nous parle aujourd'hui, parce que
c'est à la fois un grand auteur classique, quand on le lit en
allemand, c'est une phraséologie très forte, très
classique, très solide, ce n'est pas du tout du langage en fragments,
en miettes, et à la fois, c'est un immense auteur contemporain,
qui parle vraiment de notre époque, même quand il fait
l'adaptation d'Antigone.
Justement, pour en revenir à Antigone
L'histoire est exactement la même, avec quelques variantes...
Pour les allemands, c'est Stalingrad, c'est-à-dire que l'armée
allemande en 1942 décide d'envahir la Russie, pour les puits
de pétrole, principalement, ils le font, mais ils se lancent
dans une campagne d'été, et l'hiver arrive, et ils sont
paumés à Stalingrad. C'est là que la guerre à
basculé, avec cette défaite.
Par rapport à cette version de Brecht et à l'actualité
d'aujourd'hui, quels rapprochements feriez-vous ?
Je pense qu'en France nous ne sommes pas dans un pays violent, encore
que, il peut y avoir une violence domestique, une violence ordinaire,
quotidienne, invisible, où les gens regardent ailleurs... Si
on prend l'Europe, ne serait-ce que le Kosovo, le Caucase actuellement,
la Tchétchénie, ce qui se passe dans les mafias, en Amérique
du Sud, en Afrique noire, avec les mutilations dans la Sierra Leone.
Il y a rarement du grabuge dans un pays où il n'y a pas de richesses
naturelles, et même au Kosovo, personne n'en parle, mais il y
a des mines de plomb et des mines d'étain, et comme par hasard,
c'est là où tout le monde veut être. Même
la presse correcte, comme Le Monde en a très peu parlé,
pour redécouvrir ça il faut lire Le Monde Diplomatique...
Est-ce qu'Antigone aurait pu être un homme ?
Je ne pense pas, il faut quelqu'un qui ait reçu la famille Oedipe,
qui sorte de quelque part, qui ait une culture, pas forcément
universitaire, pas forcément traditionnelle, mais qui ait une
identité, une force, une colonne vertébrale, grâce
à ses parents, grâce à la tribu d'où il vient...
En France on ne veut pas en parler parce que ça fait chier tout
le monde, mais on voit bien : nous sommes obligés de faire des
lois pour la parité, pour une tendance à l'égalité
de salaire, alors on demande à la fois aux femmes de faire des
gosses, de se comporter comme des hommes, et de rapporter autant de
fric, voilà... Il y a quelque chose d'incohérent, et donc
on voit bien que les femmes travaillent plus que la plupart des hommes,
pas tous, parce que il y a des hommes qui ont des boulots éreintants,
ou qui sont tellement attirés par le fric qu'ils passent leur
temps à bosser, c'est une forme d'intoxication aussi. On voit
bien que, encore maintenant, l'égalité n'est pas toujours
évidente. Ce qu'il y a de très intéressant, ça
se vérifie dans les musées, les théâtres
et tout ça, il y a sensiblement plus de femmes que d'hommes.
C'est souvent les femmes qui amènent leur mec au théâtre,
trois fois sur quatre.... l'homme est dans un rapport de force, même
quand il passe par l'intelligence, alors que tout chez la femme est
dans un rapport d'intelligence. Il fallait qu'Antigone soit une femme,
même si à l'époque de Sophocle, il n'y avait que
des hommes qui jouaient.
Gaëlle
Assier